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De la diversité culturelle en Europe sont nés des modes de travail différents, impactant l’aménagement des espaces. Comment décrypter alors les bureaux des anglais, allemands, hollandais, espagnols ou italiens ? Que nous révèlent ces espaces sur leur façon de travailler ? Vous reconnaîtrez-vous dans les bureaux... français ? Richement illustré, à la fois ludique et pédagogique, découvrez vite ce dernier ouvrage édité par Steelcase !

Catherine Gall, au sein de l’équipe Workspace Futures, de Steelcase, a écrit cet ouvrage basé sur une enquête journalistique, quantitative et sociologique, des modes de travail au Royaume-Uni, au Pays-Bas, en Italie, en Espagne, en Allemagne et en France. Elle propose de décrypter les singularités de chacun de ces pays sur leur lieu de travail. Des idées reçues ? Des clichés ? Pas si sûr… Jetons plutôt un coup d’œil par le judas des bureaux de nos voisins !
 
Les disparités européennes
Au Royaume-Uni, les bureaux sont plutôt fonctionnels et impersonnels, l’aménagement n’est pas considéré comme un levier de performance. La standardisation règne dans les espaces de travail. Le management se fait par objectif, l’organisation est flexible et modérément hiérarchisée, les organigrammes sont plats. Il n’y a pas de culte du présentarisme : le télétravail a trouvé sa place dans ce pays où le temps de travail hebdomadaire est de 43,5h, où l’on passe beaucoup de temps dans les transports, et où 70% des femmes sont actives. Il y a peu d’attachement à l’entreprise et à l’employeur, et donc peu d’attachement à son territoire personnel. Il y a un réel individualisme et beaucoup de plateaux en open space où il faut s’isoler mentalement.
 
Aux Pays-Bas, la mouvance générale est la recherche du bien-être, dans une culture égalitaire. Les principaux mots d’ordre sont tolérance et autonomie. Les espaces sont mutualisés, on recherche le confort et l’efficacité. L’entreprise est de taille humaine, mais nul besoin d’avoir des amis au travail. Il y a une réelle différence entre la sociabilité amicale et privée dans ce pays on est au 33h, au travail nomade et raisonné, au télétravail. Il n’y a pas que le travail dans la vie des Hollandais ! Chaque collaborateur a accès à la lumière naturelle, à des tables assis-debout. Tête de pont de la Scandinavie, multiethnique et égalitaire, au Pays-Bas le travail est un lieu d’échanges informels. Les Hollandais sont peu réticents au changement.
 
En Allemagne, on cherche la performance individuelle. Le bureau est une cellule de moine. La décoration ne doit pas distraire la vue. Les Allemands sont des passionnés d’architecture et d’organisation d’espaces de travail. La hiérarchie est visible pour se repérer mais les organigrammes sont plats et basés sur la compétence et la confiance. 55% des Allemands sont fidèles à leur employeur. Les mots d’ordre sont la ponctualité, l’organisation, la précision et le respect d’autrui. C’est un monde d’expertise plus que de concurrence. L’aménagement est plus structuré et normé. Intimité et rigueur y règnent.
 
En Italie, il y a une approche artistique de l’espace. Les Italiens travaillent dans les bureaux du centre-ville avec des amis avec qui on a passé son enfance. Il y a une culture familiale dans l’entreprise, qui est plutôt de taille moyenne. L’architecture est souvent superbe, même si mal adaptée à la fonction du lieu, sans space planning. Il y a une certaine agitation, un grand désordre mais aussi une grande spontanéité, sensibilité et beaucoup d’émotions, de la créativité. C’est une « ruche » où la technologie est envahissante mais mal maîtrisée. Il y a un gros ancrage de l’autocratie et du paternalisme, des valeurs masculines… comme l’insubordination.
 
Il est facile de reconnaître ses voisins, de s’apercevoir que certains traits de leurs valeurs culturelles se retrouvent à juste titre dans les aménagements de bureau. Est-il aussi facile de se reconnaître ?
 
Le Français au travail
L’entreprise est un lieu de mise en scène du pouvoir, calqué sur le modèle de l’administration. La hiérarchie est très marquée, le management est vertical. La légitimité est fondée sur l’expérience, à l’inverse du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de l’Allemagne, plus consultatifs et égalitaires, avec un management horizontal.
Le Français est attaché à son poste de travail, qui reste très symbolique. Le Français a besoin d’échanges sociaux, de se faire des amis dans son entreprise. On parle à ce sujet d’exception française ! Il y a une culture du chef également, mais liée au stress. L’entreprise s’intéresse aux espaces de travail mais davantage en termes d’économie et de m². La réponse spatiale est souvent mal adaptée. Il y a une valeur symbolique, affective, sociale de l’entreprise. Mais on a tendance à l’autocratie et à l’individualisme. Il y a une intensité des forces dans la résistance au changement. La France est tournée vers la sécurité quand d’autres sont plus sereins par rapport aux incertitudes. 
Que de différences dans les entreprises européennes ! De l’aménagement à la manière de prendre son café, la diversité culturelle est partout. Mais jusqu’à quand ? Avec la fin de l’entreprise mono-culturelle, va-t-on vers un modèle spatial universel ?