MAIRIE DE MARSEILLE

A la demande d’extension de l’Hôtel de ville par son Maire, Jean Claude Gaudin, Franck Hammoutène a répondu par un nouvel aménagement d’une extrême sobriété. 

L’urgence de la réhabilitation

L’hôtel de ville de la cité phocéenne est situé dans un bâtiment du XVII eme siècle, près de l’Hotel Dieu, à la façade Mansart classée, et dispose d’une perspective s’étendant du Vieux-Port à l’église Notre-Dame de la Garde, à rendre jaloux d’autres Maires de France !
Depuis un demi-siècle, et les destructions de la deuxième guerre mondiale, l’hôtel de ville est bordé d’une parcelle en "jachère", où beaucoup de travaux ont été menés - citons les rénovations Pouillon ou Castel - mais sans jamais être achevés. Pendant des décennies, il y a eu un immense trou, celui d’un musée César jamais construit, devenu un cloaque aux parois de béton et un parking sauvage dévoilant un océan de voitures, si profond que la mer y laissait de l’écume !

La réflexion menée par Franck Hammoutène a été d’imaginer une extension de l’Hôtel de Ville qui pourrait servir l’architecture de Marseille.


Un site unique au coeur de la cité phocéenne

Réhabiliter ce lieu, c’est toucher au cœur battant de Marseille, là où l’on a retrouvé les vestiges archéologiques romains et grecs, au coeur politique de la cité ! Il n’a pas semblé judicieux à l’architecte d’inscrire un "objet" de plus sur ce site : « C’est un paysage urbain qui se tient formidablement bien, il est théâtral ». Franck Hammoutène a joué la carte de l’invisible !

L’extension de la mairie a donc été construite dans l’espace sous-terrain de ce lieu en jachère, libérant la surface pour une une grande promenade de plus de 2 hectares, reliant ainsi le quartier du Panier avec le Vieux-Port, et offrant aux Marseillais une superbe perspective sans rupture, jusqu’à Notre Dame de la Garde.
L’eau du Vieux-Port s’étend dorénavant jusque sous les jardins de l’Hôtel-Dieu. La totalité du projet d’extension a été "enfouie" dans un volume souterrain de 10 mètres de haut grâce à la pente naturelle du terrain, qui a offert pas moins de 10m de dénivelé.
Ce sont là plus de 8 000 m² libérés, pour abriter des salles de réunion, un foyer et une immense salle des délibérations.
En retrouvant la topographie originale du site, l’espace et les flux de population a été rationnalisé. Cela permet de redonner à chacun des bâtiments son socle naturel pour un paysage recomposé.


Un aménagement obsolète

L’objectif a été aussi d’améliorer les conditions de vie au travail des équipes municipales. L’espace manquait cruellement, ainsi que la modernité et le confort.
« Les conseils municipaux se tenaient dans une salle minuscule ! », relate Franck Hammoutène, « dans ce type de bâtiment historique, il n’y avait pas de climatisation », ajoute M.Spitz, chef du projet. L’extension doit accueillir des locaux administratifs, des salles de commission, des salles de réunion, des locaux pour le personnel et un grand foyer qui est à la fois le foyer des élus lors des manifestations politiques et un espace muséal pour les expositions contemporaines. Dans cet immense espace, destiné à un double usage, il a fallu optimiser le volume pour en faire un aménagement pérenne. « Le lieu est sensible, la ville investit, il faut en retour que l’espace ait un sens pendant des décennies, pour les héritages futurs », précise l’architecte, « Dans un aménagement d’espace de cette naure, tout est important : tout doit être vérifié, rien n’est répétitif ».


Des conseils municipaux high tech !

La salle du Conseil a fait l’objet d’un soin particulier : tribunes pour la presse avec des équipements techniques spéciaux, salle de passage rapide pour les fonctionnaires, tribunes publiques, contraintes de scénographie pour la tribune du Maire (conseillers à portée de voix et de vision). Le cahier des charges a été celui d’un studio de télévision : éclairage, bruit, régie image et son.
Les plans de travail inclinés ont été dessinés par l’architecte lui-même. Les sièges Vitra ont été choisis pour leur confort et leur aspect compact : « ils ne s’imposent pas aux gens, alors qu’il y en a tout de même 300 dans la salle de délibération », sans compter les 700 personnes pouvant être accueillies dans le foyer et les 300 collaborateurs dans les bureaux.
« Depuis 5 mois, un conseil municipal se tient tous les mois », nous raconte M.Spitz, « le premier a donné lieu à quelques réglages de climatisation mais aujourd’hui tout le monde est satisfait ». Dès le mois d’octobre, les élus auront sur leur plan de travail un clavier écran mode vidéo et informatique.


Et l’aménagement des bureaux ?

C’est le service de la Direction des marchés publics de la rue Sainte qui prendra possession de ses bureaux flambant neufs dès le début 2007. « Avant qu’ils ne voient le projet, l’avis des collaborateurs de cette direction était mitigé ! Aujourd’hui, ils sont pressés de déménager ! », confie le Chef de projet. « Nous avions déjà essuyé un refus de la part de la Direction des assemblées, qui organisent les séances du conseil municipal. Cela semblait logique de les intégrer au nouveau site, mais ils ont souhaité rester sur l’ancien site ». Les bureaux, sur deux niveaux en semi sous-sol, sont disposés autour d’un patio central vitré qui apporte la lumière du jour. Au niveau supérieur, une dizaine d’espaces de bureau partagés (deux collaborateurs de type "cadre" par bureau), tandis qu’au niveau inférieur l’espace est traité en open space avec un nombre d’agents plus important.



Remerciements

Toutes les photos ont été prises par le photographe Luc BOEGLY pour l’agence Hammoutène. Nous les remercions tous deux chaleureusement.