Jérôme GAUTHIER - Designer

Une consultation prospective a été lancée auprès des designers, afin d’imaginer un aménagement possible des espaces de travail de demain. Après une sélection difficile, quatre projets ont finalement été retenus. Derrière ces études, ce sont quatre jeunes designers, quatre personnalités, quatre parcours, quatre visions différentes. Si les projets restent à mûrir, ACTINEO n’a pas résisté à l’envie de vous présenter Jérôme Gauthier, l'un des finalistes.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Diplômé de la section mobilier de l’ENSAD en 1997, j’ai collaboré durant trois ans avec Thibaut Desombre et le studio de création Habitat. Mon intérêt pour le meuble s’est précisé. Sa capacité à influer sur nos modes de vie m’intéresse. Depuis 2000, je développe, en parallèle, des projets qui me confrontent tour à tour à des modes de production tant artisanaux qu’industriels. D’allocations de recherche (appels permanents VIA : 97 et 99, DRIRE Lorraine : 01 et 02) en expositions personnelles, ces projets m’ont permis d’être, aujourd’hui, en relation avec des artisans comme Domeau & Pérès, DMA, mais aussi avec des industriels tels que Cinna, Habitat, Macé et Soca. Si mes projets se distinguent par leur contexte de développement, ils se rejoignent dans le dessin à suggérer l’usage. J’enseigne également le design à l’Ecole Bleue, située dans le XIème arrondissement de Paris.

Pouvez-vous nous présenter certains de vos projets ?

Une partie de mes projets s’appuie sur un savoir-faire artisanal traditionnel. Questionner ce savoir-faire traditionnel m’a permis d’ouvrir des perspectives et d’aboutir des propositions destinées à un marché contemporain. Le projet Chistera, édité par Domeau et Pérès en 2005, en est un exemple. Nous avons collaboré avec un artisan de la région Manche. Notre partenaire, soucieux de revaloriser de son savoir-faire, nous a ouvert son patrimoine et livré ses techniques, enrichissant ainsi l’objet et le hissant vers un marché haut de gamme en résonance avec la déontologie des commanditaires.


Avec O+, l’objet se dessine par la répétition du module plateau/piétement. Associés les uns aux autres, ces modules forment un objet souple, évolutif et non fini, permettant d’engendrer indéfiniment de nouvelles combinaisons.

Le dessin d’Opale pour Macé s’appuie sur la liaison entre le plateau et le piétement. Sans effet de style mais plutôt un détail de construction rassurant pour un bureau statutaire.

 

Vallon permet deux types de confort par une rotation du fessier : assis ou allongé. Un dessin qui joue avec les plans horizontaux et les plans verticaux.

Quelle est votre perception du concours design ACTINEO/VIA ?

La richesse de cet appel d’offre réside dans le fait qu’il s’agit de proposer, dans un premier temps, une démarche prospective. Les chercheurs que nous font rencontrer le VIA nous permettent, dans un second temps, de valider cette démarche alors appliquée à la réalité concrète des espaces tertiaires et de faire la démonstration de son efficacité à améliorer le cadre de vie des salariés de demain. 

Sans parler de votre étude dans le détail, quelle a été votre démarche pour le projet ?

J’ai eu le souci d’offrir à l’individu, par son outil de travail, la possibilité decommuniquer et de partager, mais aussi de s’isoler. La problématique choisie est liée à la multiplication des espaces ouverts ou plateaux. Le poste de travail est pour l’individu ce que le vêtement est pour la peau, à savoir un facteur de bien-être au sein de l’entreprise où deux niveaux coexistent : un espace collectif, lieu de l’échange, et un espace intime, lieu de concentration. Si ces deux espaces occupent un même poste, on limite alors les déplacements et on réduit le nombre d’espaces spécifiques. L’espace gagné devient exploitable autrement : lieu de confort, de détente, de repos. 
Ma démarche interroge par ailleurs les codifications esthétiques et la frontière entre espace domestique et espace professionnel, les différences de comportement qu’ils suggèrent et la manière que l’on a de les appréhender. 

Quelle est la part de votre philosophie dans ce projet ?

L’importance que je donne à l’autonomie de comportement et à la responsabilisation de l’individu m’ont guidé dans mon raisonnement. Je me suis posé la question de l’usage de l’objet, qui passerait de l’espace individuel au collectif sans multiplication des pièces qui le compose. La dimension affective de l’objet permet de faire naître un sentiment d’apprivoisement de l’espace par l’individu. Il est donc important d’offrir un univers apprivoisable dans lequel l’individu va pouvoir être performant et efficace avec un outil adapté. Je veux créer un endroit flexible, élastique, pour être soit à distance, soit à proximité les uns des autres. La question pour l’individu du choix et du potentiel qu’il suppose m’apparaît comme indispensable pour redonner une dimension humaine aux espaces de travail dans le tertiaire.