BETC

Ambiance et aménagement de bureau

Le chantier est le fruit d’une longue réflexion menée par BETC sur les futurs métiers de la publicité. Une nouvelle organisation aussi car dans les nouveaux locaux de la rue du Château d’Eau sont regroupés des métiers de la production publicitaire : production TV, achat d’art, production print, média planning et consulting. En somme, il s’agit d’une nouvelle façon de croiser le “faire” et la réflexion pour provoquer de nouvelles approches publicitaires« Cette réorganisation fondamentale de la chaîne de production publicitaire est une première pour le marché français et un reflet des mutations de l’industrie publicitaire déjà en cours dans les autres grands pays du monde, notamment aux États-Unis et en Angleterre  », constate Catherine Geel (Plum Buro), consultant design et architecture intérieure du projet. Ainsi, le choix du lieu se veut le reflet de l’activité exercée … une adéquation prolongée par les choix d’organisation du travail et d’aménagement des espaces, ainsi que l’exprime Catherine Geel : « Je crois qu’un bâtiment a une âme, il est structuré d’une certaine manière. Un atelier, c’est de la production ; donc, le fait qu’on y installe des métiers de production, c’est que, quelque part, le bâtiment nous parle de production, que nous avons envie d’y voir de la production ; les codes de l’industrie nous sont donc apparus de manière assez naturelle ».

L’implantation des postes et des zones de travail intègre également ces codes et opte pour la linéarité. « La possibilité d’ouvrir à la lumière le flanc ouest de ce long bâtiment, longtemps aveugle, sur la cour arrière de l’Hôtel Gouthière, a permis d’envisager la reconversion complète de tous les niveaux », précise Catherine Geel. Par rapport à l’immeuble des « Classes Laborieuses », ancien grand magasin populaire, lui aussi ouvert latéralement à la lumière par le projet, le 48 Château d’Eau affirme un choix d’implantation dans le quartier encore plus poussé, en reconnectant le bâtiment avec la rue. Depuis la rue, le bitume entre dans l’immeuble et traverse son rez-de-chaussée avant de rejoindre le Passage Magenta qui débouche sur le boulevard du même nom. Sur le plan de l’activité, on constate une répartition assez codée des tâches. L’opération se développe sur 4 niveaux : un rez-de-chaussée, sa mezzanine, et les 1er et 2è étage. Au rez-de-chaussée règne une ambiance de garage avec sa rangée de studios de montage rouge pompier, clin d’œil à la caserne jouxtant l’immeuble. Des mezzanines latérales et deux passerelles de liaison sont créées. Nous sommes au montage ; place donc aux métiers d’organisation logistique (régie pour les photos, les prises de vue...).

Pour dégager et maintenir l’élégante structure en place et libérer les longs plateaux d’origine, une « lame fonctionnelle » renferme les circulations, les sanitaires et tous les locaux techniques. Cette « boite » de services révèle son intériorité colorée à chaque niveau. Comme « Aux Classes Laborieuses », l’un des grands principes est de montrer et de croiser des flux entre les différents métiers. Les mouvements et le va-et-vient qui animent les métiers de la production du rez-de-chaussée sont organisés au 1er niveau autour d’une grande table commune, « colonne vertébrale » structurant l’étage. Nous sommes à la production et à l’achat d’art. Au 2ème, la rigueur de la réflexion stratégique trouvent leur place dans une ambiance d’atelier sous la verrière zénithale et l’implantation plus « libre » des postes de travail. A travers cette organisation, « nous voulions vraiment matérialiser la production ; car la pub, ce n’est pas seulement des idées mais aussi un savoir faire  », explique Catherine Geel.


La couleur, grand principe structurant de l’aménagement

Aux "Classes Laborieuses", la couleur venait arrondir, égayer et permettre l’appropriation des espaces de travail et des espaces de réunion par une répartition aléatoire de 4 couleurs de textile. Plum Buro propose une utilisation de la couleur moins décorative, plus structurante : 4 teintes franches et radicales aux dissonances étudiées participent au découpage de l’espace en intervenant par plan verticaux dans le bâtiment. Ici ce sont d’anciens ateliers et les couleurs choisies sont les couleurs de l’industrie. Ce système de 4 couleurs industrielles, issues de la gamme RAL définit l’immeuble comme zone de production. Ce sont le jaune 1016 (souffre), le rouge 3000 (pompier), le orange 2007 (fluo) et le vert 6029 (menthe). Les tables et les sols fusionnent dans un même vert olive comme dans une seule surface créant l’arrière fond du plan. Des codes de la production retrouvés naturellement pour le choix des couleurs. Un choix justifié aussi par un endroit unique dans lequel des niveaux de lumière radicalement différents devaient coexister. Il était donc indispensable de privilégier des couleurs qui réagissent aussi bien dans un environnement très clair que dans une environnement plus foncé.

Matières brutes, tissus chaleureux, caractère moderniste

L’immeuble est brut, moins sophistiqué que celui de la rue du Faubourg St Martin. Un principe auquel s’accordent les meubles de bureau et les rangements. Le feutre industriel non-traité des rangements est domestiqué par un dessin rigoureux ; les tables et les bancs du rez-de-chaussée, dans un étonnant plastique recyclé noir et « brut de décoffrage », ressemblent à du mobilier qui aurait été commandé pour une fête berlinoise. Pour ramener de la chaleur et du calme, le textile (très présent "Aux Classes Laborieuses"), se retrouve à Château d’Eau. Les fauteuils sont recouverts d’un drap de laine chiné. Sur les canapés confortables et profonds, le même tissus est souligné par des bandes du très vif Millerstripes de Ray Eames. Les lampes sont une alternance de néons Samode choisis par Frédéric Jung ; la ligne de luminaires « Aggregato », proposée par Plum Buro, forme des points incandescents qui procurent la chaleur visuelle. Créée par le designer Enzo Mari en 1976, elle vient sur les bureaux et le long des rangements sur-mesure donner une douce lumière de bibliothèque. Dans les salles de réunion et sur le bar, on retrouve les suspensions Spluggen Brau de Achille Castiglioni conçues en 1960 et initialement destinées à une brasserie milanaise. Ce sont les références historiques qui confirment la tendance moderniste de l’ensemble du projet. C’est original le paillasson sur le mur de l’accueil ! Paddock (c’est son nom) recouvre la verticale de l’espace accueil. Un accueil polyvalent et facilitant le mouvement, évident : « je suis planté là pour vous recevoir », semble nous dire cet espace. Pourquoi utiliser le paillasson ? « Je trouve que c’est un matériau qui est chaud, naturel. C’est du paillasson en rouleau, acheté de manière industrielle. Et il fait reporter l’attention sur la rue et les pavés », répond Catherine Geel…et les pavés sont superbes.

Autre détournement de matière : la feutrine… industrielle, bien sûr ! Panneaux gris étouffant le bruit et délimitant zones de rangement. Des zones adaptées à l’activité, « les métiers d’achat d’art avaient besoin de grandes profondeurs de rangement » précise Catherine Geel et clairement identifiées : archivage en hauteur, zones de rangements communs facilement accessibles et zones de rangement personnel avec serrure.

Fiche technique de l’aménagement

Architecture clé, aménagement, mobilier et objet... tout savoir sur le nouvel espace de BETC.
Maître d’Ouvrage : SARL Château d’eau Saint Martin / J.M Piard
Architecte : Jung Architectures
Consultante Design : Catherine Geel
Architecte d’Intérieur : Plum Buro (Catherine Geel et Indiana Collet-Barquero)
Dates du chantier : Avril 2004 / avril 2005
Surface du site : 1300 m2
Effectifs : 90 postes