Isabelle HENKENS - OM HEALTH & WORK

Rencontre avec Isabelle HENKENS, Créatrice de la société OM HEALTH & WORK, qui propose des massages pour les collaborateurs.

Quel est le parcours qui vous a amenée à proposer ce type de services aux entreprises ?

J’ai un parcours international : passeport belge, parents germanophones, études primaires en Français, bac aux Etats-Unis et études de droit en néerlandais ! En 1991, je suis devenue chasseuse de tête au sein d’un cabinet international. Après cette carrière internationale, je me suis "posée" à Paris en 1999. Deux éléments m’ont amenée à créer ma société : mon expérience et mes rencontres. J’ai beaucoup voyagé : entre 60 et 80 % de mon temps pendant quatre ans, tant en Europe qu’à l’étranger. C’était très stimulant mais éreintant. Pour tenir le coup, j’ai commencé à me faire masser tous les samedis par une Indienne qui m’a initiée à l’ayurveda, la médecine traditionnelle indienne. En 2002, après avoir décidé de créer mon entreprise, j’ai passé 6 mois en Inde pour m’imprégner de l’ayurveda. A mon retour j’ai crée ma société : « ôm relaxation », focalisée sur l’activité de massage. Nous avons créé avec une designer une petite bulle, un cocon (cf.photos), espace nomade pour protéger les personnes qui se font masser du regard des autres. Rapidement, j’ai élargi l’équipe pour y inclure psychiatres, nutritionnistes, ostéopathes, sophrologues, professeurs de yoga, personal trainer etc.. Nous avons créé un programme complet santé/bien-être en entreprise auquel nous avons donné le nom : ôm health & work. L’idée est de travailler avec les entreprises pour valoriser leur capital humain, en développant le potentiel santé/bien-être des collaborateurs.

Tiffany Field, psychologue, dirige le ‘Touche Research Institute à la Faculté de médecine de l’Université de Miami. Elle pilote les recherches sur les bienfaits du toucher. Elle a prouvé les bienfaits du massage en entreprise : elle a réalisé une étude pendant 3 mois sur une population de 1200 personnes qui travaillaient dans une même entreprise qu’elle a divisé en deux groupes : les 600 personnes massées pendant un quart d’heure chaque semaine calculent deux fois plus vite en faisant deux fois moins d’erreurs que leurs 600 collègues qui se sont simplement détendus pendant les mêmes quinze minutes... Selon Tiffany Field : en cas de stress, le rythme cardiaque et la tension artérielle augmentent, le sang circule mal, provoquant tensions des lombaires, de la nuque et des trapèzes, la lymphe circule moins bien, affaiblissant le système immunitaire. Le massage a l’effet exactement inverse ! Après un massage, les personnes retrouvent tout leur potentiel de vigilance et de concentration.

Quelles prestations proposez-vous ?

Nous mettons en place des modules de sensibilisation et d’information, sous forme d’ateliers/conférences d’une journée ou d’une semaine, sur différents thèmes permettant de développer le capital santé/bien-être des salariés :
- l’hygiène de vie : la façon dont on se nourrit,
- le rapport au tabac et à l’alcool,
- la capacité à récupérer ( le sommeil),
- la résistance au stress,
- l’activité physique...

Nous intervenons ensuite sous forme de conseil pour aider les entreprises à comprendre les facteurs santé/bien-être qui ont un impact sur les performances de leurs collaborateurs. Nous avons créé par exemple, avec l’aide d’ un architecte, des espaces santé/bien-être en entreprise. Ce sont des sas de décompression où les gens vont pouvoir recharger leurs batteries. Notre intervention varie en fonction de la population et l’activité de l’entreprise : des populations sédentaires ont besoin de ‘déconnecter’ et de bouger ; des commerciaux ont surtout besoin de se relaxer et de se ‘recentrer’. Le groupe Veolia Propreté par exemple dispose d’une pièce dédiée pour les massages. Pour définir un programme d’intervention, nous effectuons le diagnostic santé/bien-être des collaborateurs via un questionnaire et un test d’excitabilité neuro musculaire (réalisé en 10 minutes au bureau). 

Chaque collaborateur reçoit son rapport individuel et confidentiel, et la société reçoit un portrait global du capital santé/bien-être de ses équipes. Une fois l’objectif défini, nous mettons en place le suivi des personnes : suivi nutritionnel, programme de remise en forme, sevrage du tabac...Pour des collaborateurs nomades, le suivi peut se faire en ligne …Si un collaborateur a des problèmes de sommeil, il recevra toutes les semaines un conseil individualisé dans sa boîte mail pour l’aider à trouver un sommeil réparateur. Le but n’est pas d’imposer aux collaborateurs un modèle d’homme parfait : nous intervenons uniquement sur la base du volontariat.

Qui fait appel à vous ?

L’initiative vient en général du DG ou du DRH. La taille des entreprises est très variable. Si pour l’instant nous intervenons essentiellement pour les cadres, ce que l’on propose pourrait aussi s’appliquer à une population employée ou ouvrière. Des expériences très intéressantes ont été menées sur des manutentionnaires de l’aéroport de Copenhague avec un impact impressionnant sur le taux d’absentéisme.

Quel retour d’expérience avez-vous pu constater ?

  • Pour l’entreprise :
    Nous contribuons à augmenter la motivation, la créativité et l’efficacité et à diminuer l’absentéisme. Nous permettons à l’entreprise de se positionner comme un employeur de premier plan pour attirer et retenir les meilleurs talents.
  • Pour les collaborateurs :
    Nous les aidons à développer une hygiène de vie et à prévenir les risques de santé, ce qui est leur bénéfique tant au bureau qu’à la maison. Nous leur donnons des outils pour optimiser leur résistance au stress et mieux concilier vie professionnelle et vie privée.

Aménagement des espaces et relaxation, même combat ?

Les massages en entreprise sont des services complémentaires à la mise en place d’un bon aménagement. Je travaille par exemple avec un psychiatre spécialiste de la lumière, qui démontre l’impact de la lumière sur les gens. La diminution de luminosité qui va de pair avec le changement de saison a un impact sur le métabolisme ; il rend moins vif, moins efficace. Sans que l’on puisse vraiment parler de « dépression saisonnière », il influe sur le moral des salariés. Le bruit est générateur d’un stress qui demande un effort d’adaptation inconscient et continu dans les open spaces mal isolés sur le plan phonique. Mais les open spaces sous cet angle, présentent aussi des avantages : une personne est beaucoup plus fragile pour résister au stress quand elle est seule que lorsqu’elle est en équipe, pour autant que le groupe ait une dynamique positive. Une étude de la Harvard Medical School a prouvé que le seul contact visuel avec quelqu’un qui porte un message positif (le seul fait de poser les yeux sur quelqu’un qui ‘est de notre côté’) permet de diminuer significativement le niveau d’anxiété d’un collaborateur. Du point de vue de l’aménagement, le constat est simple : le cerveau est sur-stimulé en permanence alors que le corps est sous - stimulé. Le résultat est le développement de l’obésité et de la dépression. Il est donc important d’avoir parallèllement aux open space, des endroits ludiques où les gens peuvent bouger et d’autres où ils peuvent déconnecter. Ecouter de la musique est par exemple un moyen très efficace de se relaxer profondément en peu de temps. Il est amusant de constater que la musique a un effet différent sur les ondes du cerveau en fonction de la position de la personne qui l’écoute : pour avoir un impact maximal, l’auditeur doit être assis sur une chaise de type chaise longue.

Vers quelle évolution vont tendre les entreprises dans cette prise en compte du bien être de leurs collaborateurs ?

Tous mes clients me le disent : le rapport de l’entreprise au collaborateur est devenu plus que jamais un lien donnant/donnant. La nouvelle génération arrive avec de nouvelles exigences : l’équilibre vie professionnelle/vie privée est un critère fondamental pour choisir et rester chez son employeur. J’ai été très frappée par l’évolution du discours des cadres dirigeants. Ils expriment de plus en plus clairement une quête de sens et d’équilibre. Une entreprise attractive, qui propose des postes passionnants et une excellente rémunération : cela ne suffit plus nécessairement pour attirer les meilleurs talents ! J’ai rencontré pas mal de cadres qui sont en quête de sens pour leur carrière professionnelle. D’autres qui ont le sentiment d’avoir beaucoup donné et qui ont tout de même été malmenés dans leur vie professionnelle : ils ne veulent plus tout sacrifier pour leur job. Mes dialogues avec les personnes interviewées ont fait écho avec ma propre expérience. Il fallait reconstruire des liens gagnants-gagnants entre les collaborateurs et les entreprises qui les emploient.