François CARCAUD MACAIRE - TOTAL

Entretien avec le DRH de Total, François Carcaud Macaire, un visionnaire pour le bien-être des salariés.

Quel est votre parcours ?

Je suis un homme de formation économique et marketing, matière que j’ai enseigné à Dauphine. J’ai commencé ma vie active dans des filières commerciales de Total, avant de bifurquer vers les ressources humaines. L’approche marketing social du métier me paraissait tout à fait intéressante et prometteuse, en ce début des années 90 où la fonction RH était encore largement occupée par des administratifs. Quand je parle de marketing, je veux dire par là « se soucier du client ». En partant du marché, identifier les clients, les écouter, comprendre leurs attentes et leurs besoins. Au niveau de l’entreprise, les salariés sont mes clients. Cette orientation de la fonction RH, je l’ai appliquée dans différentes filiales du groupe, avant de devenir DRH du siège. Cette fonction englobe la gestion de site, la production de la fonction RH du groupe Total, et le département immobilier qui est sous ma direction. Pendant longtemps, il y a eu les directions des services du personnel, des relations sociales, des relations humaines…et maintenant on parle bien de ressources humaines, des ressources au sein de l’entreprise à faire fructifier.

Avez-vous de grands projets en terme d’aménagement ou pour répondre aux besoins des salariés ?

Pour l’instant il n’y a aucun projet car il n’y a pas de besoin de marché en terme d’aménagement. J’ai fait quelques tentatives pour proposer des open spaces, mais le corps social les rejette complètement. Tous les bureaux restent cloisonnés ou partagés, hormis les quelques salles de marché. Le sondage a montré que nous restons très conservateurs. La culture de l’entreprise est encore très statutaire. Heureusement, nous n’en sommes plus là pour le mobilier de bureau ! Le temps où la taille de la table ou de la lampe étaient symboliques de la fonction est révolu. Le problème dans cet ancien immeuble Elf, qui date d’il y a 20 ans, est que le nombre de modules possibles est très important. En effet, les trames sont très courtes, donc la hiérarchie peut encore s’affirmer. Il reste une recherche très forte d’un statut lié à la taille du bureau, la généralité restant le bureau individuel.

Pouvez-vous nous parler de la fameuse « tour sans tabac » ?

La tour sans tabac est déjà un projet du passé pour moi, même si le débat fait rage en ce moment même. Je trouve important quand on est au siège d’un grand groupe d’être un leader d’opinion pour le groupe et un prescripteur pour les autres, et donc d’agir en temps opportun, « dans l’air du temps ». La tour sans tabac date du 3 janvier 2005, suite à une action longue réalisée en 2004. Nous avons lancé une grande campagne de communication avec une aide au sevrage tabagique pendant 7 mois, pour faire un bâtiment entièrement non-fumeur. Sur les 7 500 salariés des tours Total, une enquête a révélé qu’il y avait 20% de fumeurs. Le président de l’office française de lutte contre le tabagisme m’avait dit que le projet n’était possible que s’il y avait moins de 25% de fumeurs. Nous avons découvert que 92% des salariés de l’entreprise était favorable au fait de ne pas fumer, mais qu’uniquement 60% était pour son interdiction complète ! Nous avons utilisé une méthode de sevrage comportementale appelée la méthode Allen Carr pour les salariés, des séances de 4 heures sur site pendant le temps de travail, avec 80% du coût pris en charge. 
A partir de 2005 l’interdiction de fumer a été effective. Le changement était important car auparavant il y avait des cafétérias fumeurs et il était possible de fumer dans les bureaux individuels en fermant la porte. Mais la pédagogie répressive mise en place n’a pas été utile, grâce à la durée de la campagne et à la pression des non-fumeurs sur les fumeurs.

Quel est le dernier projet pour le bien-être des salariés que vous ayez mis en place ?

L’autre action dans l’air du temps est que, depuis trois ans, nous mettons en place un service de proximité. Pour l’instant il fonctionne via un portail extranet et propose baby-sitting, cours du soir, courses à domicile, etc. Les salariés nous ont reproché de ne pas avoir de contact avec les fournisseurs, nous mettons donc en place pour la première semaine de décembre une vraie conciergerie d’entreprise dans chaque tour Total, qui proposera des services de billetterie, voyage, fleurs, travaux, pressing sur place, etc.
Nous lançons également une vaste action développement durable au bureau, un thème vraiment d’actualité. Il y a encore deux ans je n’aurais pas pu la mettre en place , et aujourd’hui la direction est même prête à aider financièrement les salariés qui veulent mettre des panneaux solaires sur leur maison ! Nous donnons des idées concrètes pour réduire l’impact environnemental et engendrer un comportement responsable des salariés.

Il y a un an nous avons également mené une action de crèche d’entreprise, la première à La Défense ! Ce goût de la performance est un peu personnel mais aussi lié au fait que nous avons une image à valoriser en tant que première entreprise française. L’idée de ces offres dans la mouvance de l’air du temps est également de montrer aux salariés qu’on s’intéresse à eux. Par ce biais on contribue à humaniser l’image externe de Total : de nombreux supports écrits ont été intéressés par notre démarche. 
Il y a une vraie approche interne derrière ce projet : nous avons 965 enfants de moins de trois ans dans l’entreprise ! Le cœur de cible : 300 enfants, des familles qui habitaient à plus d’une demi-heure du site. Le résultat : une offre de 60 berceaux, 73 inscrits et 25 en liste d’attente. Nous avons essayé de satisfaire au mieux le besoin du marché.

Pouvez-vous évoquer votre grand projet d’aménagement lié à la fusion en 2001 ?

Nous avions deux immeubles principaux et 11 autres immeubles à gérer ! La mise en place de la tour sans tabac a commencé comme ça, car les règles dans le domaine n’étaient pas les mêmes chez Total et Elf. Nous avons réaménagé les bureaux au niveau du second œuvre, et le mobilier est renouvelé à hauteur de 8% par an. Tout le mobilier obsolète a été changé, l’informatique est passée aux écrans plats, etc. Il y avait déjà une salle de gym, squash et badminton, une piscine. On a essayé de varier le type de restauration d’entreprise. Le restaurant d’entreprise classique marche très bien puisqu’il draine 80% des présents, mais nous proposons aussi le restaurant « Les 5 sens » : ses 200 couverts permettant de manger sur des plaques chauffantes, deux restaurants « club » où le salarié peut inviter ses clients, et un restaurant de direction. Nous avons mis en place distributeurs SNCF et RATP, recharge de cartes SFR et Orange, distributeurs de timbres, agence bancaire…et même distributeurs de collants ! Pendant la menace de grippe aviaire il y a un an, j’ai équipé l’entreprise de masques et les toilettes de gel antibactérien, très utile pendant les périodes de rhumes et autres grippes. Nous avons aussi encouragé les dons du sang au sein de l’entreprise, qui vont crescendo lorsqu’au niveau national il a tendance à baisser.

Votre prochain projet ?

J’aimerais pouvoir envisager de promouvoir la sieste au bureau, mais à l’évidence, les mentalités ne sont pas en France encore mûres sur ce sujet. En revanche, nous allons proposer début 2007 des séances de massage, et voir ce que ça va donner ! Nous sommes exigeants envers nos salariés : avec la mobilité et les nouvelles technologies vie professionnelle et vie privée se mêlent de plus en plus. Les salariés méritent des compensations pour rendre leur vie un peu plus facile au bureau.