LA REDOUTE

La Redoute souhaitait procéder au réaménagement de son siège social à Roubaix, en site occupé. Studio Architectures a pris en charge la programmation, l’architecture intérieure, la conception et l’élaboration des plans, le space planning et la sélection du mobilier. La maîtrise d’œuvre d’exécution a été faite par le groupe La Redoute en interne. Un travail collaboratif qui a duré trois ans et s’est achevé début 2006.

« En exécution, nous avons travaillé de façon particulièrement étroite sur un pilote lors la première phase de chantier, pour mettre au point les détails de tous les aménagements. Puis nous sommes intervenus de façon régulière lors des comités de pilotage et sur le chantier, pour les réglages et la mise à jour des plans, pour s’adapter aux besoins des différentes directions du groupe. Un important travail de communication et d’accompagnement au changement a également été nécessaire », nous explique Alexandra Villegas.

La principale difficulté de ce projet était de réaliser le réaménagement des 57 000m² en site occupé. Ces 57 000 m2 sont répartis sur plusieurs bâtiments peu homogènes, le tout constituant le gigantesque siège de La Redoute. Ce siège abrite des métiers très différents : élaboration du catalogue, marketing, finance, informatique, etc.
L’objectif était de réorganiser le siège en restructurant l’espace autour des « marchés » et du marketing. Il fallait optimiser l’utilisation des surfaces, non pas de manière agressive mais par la rationalisation des nombreuses surfaces alors mal utilisées.

Avant le relooking...


L’organisation spatiale des activités s’était faite en interne et de manière historique. Le premier bâtiment était l’hôtel particulier du fondateur de La Redoute, auquel d’autres constructions se sont ajoutées au fur et à mesure. Quand un département grandissait, il déménageait où il pouvait, d’où le manque total de cohérence dans l’organisation de l’espace. Les installations étaient très vétustes.

Le signal d’alarme est donnée par l’enquête de satisfaction réalisée tous les deux ans par le groupe PPR au sein de ses divisions (dont La Redoute) intitulée « Quel temps fait-il chez vous ? ». Cette enquête a pour but de "prendre la température" dans l’entreprise, à partir de nombreux critères. La Redoute venait de procéder à une réorganisation interne par segments de marchés (mode femmes, mode hommes, etc) totalement incohérente avec l’organisation spatiale, quand les résultats de cette enquête de satisfaction ont révélé que les conditions de travail étaient ressenties par les collaborateurs comme extremement mauvaises. Pis, les gens, même en interne, arrivaient à se perdre dans les locaux ! Les couloirs étaient simplement repoussés quand les services grandissaient, d’où un résultat labyrinthique.

Au départ du projet, il y avait 1 800 collaborateurs. Depuis, 400 ont été rapatriés sur un autre site, preuve que le réaménagement a permis d’optimiser largement l’espace. Un show room de meubles de 2 500 m² a également été intégré. Tout cet espace libre n’était pas flagrant de prime abord : les bureaux n’étaient pas individuels, mais très cloisonnés.

Le mobilier avait été renouvelé petit à petit, mais sur 1 800 personnes, le résultat était devenu incohérent. Il y a quelques années, une campagne avait été lancée et le groupe s’était rendu compte qu’il avait reproduit le même aménagement, en neuf ! Le PDG de l’époque s’était rendu compte qu’il fallait repenser entièrement la réorganisation du siège. L’appel d’offre a été réalisé en 2002 et le projet a été achevé début 2006.

Le budget, limité, a donné lieu a une opération immobilière intéressante : il y a eu cession des bâtiments de PPR à un investisseur, permettant de dégager des fonds non négligeables pour financer des travaux de rénovation. La Redoute loue donc désormais ses bâtiments à l’investisseur et non plus à PPR.

Les objectifs :

  • améliorer les conditions de travail,
  • optimiser l’organisation,
  • restructurer l’espace autour des marchés,
  • faciliter le management et la convivialité,
  • anticiper les évolutions par la flexibilité et la modularité de l’espace,
  • consolider les activités et réintégrer certaines activités hors site et le showroom.

Processus :
« Nous avons fait l’analyse des métiers, réaliser des interviews pour comprendre les besoins et le processus de travail au sein du groupe », nous dit l’architecte. Désormais, les managers disposent chacun d’un bureau et une table de réunion à crédance. Des groupes de communication ont été créés sous forme de binôme graphiste+rédacteur. Ont été créees des salles de réunion de différentes tailles, une salle de collections où les vêtements de la saison en cours sont mis à l’avant et ceux de la saison passée à l’arrière avec une cabine d’essayage, ainsi qu’un showroom pour la validation des prototypes de meubles.

Un aménagement sous forme de "campus"

« Studios est un cabinet d’architectes français, avec des bureaux partout dans le monde. Nous nous enrichissons beaucoup les uns des autres », explique Alexandra Villegas. « Nous avons donc réfléchi à l’échelle urbaine : Les 57 000 m² de La Redoute nous ont fait penser à l’expérience que nous avions des campus à l’américaine ». "Campus", c’est d’ailleurs le nom donné au projet. Les bâtiments réaménagés disposent désormais, pour se repérer, d’un langage urbain : un boulevard pour connecter les bâtiments, des rues et des places. Le but était de créer un cheminement clair dans ces épais bâtiments industriels. Chaque bâtiment porte dorénavant le nom d’une rue de Roubaix, et chaque étage de ces bâtiments R+4 ou R+5 sont clairement identifiés par une couleur.

Les postes de travail ont été mis en périphérie, à côté de la lumière naturelle. Dans la partie centrale, appelée « le boulevard », a été placée une série de boîtes : des espaces de support, des salles de réunion, des salles de collection, un laboratoire informatique etc. Ces boîtes sont disposées de manière à favoriser la communication transversale. Tous les cloisonnements ont été supprimés entre les directions, pour un changement radical : ne restent plus que 90 bureaux cloisonnés pour 2 400 personnes. « Si une direction doit croître, elle s’étend sur les postes à côté, inutile de pousser les murs, il suffit de bouger des gens pour densifier certaines zones. Nous avons un retour très positif avec ce système, l’évolutivité du système est très satisfaisante, et la réduction des coûts certaine ! », ajoute-t-elle.

Tout le mobilier a été changé.

Dans les open spaces, des benchs reconfigurables ont été mis en place, pouvant accueillir 8 personnes. « Les collaborateurs étaient assez inquiets, comme dans tout projet impliquant un changement important, mais ils se sont bien habitués ». Il y a au sein de La Redoute une réelle mixité des supports : bureau, centre d’activités (showroom et collections, prototypage), et des métiers de communication, des modélistes, des acheteurs qui négocient avec l’Inde et la Chine. Un vrai challenge a été lancé aux fabricants de mobilier pour réussir à n’obtenir que deux types de postes adaptés à tous les métiers. Pari tenu : il y a des postes standards de 180 x180 et des tables hautes, pour les ateliers. « Nous avons voulu soigner particulièrement le mobilier ».
Les espaces collectifs étaient au départ peu nombreux : les salles de réunion ont été multipliées par trois ! Elles sont de différentes tailles : 8 très grandes salles (jusqu’à 40 personnes), des petites salles de réunion de 4 personnes ou en face-à-face, des salles blanches à côté de l’accueil pour recevoir les fournisseurs, des salles de formation, etc. Des espaces de convivialité ont été crées au niveau des « places » aux connections entre les bâtiments, et sont constitués de salles de réunion et de coins café. Un atrium a également vu le jour, et le restaurant d’entreprise a été déménagé du cinquième bâtiment le plus lointain au RDC, plus central. Tout le câblage est apparent pour rappeler le langage industriel. Le traitement acoustique a été particulièrement soigné par l’utilisation d’un plafond suspendu en forme de vague permettant d’utiliser le flottage existant, pour une réduction des coûts et un effet acoustique « clapotis sur la mer ».

 

La mise en œuvre du réaménagement a duré trois ans avec des opérations tiroirs car le site était occupé. Bruit et poussière pendant trois ans : il fallait motiver les salariés ! « Le secteur enfant du catalogue, le plus mal installé, a été le premier réaménagé pendant l’été. Les salariés ont été tellement contents en revenant en septembre qu’ils ont été les meilleurs relais pour le bienfait du projet », s’enthousiasme Alexandra Villegas.

Un groupe de travail représentant les différentes directions, soit vingt personnes, et un chef de projet, dédiés à 100 % au projet pendant trois ans ont contribué à ne pas laisser fléchir la motivation des salariés. L’implication et l’accompagnement très forts du PDG y ont largement aidé. « Il est fondamental pour la réussite d’un projet qu’il y ait eu cette fermeté du haut en même temps qu’une compréhension des besoins. Tout changement entraîne des réticences, et nous devons aider à changer les mentalités ».

Il y a eu à la fois un site et un journal du déménagement pour donner des nouvelles du chantier et interroger les gens déjà réaménagés sur leur expérience. Une grande fête d’inauguration a eu lieu avant l’emménagement, avec des « accueils métiers » pour que les uns les autres puissent expliquer leur travail, car ils se connaissaient finalement peu. Cette idée a aidé à une plus grande ouverture, une meilleure connaissance de l’organisation verticale. Grâce au nouvel aménagement, le retour d’expérience montre que la communication inter-service est désormais plus fluide.

« Il est important qu’une fois achevé, le chef de projet continue à veiller au « polissage » du projet : pas de déplacement d’armoires ou de bureaux. Les salariés sont enchantés de leur aménagement, ils peuvent personnaliser leurs bureaux car le projet n’est pas un projet de « cleaned up » policy », conclut Alexandra Villegas.