Michel de VIRVILLE - RENAULT

Entretien avec Michel de Virville, DRH de Renault, sur le thème : Télétravail, effet de mode ou futur mode de travail ?

Pourquoi avoir mis en place le télétravail chez Renault ?

Deux éléments y ont contribué. Nous étions prêts sur le plan technique, tant sur l’équipement informatique avec le développement des NTIC au sein de notre structure, que sur les logiciels qui permettent de travailler de façon nomade. Nous l’avons beaucoup expérimenté, d’abord en interne, où les gens sont de plus en plus mobiles. Le bureau individuel n’a pas disparu mais les modes et les espaces de travail sont de plus en plus variés : on travaille différemment selon les heures de la journée, selon les jours de la semaine, sans compter que certains collaborateurs sont à l’étranger, et qu’il fallait qu’ils puissent continuer à travailler dans les meilleures conditions possibles. Nous avons donc été amenés à développer des outils techniques et des logiciels spécialisés, et puisqu’ils en donnent la possibilité, pourquoi ne pas les utiliser de chez soi ?

Qu’est ce que le télétravail apporte aux salariés ?

En permettant aux gens de travailler chez eux, nous mobilisons les salariés dits « traditionnels » pour leur donner un véritable choix. Cette possibilité est stimulante. Nous étions assez confiants malgré la confidentialité du phénomène en France. Le bench marking montre que le phénomène est d’actualité et que les entreprises étrangères qui ont mis en place le télétravail ont gagné en efficacité, et les salariés ont amélioré leur vie privée et économisé en temps de déplacement. L’ensemble de ces éléments nous a donné envie de tenter l’expérience.

Avez-vous d’ores et déjà un retour d’expérience ?

Nous sommes au début du processus et les chiffres que nous avons à ce jour portent plus le nomadisme dans nos bureaux que sur le télétravail. A l’heure actuelle, nous ne pouvons pas dire par exemple que la réduction du nombre de bureaux est significative. Les bureaux partagés sont plus porteurs d’économie de mètres carrés que le télétravail, mais pour nous les deux sont liés et complémentaires. La mise en place du télétravail dans un service déjà organisé en bureaux partagés, accélère la possibilité d’économiser des mètres carrés de bureaux, sans pour autant créer de pression sur le collaborateur quant à la perte de son bureau.

Comment le télétravail s’organise-t-il chez Renault ?

En terme de durée, sur une semaine, le télétravail s’effectue pendant deux, trois ou quatre jours. Nous considérons que le télétravailleur doit quand même passer un jour par semaine au bureau. En terme d’aide sociale, nous sommes dans un système de type volontaire, dans une co-initiative, à la demande du salarié avec l’accord de la hiérarchie. Le télétravail est réversible dans le temps, avec l’obligation que le collaborateur revienne travailler dans son bureau. Ces procédures suivent assez largement la philosophie de l’accord intercommunautaire du télétravail. Les télétravailleurs ont les mêmes droits, les mêmes devoirs que les collaborateurs classiques, même si la l’application de la hiérarchie n’est pas la même.

La mise en place du télétravail a-t-elle été bien accueillie au sein de votre entreprise ?

Tout s’est bien passé car nous avons signé un accord d’application avec les partenaires sociaux, et mis à disposition des intéressés un matériel informatique et de télécommunication. Nous prenons en charge le matériel et le téléphone, que nous leur remettons directement et, à leur initiative, leur dispensons des conseils en aménagement et ergonomie du poste de travail, et un fauteuil ergonomique s’ils en font la demande. Rien ne les empêche d’avoir leur propre mobilier à domicile, mais si la personne a mal au dos cela ne sera pas de la responsabilité de l’entreprise. Tout se passe au cas pas cas, et dans la réalité les choses se mettent en place assez facilement.

Combien de personnes le télétravail concerne-t-il ?

L’accord a ainsi été signé le 22 janvier 2007. Le périmètre couvert est celui des employés, techniciens, agents de maîtrise, soit 30 00 personnes potentiellement en France ! Pour l’instant, 650 personnes ont choisi cette stratégie, et l’on constate que ce sont autant d’hommes que de femmes, autant de cadres que d’employés. Il y a bien sûr beaucoup d’informaticiens, qui craignent moins les problèmes techniques à domicile. Au sein de Renault, 50 collaborateurs travaillent désormais depuis leur domicile, avec un potentiel de développement du télétravail énorme, puisque déjà 2000 d’entre nous sont nomades, utilisent leur portable depuis des lieux variés et travaillent dans des endroits différents : à domicile, chez des clients, en mission… moi le premier !

En quoi le télétravail change-t-il le travail selon vous ?

S’il peut y avoir une petite appréhension au départ, puisque le concept reste novateur, en questionnant les 50 télétravailleurs, il est intéressant de constater que le point principal d’agrément est la réduction du trajet et des transports inutiles assimilés à une perte de temps. L’aspect pionnier du projet ressort beaucoup, les salariés sont remotivés, et à ce stade ni les patrons ni les collaborateurs ne considèrent qu’il y a des problèmes de suivi d’activité professionnelle. Le principal reproche au télétravail est que les gens qui travaillent chez eux ne sont pas « surveillés ». Mais l’expérience montre que le télétravail oblige les uns et les autres à fournir le travail attendu, et finalement au prix de cet effort de communication on sait presque mieux ce que font les uns et les autres. Le problème du télétravail est plus une crainte avant sa mise en place qu’une réalité postérieure. Il se met progressivement en place soit à l’initiative des collaborateurs soit des chefs d’équipe. Les deux sont encouragés. Au sein de Renault, il y a une équipe dédiée aux bureaux partagés et au télétravail, avec des correspondants informatiques, aménagement et logistique.

Quel avenir voyez-vous pour le télétravail ?

Le télétravail est une vraie forme utile d’aménagement du travail, et je suis convaincu qu’il est amené à se développer chez Renault et ailleurs.