Tenir compte de nos 5 sens dans l'aménagement

Nos sens sont nos outils d’apprentissage du monde qui nous entoure. Ils construisent des émotions qui sont propres à chacun d’entre nous. Ces émotions reflètent notre façon d’interpréter le monde.

Nos sens sont nos outils d’apprentissage du monde qui nous entoure. Ils construisent des émotions qui sont propres à chacun d’entre nous. Ces émotions reflètent notre façon d’interpréter le monde.

Aménager un espace de bureau doit ainsi tenir compte de la relation établie par notre domaine de l’affect (issus directement de nos organes du sens) et notre domaine de la cognition (part réfléchie de chacun d’entre nous qui nous permet des réagir chacun à sa façon à un stimulus sensoriel).

Nous verrons ici ce que nos sens représentent de façon générale et comment les intégrer dans une logique d’aménagement d’espaces de bureaux où plusieurs individus sont amenés à se côtoyer.

De nos jours, l’évolution du marché tend à favoriser la différenciation des produits non seulement par des critères fonctionnels, ergonomiques ou encore économiques, mais bien par ce qui jusqu’ici a fait partie du domaine de l’ineffable : le « charme » d’une forme, la séduction d’une texture, le pouvoir évocateur d’une odeur ou l’expressivité d’une sonorité.
Comme le souligne Bassereau (1), « Le corps des choses parle directement à notre corps dans le registre du sensible. C’est par la matérialité perçue de l’objet que le consommateur le rencontre. Le produit est choisi, utilisé, aimé, changé sur des critères qualitatifs ». Ceci est d’autant plus vrai dans le domaine de l’ameublement, produit avec lequel l’utilisateur a une relation intime et prolongée.

 

Dans le cas du bureau la prise en compte des critères sensoriels d’un produit ou de l’aménagement de l’espace est rendu difficile car cet espace où l’on passe environs huit heures par jour et le mobilier qui le compose sont le plus souvent le choix du responsable des achats de l’entreprise et non de l’utilisateur final. Or les produits qui nous entourent, sont évocateurs par leur forme, leurs matériaux, leur texture et leur sonorité de différentes sensations qui dépendent de notre passé, de nos souvenirs ou encore de notre culture. Par les sensations positives ou négatives qu’ils procurent à l’utilisateur les produits vont répondre à des besoins à la fois de plaisir physiologique, sociologique, psychologique et idéologique.
 
En contact permanant avec l’utilisateur, associé le plus souvent à une seule personne, le fauteuil de bureau, produit incontournable dans un bureau, illustre parfaitement ces 4 types de plaisir.


 

 En contact permanant avec l’utilisateur, associé le plus souvent à une seule personne, le fauteuil de bureau, produit incontournable dans un bureau, illustre parfaitement ces 4 types de plaisir.
  • Le plaisir physiologique est le plaisir que ressent le consommateur suite à la perception d’un stimulus agréable (le siège de bureau peut avoir une texture agréable, une forme élégante ou encore une sonorité plaisante). C’est un plaisir purement physique. 
  • Le plaisir sociologique naît de la dimension sociale du produit : le produit peut favoriser des interactions sociales, ou valoriser le statut social du consommateur. Par exemple, le fait de posséder un siège de bureau ayant un dossier haut peut signifier que l’utilisateur à une position hiérarchique élevée dans l’entreprise. Il se traduit par une réaction émotionnelle plaisante du consommateur (telle qu’un sentiment de fierté, ou de sérénité).
  • Le plaisir psychologique est lié aux réactions cognitives et émotionnelles du sujet au produit. Par exemple, le sujet peut ressentir un plaisir psychologique face à un mécanisme de réglage particulièrement ingénieux. 
  • Le plaisir idéologique naît lorsque les valeurs véhiculées par le produit correspondent aux valeurs du sujet. Par exemple, si le sujet est sensible à la protection de l’environnement, un produit éco-conçu lui procurera un plaisir idéologique.
 


Ainsi les utilisateurs de fauteuils de bureau ont des préférences et des réactions affectives marquées en ce qui concerne cette famille de produits. Concernant les autres familles de produits composant un bureau les sensations ressenties sont souvent de plus faible intensité, mais il est pourtant indispensable de les prendre en compte lors de la conception.
 
Cependant, que les sensations ressenties soient positives ou négatives, de forte ou de faible intensité, il est difficile pour les utilisateurs de les exprimer verbalement. La simple expertise du designer peut parfois ne pas suffire. C’est pourquoi, les entreprises font appel à des méthodologies d’analyse sensorielle, de design sensoriel ou expérientiel.
 
Le FCBA a développé une méthodologie (2) spécifique aux industriels de l’ameublement, qui permet d’identifier les préférences des consommateurs afin d’intégrer des critères sensoriels dans la conception de produits mais aussi de permettre à vos clients et/employés de choisir « sensoriellement » leurs mobiliers !
 
D’un point de vue plus général, il semble indispensable de laisser le choix du mobilier à l’utilisateur afin de créer un lien entre l’esthétique et l’utilisabilité. Un affect positif permettra alors de placer l’utilisateur dans une position plus confortable de productivité.
Aussi, la personnalisation ne doit pas disparaître alors que les postes de travail diminuent. Proposer un espace de personnalisation (une cloison phonique qui sert de support à des éléments personnels par exemple) libère l’utilisateur du cloître qu’est un poste de travail.
Dans les espaces de travail où les salariés sont amenés à être occasionnellement à leur poste de travail et pratiquant le desk-sharing (partage du bureau entre collègue), la nature de l’esthétique des mobiliers choisis doit plaire à chacun car la personnalisation du poste de travail devient plus délicate.

Le travail que nécessite l’aménagement d’un espace porte davantage sur la recherche d’un compromis des salariés que sur une prise en compte subjective poste par poste. Un espace de travail où plusieurs postes se côtoient se doit d’être uniforme. Cet aspect uniforme découle d’un consensus des salariés et où l’esthétique a un impact bénéfique sur chacun d’entre eux.

 

Sylvie Charbonneau - ergonome
Institut Technologique FCBA
www.fcba.fr 
Mise à jour – Clément Grangé, consultant ergonome FCBA.

 

Lire aussi
(1) BASSEREAU, J.-F., BEDRAN, C., DESSI, H., DUCHAMP, R., ROUSSEL, B., 1997. L’ingénierie centrée sur l’Homme. Paris : Ed. Ministère de l’Industrie de la Poste et des Télécommunications. (2) De Rouvray, Alexandre (2006) Intégration des préférences émotionnelles et sensorielles dans la conception de produits d’ameublement : proposition d’une méthode d’ingénierie affective. Doctorat Génie industriel, ENSAM 2006ENAM0063. (http://pastel.paristech.org/2196/)Bas du formulaire