Lost in Management

Ce sociologue, qui a observé de l’intérieur l’organisation d’entreprises françaises dans le cadre d’enquêtes menées de 2007 à 2008, dresse un bilan accablant de l’inadaptation des organisations de travail à l’évolution économique.

L’ouverture des marchés liée à la mondialisation, la priorité donnée à l’adaptation des produits en fonction de la demande des clients auraient dû imposer un changement radical de management. Or les entreprises sont en réalité restées bloquées dans leurs vieux rouages organisationnels, affirme-t-il en substance.
 
Certaines sont gérées "en nid-d’abeilles", où une organisation par métier aboutit à un cloisonnement des salariés - les uns ignorant ce que font les autres, "avec des informations qui ne remontent pas plus qu’elles ne redescendent" ; d’autres sont organisées en séquences de travail, où chacun reporte la responsabilité des échecs sur les autres. Dans tous ces cas, le pilotage effectif de l’entreprise s’est progressivement dilué, écrit-il.
 
Il décrit ainsi, témoignages à la clé, nombre d’entreprises où le pouvoir est tantôt aux mains d’"experts-métiers", tantôt aux mains de responsables syndicaux, tantôt dans celles de quelques cadres dynamiques qui, en l’absence de management réel, font leur marché dans les compétences maison pour satisfaire leurs objectifs personnels. On ne sait plus qui est responsable de quoi. Les cadres supérieurs ne comprennent plus ce qui se passe et les "pertes de valeur" s’accumulent.
 
De l’agroalimentaire à l’assurance en passant par les télécommunications, le traitement de l’eau ou l’ameublement, il explique comment "le collectif a implosé", comment "on a laissé filer le travail", puis... "le client". En d’autres termes, "les entreprises ont perdu le contrôle d’elles-mêmes", écrit-il. Pourtant un management adéquat existe, appliqué par quelques entreprises pilotes dont il relate les expériences.