Laurent LEHMANN - CBRE RICHARD ELLIS

Rencontre avec Laurent Lehmann du groupe CBRE Richard Ellis qui nous explique comment immobilier et aménagement peuvent faire bon ménage…

Comment vous est venu cet intérêt pour ACTINEO, Observatoire de la qualité de vie au bureau ?

J’ai bien sûr un intérêt personnel pour les problématiques traitées par ACTINEO, mais contrairement aux idées reçues le secteur d’activité dans lequel j’exerce est extrêmement riche et varié. Il puise dans toutes les humanités. Rien n’est cloisonné : ce n’est que l’esprit des gens qui peut l’être. Il dépend de la curiosité de chacun d’aller accrocher des savoirs qui apparemment sont séparés les uns des autres, mais qui en fait ont un vrai sens à être croisés. C’est en tout cas ce qui me plaît ! C’est la curiosité qui me fait avancer. Tout m’intéresse, j’aime apprendre. Découvrir, échanger. Je suis dans « une matière » où il faut faire du chiffre d’affaire mais cela n’est en rien incompatible avec le fait de s’enrichir et d’enrichir par là son activité. Et tenir un discours différent rend souvent la communication plus facile et les gens sont plus disposés à vous écouter.

Quel est votre parcours ?

J’ai fait une maîtrise de droit privé dans le but d’être magistrat ou avocat, mais j’ai finalement voulu travailler tout de suite et suis rentré chez Auguste Thouard en 1984. Je m’y suis beaucoup plu et ne l’ai quitté qu’en 2000 au moment où ses fondateurs l’ont vendu et sont partis. J’ai quitté volontairement l’entreprise en même temps que le président. Cela n’avait plus de sens pour moi de rester : autant j’adhérais complètement à la philosophie de la direction précédente, autant je ne voulais pas travailler dans ce qui est devenue une filiale de banque. Je pense que le métier que nous faisons nécessite avant tout d’être indépendant. Je suis très attaché à cette indépendance, et il est important de savoir pour qui vous travaillez : être salarié est un choix, et cela nécessite d’adhérer totalement au projet de l’entreprise dans laquelle vous travaillez. Aujourd’hui je me reconnais totalement dans le projet de CB Richard Ellis, aussi bien dans sa dimension corporate et Internationale dont nous avons hérité des best practices, que dans sa dimension France. Je m’y sens bien car j’y ai une grande indépendance, et l’entente est très bonne. J’ai malheureusement vu trop de personnes déçues par leur emploi et leur entreprise pour ne pas m’estimer privilégié à tous points de vues. Ce n’est pas tout d’être dans un secteur porteur, mais j’ai l’impression de faire de l’immobilier au bon endroit, d’avoir trouvé ma place et avec les bonnes personnes. Même si j’ai la chance de travailler pour le leader du secteur, c’est avant tout une aventure humaine. S’il n’y a que pressions sans relations humaines franches et amicales, cela ne m’intéresse pas. Il faut être attaché à son équipe, se sentir en harmonie avec les gens avec lesquels on travaille. Et en particulier avec le management : il faut un bon alignement de vos valeurs avec celles de la direction. Je travaille avec le président, Maurice Gauchot, depuis 1984. C’est une personne qui enrichie constamment son management et se remet en question. Le bien-être des salariés et les résultats se conjuguent et sont pour lui primordiaux.

Comment fait CB Richard Ellis pour apporter du bien être à ses collaborateurs ?

La présence féminine est forte dans l’entreprise : Virginie Aubert, notre Directrice Générale fait partie du Directoire et elle a la responsabilité de l’ensemble des Ressources.. Y à aussi d’autres femmes à des postes de direction .Par ailleurs en marge de leur objectifs commercaiux ou de gestion Elles facilitent la vie à bord,et leur implication dans des projets de communication interne sont importnats., par des attentions appelées des « petits instants de bonheur », elles créent un climat serein au sein de l’entreprise : par des surprises ou des animations, comme un brin de muguet en mai ou des glaces en été, de la musique ou des moments de relaxation dans les patios. Cela n’a l’air de rien mais améliore la qualité de vie dans l’entreprise, créé du lien et envoie un message de sincérité aux collaborateurs. Nous nous intéressons à la performance mais aussi au développement personnel. Au mois de septembre, trois journées appelées « Les universités d’été CB Richard Ellis » ont lieu pour le développement personnel des salariés, avec des sessions sur des thèmes originaux comme « La magie de la relation » ou « La survie dans le désert » par exemple. Cela permet à chacun d’avoir une démarche individuelle de meilleure connaissance de soi, et c’est un bon outil de cohésion de groupe. 

Nous sommes 750 salariés en France et 140 collaborateurs sont arrivés depuis le mois de février. L’expansion du groupe nécessite des recrutements et de connaître les nouveaux arrivants. En janvier nous organisons un séminaire de deux jours avec une plénière mais aussi une grande place pour la détente. Nous avons certes les moyens de le faire mais aussi la volonté : nous sommes les seuls à mettre en place ce genre de manifestations sur les 30 filiales européennes. Le soucis de l’amélioration permanente nous guide : nous avons fortement augmenté le nombre de formations dispensées, car nous sommes persuadés qu’elles nous feront progresser. Même si le marché évolue et est difficile, nous devons garder cet atout concurrentiel.

Comment concilier bien être et performance dans un secteur aussi concurrentiel que le vôtre ?

Je pense qu’il y a deux facteurs déterminants dans l’organisation du travail du 19ème siècle à nos jours : la promotion interne et la responsabilité des collaborateurs. Ces deux valeurs permettent à une organisation d’être performante et aux salariés d’être productifs. Nous avons bien entendu des objectifs commerciaux qui sont élevés. L’une des caractéristiques de CB Richard Ellis est que, même moi qui dirige le marketing et la communication (12 collaborateurs), je suis un « brooker », je reste dans le marché. Chaque année je facture des honoraires sur des deals ou des missions de conseil. Pour moi il est fondamental de ne pas être 100% ressource. Le management reste dans le business. Il est important de rester confronté au marché et aux clients. Malgré cette pression, je suis heureux dans mon entreprise ! Je pense que nous avons un rapport entre productivité et résultats qui est bien équilibré. Si le bien être des salariés est pris en compte et qu’ils gagnent bien leur vie, que demander de plus ? Bien sûr il faut accepter le stress de ce métier, c’est un secteur qui bouge beaucoup et où il faut être très dynamique. Il y a une vrai concurrence et les tensions et conflits sont parfois inévitables. Des rendez-vous avec les collaborateurs et les managers, à l’occasion des rapports trimestriels d’activité et des EAE, sont un moyen de jauger l’état d’esprit des collaborateurs. Le peu de turn over et l’ambiance générale sont également des signes révélateurs. Nous attirons les nouveaux collaborateurs sans faire de publicité excessive. Cette alchimie nous réussit plutôt bien ; d’après nos estimations nous sommes aujourd’hui leaders du marché français.

L’aménagement suit-il cet état d’esprit ?

J’ai vu de moi-même l’importance de l’aménagement sur le travail des collaborateurs. Auparavant, nous étions dans deux immeubles haussmanniens labyrinthiques, entièrement cloisonnés, empêchant toute communication, inconfortables, avec un hall d’accueil qui était tout sauf accueillant. Soigner l’environnement de travail des collaborateurs est la première démarche à avoir ! Avoir un projet d’entreprise passe d’abord par la gestion du cadre dans lequel s’inscrit ledit projet. C’est même une démarche stratégique qui me parait tout à fait naturelle. J’ai vu des plateaux de bureaux calamiteux où la mauvaise ambiance était palpable et les problèmes sociaux flagrants. Les locaux accompagnent le discours, le positionnement de l’entreprise. Des locaux mal aménagés révèlent souvent un mauvais management !