Nomadisme

Travailler seul mais ensemble : le boom du coworking

Selon le site Neo-Nomade créé en 2010 par le cabinet de conseil LBMG, spécialisé dans le développement de tiers-lieux pour les gestionnaires d’espaces, il y a désormais plus de 200 espaces de coworking en France. Ces espaces de travail partagés sont prisés par la génération Y, moins adeptes des centres d’affaires traditionnels. Pour cette population, les cafés et restaurants internet ont représenté une vraie révolution, Starbucks en tête : wifi, aménagements flexibles, ambiance cosy… Quelle différence alors entre un espace de coworking et un simple café wifi ? La confidentialité garantie par ces lieux payants, la mise à disposition de l’équipement nécessaire pour travailler sur la durée, et surtout, l’intégration d’un réseau de travailleurs encourageant les échanges et le travail collectif. Pour les trentenaires free lance, graphiste, journalistes ou autres, cela permet de ne pas rester isolé et surtout, il y a un réel enrichissement à travailler avec d’autres personnes du même secteur. Le travail collaboratif et en mode projet remplace progressivement l’organisation pyramidale du travail, et ces espaces en sont la traduction. Ils permettent aux travailleurs indépendants de pouvoir trouver, dans ce lieu et à travers ce réseau, un espace de socialisation propre à l'entreprise. Si le télécentre est périurbain ou rural et permet aux salariés d’éviter la migration pendulaire, le coworking est plus urbain, avec un aspect communautaire très fort, des membres recrutés. L’aménagement y est moins corporate que dans les centres d’affaires.

Les espaces de coworking sont nés en 2007 ans à San Francisco. Citizen Space, créé par Chris Messina and Tara Hunt, serait le premier d’entre eux. L’idée était de combiner le meilleur des cafés wifi : sociabilité, énergie et créativité, et le meilleur des espaces de travail : productivité et fonctionnalité, pour en faire des espaces singuliers et abordables. En Europe, Betahaus à Berlin est considéré comme la Mecque du coworking, avec 150 places réparties sur 2 000 m² d'open space pour travailler. Betahaus a été créé par une poignée de jeunes créatifs allemands en 2009, dans une ville qui compte près de 100 000 indépendants ou créateurs d’entreprise dans le secteur de l'économie créative et culturelle.

Le coworker type est un homme de 34 ans, programmateur, développeur ou designer web, qui travaille en freelance. Le coworking répond à l'accroissement rapide du nombre de travailleurs indépendants ou d’auto-entrepreneurs. Or cette communauté a besoin d’un réseau fort de solidarité et de partage. Les coworkings, en tant qu'espaces de travail, jouent un rôle central en favorisant la structuration d'un véritable réseau de coworkers, facilitant coopération et créativité. D’ailleurs, la majorité des espaces de coworking organisent deux événements par mois, qu’ils s’agissent d’ateliers, de réunions, de déjeuners, de conférences ou de formations. La Cantine, premier lieu du genre en France, se veut un lieu de réflexion sur les nouvelles technologies. Depuis sa création, les espaces de coworking rencontrent un vrai succès, avec 200 établissements contre 40 il y a deux ans en France : Le Comptoir Numérique à Saint-Étienne, La Cordée à Lyon, Le Tank, La Mutinerie, La Ruche, Community Space ou le Lawomatic à Paris, pour ne citer qu’eux. Des forfaits permettent de s’adapter aux besoins de chacun, mais les prix d’un bureau permanent varient en général de 200 à 500 euros par mois. Des formules libres peuvent également permettre de réserver une place à l'occasion autour de 25 euros.

La plupart des coworkers affirment que leur productivité s'est nettement améliorée. Certaines entreprises l’ont désormais bien compris et encouragent leurs employés à intégrer des espaces de coworking pour télétravailler, à la fois pour des raisons évidentes d'économie et de flexibilité, mais aussi pour dynamiser leur créativité à travers les contacts et rencontres, facilités dans de tels espaces. Les tiers-lieux représentent-ils pour autant la fin des bureaux traditionnels ? Certains métiers nécessitant une confidentialité accrue n’utiliseront sans doute jamais ces espaces, et certaines fonctions auront toujours à gagner à se trouver dans le même lieu. Les espaces de travail sont aussi divers que les modes de travail actuels, et fort est à parier que les tiers-lieux vont continuer à se multiplier et à se diversifier. Ils remettent en débat la problématique du travail, de l’indépendance, de la mobilité, du rapport à l’autorité et au corporate, et sont la traduction concrète de ces nouvelles façons de travailler.

 

Rémy Oudghiri, Directeur du département Tendances & Prospective d’Ipsos, était invité au dernier Salon Maison & Objet de Paris pour évoquer la société du « CO ». Portées par la conjoncture économique et la généralisation des réseaux sociaux, motivées par un besoin de liberté, de simplicité et d'authenticité, les pratiques « collaboratives » se généralisent (covoiturage, échange et location d’appartements entre particuliers, crowdfunding…). Cette tendance émergente oblige à redéfinir les frontières de l'économie traditionnelle.

Interview complète sur le site Ipsos