Design

ORGATEC 2018

Le salon biennal européen du mobilier de bureau s’est tenu du 23 au 27 octobre à Cologne, en Allemagne. Un franc succès puisqu’il accueillait plus de 63 000 visiteurs (+ 15 % par rapport à 2016) venus de 142 pays, pour voir près de 200 exposants industriels du mobilier de bureau. Une édition placée sous le signe des nouveaux environnements de travail, avec des tendances franches qui se confirment, voire s’accélèrent. De nombreuses solutions étaient apportées par les fabricants pour les environnements flex et « axés sur les activités ».

 

Sustainability

Un terme tellement difficile à traduire en français qu’on lui a inventé un néologisme, « durabilité ». Cette organisation humaine repose sur le maintien d'un environnement vivable, sur le développement économique et social à l'échelle planétaire, et, selon les points de vue, sur une organisation sociale équitable. C’était aussi l’un des mots d’ordre du salon. Au-delà du recyclage et du développement durable, on parlait obsolescence programmée et de durabilité. 

Rappelons que chaque seconde, 100 tonnes de déchets (sur les 4 milliards produites annuellement) finissent en mer, dont une grande partie est constituée de matières plastique. Certains n'hésitent pas à parler de « septième continent ». Pour tenter d’y remédier, les industriels innovent, avec des poubelles de tri de plus en plus perfectionnées et des matériaux encore plus écologiques. Associés à des startups de la « greentech », ils utilisent du plastique recyclé issu directement des bouteilles repêchées dans les cours d’eau ou des filets de pêche abandonnés en mer. 

Cette prise de conscience de la fragilité de notre environnement donne des envies de nature dans la décoration de nos bureaux. Le végétal s’invite dans les cloisons et sur les murs, les arbres prennent racines au beau milieu des benchs, pour former une véritable jungle urbaine. Le mobilier prend des teintes de forêt amazonienne, une palette de couleurs qui varie du vert sapin au vert prairie, en passant par le vert olive. Le bois, comme dans l’immobilier, fait son grand retour dans les espaces de travail. Le style scandinave, alliant bois et couleurs pastel, formes douces et arrondies, design simple et épuré, s’est banalisé. De nombreux éléments inspirés du mobilier de jardin pénètrent à l’intérieur des bureaux : balancelle, balançoire, table de (réunion) pique-nique ou ping-pong, benchs avec arbres intégrés, et même hamac. Des objets qui amènent de la mobilité dans l’espace de travail, mais aussi du ludisme.

 

Entre home office et outdoor

L’aménagement des entreprises balance entre la maison « cocon », qui suppose douceur et intimité, et la place publique, un lieu ouvert où se retrouver et se réunir.

Entre piétements et accessoires en bois, structures noires mates, poufs et canapés, le home office est devenu un standard dans les bureaux. Les gammes de sièges visiteurs se combinent et se complètent en un joyeux mélange de couleurs, de matériaux et de textures. La taille des meubles est moins disproportionnée, ils peuvent être imaginés aussi bien au bureau qu’à la maison. Les sièges sont moins imposants et plus légers sans leurs nombreux réglages. 

Un mobilier parfois issu de collections destinées aux lieux publics (musée, hôtellerie, aéroport) intègre les bureaux. Le soft seating est partout : on peut s’y détendre ou s’y réunir de façon informelle, mais il intègre également toute la connectique nécessaire, et des accessoires comme des cloisonnettes ou des tables, pour pouvoir vraiment y travailler. Le designer Vitra Edward Barber n’hésite pas à dire que le bureau, dans sa forme traditionnelle, « a fait son temps ». Il y avait d’ailleurs assez peu de postes de travail, au sens classique du terme, dans les allées. Curieusement, le siège traditionnel de direction n’a pas totalement disparu. Un dernier moyen pour le dirigeant de se distinguer dans un océan d’uniformité, flex office et open space oblige ? De manière générale, le mobilier disparaît pour céder sa place à des concepts globaux d’aménagement. Le meuble est pensé en amont des projets, il est parfois intégré à l’architecture même de l’immeuble. Les fabricants simulaient des façades pour y intégrer parfaitement un élément mobilier ; rangement, support ou assise. 

Activity-based working et flex office 

Même si nous avons montré, avec le dernier baromètre Actineo, que les nouveaux espaces de travail étaient loin d’être une généralité pour les salariés français, les fabricants proposaient de nombreuses solutions destinées à ces méthodes de travail.

Les stands étaient aménagés à la manière d’une entreprise ayant choisi l’activity-based working (ABW). L’ABW encourage les salariés à se rendre physiquement dans l’espace le plus approprié pour la tâche qu’ils ont à accomplir. Une manière aussi pour les fabricants de présenter des concepts d’aménagement plus que des meubles et des objets, et de montrer toute l’étendue de leurs gammes par types d’activité : des lieux de concentration, de collaboration, de socialisation, d’apprentissage, d’intimité et d’innovation/créativité. Les réponses mobilières à ces différents types d’espaces sont des cabines téléphoniques, des mange-debout où se réunir à 4 devant un écran, des espaces réunion ou projet, des boxes pour travailler seul ou à plusieurs, des benchs avec des tables assis-debout, du soft seating connecté, etc. L’omniprésence des cabines téléphoniques, cellules, bulles, boxes, room in a room, quel que soit le nom qu’on leur donne, est un pendant aux espaces ouverts, qui montre le besoin de plus en plus pressant de s’isoler pour retrouver calme et intimité.  

Le flex office a également donné naissance à toute une génération de sièges sans réglages ou presque, qui s’adaptent en un rien de temps à tous les utilisateurs susceptibles de s’y asseoir. Si nos collègues n’ont plus de postes attribués et qu’ils sont susceptibles de se trouver partout sur le site, les nouvelles technologies permettent tout de même de les repérer. Grâce à des capteurs auxquels le mobilier est connecté, on peut voir si un espace est occupé à un instant T, mais aussi analyser son usage sur le long terme. On peut ainsi transformer un espace dont l’appropriation est faible, pour le destiner à une autre activité. L’utilisateur doit se sentir comme le principal protagoniste de la configuration de son espace de travail. Et c’est désormais chose aisée, puisque les meubles sont sur roulettes et que les cloisons sont facilement déplaçables. Le mobilier est modulable. Les casiers remplacent progressivement les caissons mobiles.

Ces espaces de plus en plus ouverts supposent toujours davantage d’isolation phonique. L’acoustique est partout, des sols au plafond en passant par les cloisons, et même aujourd’hui dans l’éclairage. Les fabricants innovent dans les formes, les couleurs et les textures de leurs produits réducteurs de bruit.

Le mouvement devient chose acquise

Le mouvement est partout dans les bureaux : dans les postures de travail, dans le mobilier, dans les nouveaux espaces. Le nomadisme concerne l’entreprise hors de ses murs mais aussi en son sein ; le mobilier permet des postures plus dynamiques.

L’aménagement des espaces de travail dynamiques, même s’ils restent confidentiels, suppose que l’espace s’adapte au déplacement des personnes et aux différentes tâches, et non l’inverse. Ce ne sont pas les espaces qui définissent les méthodes de travail, mais ce sont les méthodes de travail qui définissent les espaces. Dans ces environnements dits « agiles », le mobilier est mobile et léger. Posé sur roulettes, il peut être déplacé facilement. 

Dans les zones de détente ou les espaces informels, le mobilier doit permettre des réunions improvisées ; il doit être modulable tout en optimisant l’espace accordé. Polyvalent, le même meuble peut servir à plusieurs fonctions : table et tableau, acoustique et luminaire, assises et étagères, siège et rangement, etc. L’utilisateur est autorisé à faire preuve de créativité et compose lui-même son environnement de travail : les systèmes se complètent et sont reconfigurables d’un simple clic. La technologie se fait discrète, minimaliste mais efficace ; nos données nous suivent partout dans le cloud, et notre téléphone se charge en induction à même le meuble (merci Apple !).

La « maladie du siège » est aujourd’hui bien identifiée. Une position assise prolongée nuit gravement à la santé et peut entraîner des problèmes comme des maux de dos chroniques, une mauvaise posture et même des maladies comme le diabète, les maladies cardiaques et l’obésité. « La meilleure assise est toujours la suivante », se plaisent à dire les ergonomes. Mais le salarié, même sédentaire, n’a aujourd’hui plus besoin de rester immobile toute la journée face à son écran. Il peut non seulement changer d’espace en fonction de son activité, mais aussi bouger à même son poste de travail. La table assis-debout se généralise, et à défaut, certains fabricants proposent des éléments à poser sur le plan de travail, qui transforment n’importe quelle table à hauteur fixe en bureau actif. Les appareils de gymnastique s’intègrent harmonieusement dans les espaces de travail. Les sièges deviennent très mobiles pour faciliter les micromouvements dans toutes les directions, s'adaptant à chaque utilisateur et renforçant en douceur les muscles du haut du corps. Avec cette nouvelle génération de sièges, l’utilisateur maintient sa position assise par une mobilité constante. Des applications et des capteurs invitent même à se lever et à corriger sa posture. Mais le salarié peut aussi choisir de travailler dans une posture plus décontractée, dans les espaces lounges/détente, avec la généralisation du soft seating, de ses poufs et de ses canapés modulaires. De quoi favoriser la sieste au bureau !

La prochaine édition d’Orgatec, salon phare des univers de travail actuels, aura lieu du 27 au 31 octobre 2020.