Patrick Duport - GECINA

Entretien avec Patrick DUPORT, Responsable des Programmes chez Gecina qui revient les travaux de restructuration et de construction initiés dès 2009 pour réaliser, à Neuilly-sur-Seine, le premier campus tertiaire de centre-ville.

Quel est votre parcours ?

Et bien, cela fait 32 ans que je suis chez Gecina ! J’ai connu l’entreprise du temps où nous étions 8 personnes. Aujourd’hui nous sommes plus de 500, et la première société foncière française de bureaux. Auparavant j’ai travaillé pour le Moyen-Orient en tant qu’économiste et prescripteur, et pour le compte de banques anglaises sur Paris et la Côte d’Azur. J’occupe aujourd’hui le poste de responsable des Programmes immobiliers tertiaires chez Gecina située rue des Capucines, dans le 2ème arrondissement de Paris.

Quelle est la genèse du projet à Neuilly ?

L’ensemble des bâtiments du 96-104 avenue Charles de Gaulle à Neuilly a été acheté en 2006 par Gecina. Il datait des années 70 et a été occupé par le siège de Procter & Gamble jusqu’en 2009. Les travaux de restructuration et de construction ayant pour objectif d’en faire le premier campus tertiaire de centre-ville ont démarré la même année. Au début, il ne s’agissait que d’une simple rénovation, mais nous avons eu les autorisations nécessaires pour construire et en faire un vrai projet de vie. 

Comment cet ensemble était-il organisé alors ?

Nous avons déposé deux permis de construire en 2008, un pour l’immeuble en façade, et un autre pour le grand terrain derrière, avec les deux bâtiments qu’on ne perçoit pas de la rue. Les trois bâtiments étaient indépendants les uns des autres, sur 4 niveaux de sous-sol, proposant une organisation traditionnelle de plateaux cloisonnables avec noyaux. Les trois bâtiments étaient simplement liés entre eux par le niveau -1 et le jardin. L’objectif de l’architecte a été de repousser l’ensemble des dessertes et des circulations pour améliorer le fonctionnement général en reliant les bâtiments entre eux, de mettre les bâtiments aux normes actuelles de confort et de sécurité et d’en changer l’image dans une vision globale. 

Quels ont été les travaux à faire pour y parvenir ?

Le bâtiment sur rue a entièrement été démoli, les deux bâtiments arrière ont subi des restructurations très lourdes. Nous avons adjoint un nouveau bâtiment de liaison entre les trois bâtiments d’origine, un immeuble en bois. Il relie les 3 bâtiments entre eux sur trois étages sous la forme de galeries à ossature enbois. Cette rue intérieure permet de rester à l’abri tout en favorisant les rencontres et la discussion. Le premier sous-sol accueille désormais un restaurant inter-entreprise, des salles de réunion, une cafétéria, des lieux conviviaux et interactifs ouverts sur un large patio agrémenté d’un jardin intérieur. Les autres niveaux de sous-sol gardent leurs destinations de stationnement, réserves, archives et locaux techniques. Les jardins, entièrement refaits par le paysagiste Marc Littot, sont le support d’un nouvel environnement à la fois naturel et architecturé.

Et en termes de développement durable ?

Le bâtiment a été placé sous le signe de la performance énergétique. En surface utile, il fait aujourd’hui 10 500 m² qui sont à la fois HQE exploitation et BBC, soit très économe en énergie. Le bâtiment 2 sur cour dispose de panneaux photovoltaïques.

Quel est le parti pris architectural ?

Le bâtiment a une signature architecturale forte. L’architecte est Ludovic Lobjoy, de l’agence Lobjoy & Bouvier. Il avait été appelé par Catella, l’intermédiaire entre nous et l’investisseur pour l’ancien propriétaire. Nous avons repris sa réflexion qui était le fruit de 7 ans de travail. Le résultat est une façade donnant sur l’axe royal qui se remarque, avec ses jeux de lumières dans les deux sens. La peau extérieure est plissée et cristalline, en verre et métal blanc recoupée tous les deux niveaux par des corniches en béton blanc poli. La peau intérieure est noire, tramée sur les bureaux à haute performance thermique et acoustique et intégrant des stores à lames. Le déplacement le long de l’avenue fait évoluer la perception que l’on a du bâtiment. Le soleil fait vibrer les plis de la façade. L’architecte a réalisé une double façade avec un travail pour donner l’intimité visuelle mais garder la lumière avec la sérigraphie. La double hauteur et l’absence de fenêtre permet de réinterpréter les échelles et de travailler sur l’abstraction.

Qui occupe désormais ces locaux ?

Cette opération en blanc a vite trouvé des utilisateurs. Le siège mondial d’Altran occupe le premier bâtiment sur 7 étages. Les bâtiments 2 et 3 sur cour sont occupés par la direction informatique de Chanel dont le bail a été signé en fin d’année dernière et qui est entré dans les locaux en avril 2012. L’immeuble peut recevoir 720 personnes.

Comment se présente l’architecture d’intérieur ?

C’est Juan Trindade qui s’est occupé de l’architecture d’intérieur. Les bureaux ont été livrés en blanc par Gecina mais nous avions prévu un certain nombre d’éléments. Par exemple, le bâtiment 1 dispose d’une entrée à double hauteur façon cathédrale. Le hall joue avec la profondeur de la perspective du jardin, en complète transparence depuis l’avenue Charles de Gaulle. Le dernier étage dispose d’une terrasse avec vue sur l’Arc de Triomphe, avec une grande hauteur sous plafond pour en faire un bureau de président. C’est d’ailleurs cet espace qu’occupe aujourd’hui Philippe Salle, le dirigeant d’Altran. Les plateaux de bureaux sont prolongés par des patios, des espaces verts et des terrasses. Les bâtiments 2 et 3 ont des terrasses sur le toit accessibles et servant d’espaces de convivialité. A l’origine, la moitié des bureaux étaient agencés en open spaces et l’autre moitié en bureaux semi-cloisonnés. De base, les bureaux sont modulables avec des trames qui vont de 136 cm à 180 cm selon les bâtiments, avec une hauteur sous plafond comprise entre 2,50 et 2,70 m. Bien sûr, en tant que maître d’ouvrage, nous ne livrons aucun meuble ou cloison. C’est aux locataires de faire leurs propres plans d’aménagement en fonction de leurs besoins. Nous vérifions simplement s’ils sont conformes à la réglementation en vigueur (Code du travail, réglementation feu) et compatibles avec les éléments techniques de la construction.