QVT

Les bureaux se mettent au vert !

La Chaire Workplace Management, lancée par Ingrid Nappi-Choulet – professeure titulaire de la Chaire immobilier et développement durable de l’Essec – en partenariat avec Kardham et Nexity, vient de dévoiler la troisième édition de l’enquête "Mon bureau de demain". On y apprend notamment 83 % des futurs salariés accordent une grande place au végétal en entreprise.

 

L’urgence écologique, notamment en matière de biodiversité, appelle au développement du "living building", un bâtiment qui vise à préserver son environnement et à le développer plutôt qu’à le détruire… Par ailleurs, la décoration d’intérieur façon "jungle urbaine" suscite un réel engouement sur les réseaux sociaux, bien loin de « L’angoisse de la plante verte sur le coin du bureau » (Élisabeth Pélegrin-Genel, E.S.F., Paris, 1994). Nous avons vu aussi sur le dernier salon Orgatec que même le mobilier de bureau se teinte désormais de jolies couleurs vertes, inspirées de la nature. Les bienfaits des plantes sont nombreux. Certaines espèces ont des vertus bénéfiques sur notre santé et notre équilibre psychologique. Depuis les années 1970, de très nombreuses études de la NASA ont mis en évidence la capacité des plantes d’intérieur à capter la poussière, à humidifier et à purifier l’air, à dépolluer l’eau. La vue des plantes est aussi bonne pour le moral ; elles apportent bien-être et calme intérieur.

De nombreuses startups développent des concepts liés à la biophilie à destination des bureaux. Le jardinage d’entreprise est un moyen de faire participer tous les salariés à une activité commune, hors du cadre traditionnel de travail. C’est une occasion pour l’entreprise de communiquer et d’en faire un événement de team building, pour récompenser une équipe à la fin d’un projet ou d’une année — à l’occasion d’un regroupement d’entreprises ou d’un déménagement, pour intégrer de nouveaux entrants dans l’entreprise, pour apporter de la cohésion dans les équipes, etc.

 

L’entreprise Ciel mon radis ! conçoit des modules permettant de cultiver des herbes aromatiques à l’intérieur des bureaux. L’offre inclut un abonnement annuel au potager avec, tous les 3 mois, un atelier de jardinage pour les collaborateurs. Cet atelier de "Thym Building" est l’occasion de créer des rencontres entre collaborateurs de services ou d’étages différents dans une ambiance conviviale. Pendant 3 mois, basilic, persil, menthe, coriandre ou fleurs comestibles grandissent dans les espaces de pause et le potager devient un lieu d’échange et de partage. Chacun repart avec ses récoltes et une fiche recette pour cuisiner ses récoltes "office made". L’accompagnement de A à Z inclut un service de communication clef en main pour annoncer les ateliers en interne et un suivi des cultures pour assurer la bonne santé des plantes toute l’année. 

L’entreprise a été lancée en mai 2014 par trois amis qui ont grandi à la campagne. Suite à leurs études, travailler en ville, et notamment à La Défense, a constitué un véritable choc des cultures. « Dans cet environnement aseptisé, les échanges sont inhibés, les gens se parlent peu », explique Romain Balmary, « Le but du potager est de créer une agora où les gens discutent et échangent des informations, de faire évoluer l’environnement de travail pour que les gens se connaissent mieux, qu’ils parlent basilic et aneth dans les couloirs ! ». Le jardinage, par ses gestes simples et ancestraux, casse les silos hiérarchiques. De plus, les activités manuelles s’avèrent satisfaisantes puisque l’évolution et le fruit du travail sont presque immédiatement visibles, ce qui n’est pas toujours le cas pour les activités tertiaires. Le concept a déjà séduit Allianz, Renault ou Saint-Gobain.


 

Dans le même esprit, l’aquaponie est un concept issu de la biophilie qui vise à faire vivre en symbiose, dans un "aquarium-potager", des végétaux et des poissons, et qui permet de cultiver simplement des aromates, fruits et légumes. L’entreprise Aura l’intègre désormais en entreprise grâce à son produit Baromate, qu’elle conçoit et installe. Elle assure ensuite sa maintenance par un entretien régulier (à raison d’environ deux fois par mois). 

Cette technique nécessite peu d’interventions puisqu’elle s'appuie sur des cycles bactériens naturels qui transforment les déchets piscicoles en nutriments pour les plantes. Les poissons émettent des déchets chargés en ammoniac et les bactéries présentes dans le filtre biologique transforment l'ammoniac en nitrates. Les plantes absorbent les nitrates essentiels à leur croissance et purifient ainsi l'eau qui est renvoyée vers les bassins à poissons. L’aquaponie s’adapte particulièrement à l’espace urbain : elle est économe (90 % d’eau en moins comparé à l’agriculture classique), efficace (jusqu’à 7 fois plus productive) et totalement naturelle (aucun produit chimique n'est utilisé), et esthétique, ce qui ne gâche rien ! D’ailleurs, le concept a déjà séduit la Société Générale, le cabinet de conseil spécialisé dans le digital Listen Too ou les experts en financement de l’innovation F-Iniciativas.