Travailler demain

 Céline Chaverot — AWA et Vibes in Progress

Forte de plus de 25 ans d’expérience dans le secteur de l’immobilier tertiaire chez AOS Studley (devenu Colliers International France) et Majencia, Céline Chaverot est désormais consultante indépendante au service du Workplace 4.0. Ayant largement contribué au succès d’Actineo, nous la retrouvons avec plaisir dans ses nouvelles activités et pour l’interroger sur le futur du monde du travail.

 

Quelle est votre actualité ?

Depuis février 2019, je suis installée à mon compte. Dans mon réseau proche, il y avait Clark Eliott. Cet Américain, basé en Suisse depuis une vingtaine d'années, est un Workplace Strategist et un psychologue du travail reconnu. Également indépendant, il m’a introduit auprès du réseau AWA dont il fait partie. Créée en 1992 par Andrew Mawson, Advanced Workplace Associates (AWA) est une agence de conseil experte en Agile Workplace, Agile Working et Change Management. Elle accompagne les organisations dans la transformation et l’optimisation de leurs environnements de travail, pour les rendre plus performantes. La spécificité de cette agence basée à Londres, New York et désormais Paris, est que le réseau s’appuie sur l’expertise en Workplace de consultants indépendants seniors basés un peu partout dans le monde. AWA avait un projet en cours pour la filiale française d’un grand groupe américain. Pour apporter de la légitimité à leur intervention, il leur fallait une personne avec cette expérience en France. C’est ainsi qu’ils ont fait appel à moi et que j’ai intégré l'équipe projet. Après cette première expérience, ils m’ont proposé un agreement pour être senior associate pour la France, et en charge du développement de la cellule AWA Paris, lancée le 1er janvier 2020. Ma mission consiste aussi bien à développer l’activité d’AWA auprès des entreprises françaises, que d’accompagner leurs clients anglo-saxons dans leurs implantations en France.

 

Quel est le positionnement d’AWA ?

AWA est spécialisée dans les nouveaux modes de travail : Agile Working (flex office, télétravail…). Et c’est en ce sens que l’agence accompagne depuis plusieurs années de grands groupes internationaux (parmi leurs clients, Google, Twitter, Microsoft, de grands groupes pharmaceutiques ou d’assurance, ndlr). L’expertise Agile Workplace fait partie de l’ADN d’origine d’AWA. Avec les brokers, il y a toujours un problème d'impartialité dans les recommandations du fait que, à la clé, il y a la libération ou la prise à bail des immeubles de bureaux qu’ils sont en charge de commercialiser. Ce qui fait la force d’AWA, c’est son positionnement différenciant et indépendant, ainsi que les travaux de recherche entrepris sur l’Agile Working/Workplace. Andrew Mawson a d’ailleurs créé l’Advanced Workplace Institute (AWI) en 2009, qui a pour vocation d’accompagner les managers dans leur parcours vers un nouveau modèle de Workplace Management. Les travaux de réflexion d’AWI, en partenariat avec le CEBMa (Center for Evidence-Based Management) basé aux Pays-Bas, s’appuient sur des centaines d’études existantes et recoupent les informations avant d’en extraire la quintessence.

Les entreprises font donc appel à AWA très en amont de leur réflexion en matière de stratégie organisationnelle. Elles occupent un ou plusieurs immeubles de bureau, et ont pris conscience, surtout avec la crise, que le taux d’occupation de leurs immeubles n’était pas optimal. Sur la base d’interviews collectives et individuelles auprès des collaborateurs et d’analyses réalisées grâce à des outils en ligne, AWA arrive à décrypter une tendance de fond, à la matérialiser sous forme de chiffres et de pourcentages, pour ensuite accompagner l’entreprise dans le déploiement de nouveaux de mode travail agiles et ainsi réduire son empreinte carbone immobilière. L’enjeu majeur est : comment mieux travailler individuellement et collectivement au service de la performance : « Work is something we do rather than a place we go. » La partie conception, design et aménagement vient seulement dans un 2e temps. 

 

En quoi consistera l’événement Workplace Week International ? 

AWA organise chaque année la Workplace Week à Londres depuis maintenant 10 ans et à New York depuis 3 ans. La 1re édition parisienne devait avoir lieu fin septembre 2020… En cette période de crise sanitaire, j’ai proposé de rendre le festival virtuel et de l’ouvrir à d’autres pays. Sur le thème « Workplace Science & Innovation », la Workplace Week International se déroulera du 9 au 12 novembre 2020. Afin de célébrer les 10 ans de cet évènement devenu incontournable dans la profession, le rôle de la science sera mis en avant, dans un monde du travail en perpétuelle évolution. Ce sera l’occasion de découvrir des pratiques et comportements innovants, précurseurs du Future of Work. Grâce à des conférences en ligne et visites virtuelles, il sera possible d’interagir avec ses pairs et d’explorer les stratégies de management agiles que les entreprises auront déployées dans le monde ces 6 derniers mois, et d’appréhender les prochaines étapes nécessaires pour se développer et prospérer en 2021 dans un contexte de crise sanitaire inédit. L’ensemble des gains seront reversés à des associations caritatives. (www.workplaceweek.com)

 

Poursuivez-vous votre activité au sein de Vibes in Progress ?

Oui par ailleurs, je poursuis le développement de mon entreprise Vibes in Progress, avec ma casquette marketing et communication digitale, pour permettre aux marques du secteur de l’immobilier tertiaire, notamment de mobilier, de développer leurs parts de marché en France. (www.vibes-in-progress.com)

 

Demain, quels espaces de travail ?

Les entreprises vont opter pour un flex office réinventé. D’ailleurs, on lui trouvera peut-être un autre nom ! Selon une récente étude BNP Paribas Real Estate, 60 % des entreprises veulent renégocier leurs baux et 40 %, les résilier. Il va falloir réduire les dépenses, et l’immobilier est le 2e poste de coûts d’une entreprise (comprenant loyer, charges d’exploitation, postes de travail). Il y a des économies colossales à faire. Un poste de travail coûte 14 000 euros/an/collaborateur. Or, avec la crise du Covid-19, les entreprises n’envisagent pas d’occuper leurs immeubles à plus de 50 %, voire 30 % pour certaines. Il y a une réelle prise de conscience qu’il y a de moins en moins de mètres carrés occupés, notamment du fait du télétravail qui a connu un formidable essor depuis maintenant plus de six mois. PSA, par exemple, envisage de libérer plusieurs centaines de milliers de mètres carrés dans le monde et ce sont autant de charges d’exploitation à payer en moins avant même d’avoir négocié la résiliation de leurs baux. Ceux, comme BVA Group, qui devaient déménager au printemps dans de nouveaux locaux, se sont rendus compte qu’ils n’auraient besoin au final que des deux tiers de la surface prise à bail initialement. La crise va encourager les nouveaux modes de travail agiles au bénéfice d’un nouvel écosystème hybride qui aura l’avantage de remettre l’humain au cœur de leurs réflexions et d’adresser les enjeux environnementaux. 

 

Le télétravail va-t-il se développer ?

Les entreprises vont de plus en plus contractualiser le télétravail, et je ne serais pas étonnée qu'on arrive à une tendance générale de 2 jours minimum par semaine. Certaines entreprises, comme Clarins, ont un raisonnement mensuel ; elles demandent à leurs collaborateurs de se positionner sur une semaine complète par mois. Il va y avoir des variantes sur la fréquence et le mode de télétravail d’une entreprise à l’autre, mais il va continuer à se développer. C’est surtout le flex office qui doit être réinventé, car le fait de changer de poste de travail plusieurs fois dans la journée, sur la base de l’activity-based working, va être mis à mal pour des raisons sanitaires. Les collaborateurs auront un poste attribué à la journée, et désinfecté tous les jours. Les réunions en présentiel vont aussi évoluer, car il y aura moins de personnes autour de la table. En fait, le nouveau visage du Workplace aura pour ambition d’adresser avant tout les fonctionnalités d’un hub de collaboration et de socialisation. Avec cette crise économique qui se profile et l’expérience du télétravail, qui a globalement été réussie, beaucoup d’entreprises se sont aperçues que les équipes pouvaient être efficaces et managées à distance. Bien sûr, il y a encore beaucoup de réglages à faire en termes de technologies, d’équipement ou de management, mais nul doute que les entreprises et leurs DRH vont prendre le sujet à bras le corps. Le début d’une nouvelle ère pour le Workplace !