Baromètre

Expliquer les écarts de satisfaction vis-à-vis de la QVT

Au regard des résultats du Baromètre 2017 d'ACTINEO, portant sur un échantillon représentatif de la population active travaillant en France dans des bureaux, nombre de questions peuvent se poser. Par exemple, dans quelle mesure ces moyennes sont-elles susceptibles de cacher des spécificités propres à une certaine catégorie ? Cette question, particulièrement pertinente pour une catégorie particulière d'entreprise ou d'actifs, l'est encore davantage lorsqu'il s'agit de l'expression des niveaux de satisfaction vis-à-vis de la qualité de vie au travail - la fameuse QVT.

Pour en savoir un peu plus sur ces questions de QVT, nous avons retenu quatre grandes clefs d'entrée :

  1. Les structures de l'organisation productive avec des analyses par grands secteurs d'activité, par taille d'entreprises et par localisation de ces dernières ; 
  2. Les caractéristiques sociodémographiques des actifs travaillant dans les bureaux, appréhendées à travers les âges et le genre ;
  3. Les catégories professionnelles des mêmes actifs ;
  4. Les caractéristiques des bureaux et, plus largement des espaces de travail. 

 

Méthodologie et analyse complète en pièce jointe. 

Que dire au terme de ces analyses ?

Pour analyser les satisfactions vis-à-vis de la QVT, la méthode utilisée consistant à comparer des sur- ou sous-pondérations significatives par rapport aux moyennes nationales observée, a un double mérite. D'une part, elle permet de mettre en évidence des variables "structurantes", c'est-à-dire des variables qui ont un poids tel qu'elles jouent un rôle relativement déterminant dans la structure de ces moyennes. Cette méthode permet aussi de mettre en évidence la présence de catégories spécifiques qui peuvent avoir un faible poids structurant par rapport à la moyenne, mais qui peuvent fortement s'en éloigner, de sorte que la vision moyenne perd de sa signification en ce qui les concerne. Il en va ainsi en matière de QVT pour les TPE, le commerce, les dirigeants et les employés, mais surtout pour les types de bureaux qui apparaissent comme la variable le plus déterminante, alors qu'aucune différence significative n'apparaît en fonction des âges et des genres. 

Résumé des résultats les plus saillants 

Par taille d'entreprises : Les très grandes entreprises se distinguent par le fait qu'elles emploient davantage de cadres qui ne managent pas. Mais ce sont les TPE qui se distinguent le plus avec des espaces de travail plus réduits, plus centrés sur les bureaux individuels fermés et un travail individualisé, avec des actifs un peu plus féminisés et un peu plus âgés, nettement plus de dirigeants et plus de satisfaction vis-à-vis de la QVT. 

Par secteur d'activité : Ce sont les administrations publiques qui se distinguent le plus avec une plus forte concentration dans celles de grandes tailles, mobilisant beaucoup plus d'employés et de femmes travaillant le plus souvent seules dans des grands bureaux collectifs fermés. Malgré ces singularités, il n'y a pas de différences significatives en matière de QVT, par opposition aux actifs du commerce qui sont beaucoup plus souvent "pas du tout satisfaits".  

En fonction des âges : Les plus âgés (les TPE, le secteur des transports et les dirigeants) travaillent davantage dans des bureaux individuels fermés et moins dans des espaces collectifs ouverts. Ils travaillent un peu moins hors de leurs locaux et encore moins en télétravail. Les jeunes travaillent un peu plus en dehors de leurs locaux, sont un peu plus en télétravail et fréquentent nettement plus les tiers-lieux. Malgré cela, il n'y a pas de différence notable en matière de QVT.

En fonction des genres : Les hommes sont surreprésentés dans l'industrie, surtout chez les ouvriers et les cadres, moins chez les employés. Ils travaillent beaucoup moins seuls et beaucoup plus par équipe projet. Ils travaillent beaucoup plus hors de leurs locaux, sont beaucoup plus nomades, fréquentent beaucoup plus les tiers lieux et télétravaillent davantage. Mais il n'y a pas de différence H/F en ce qui concerne les types de bureaux et la QVT.

Par catégories professionnelles : Les dirigeants travaillent nettement plus "seuls" dans des bureaux individuels fermés et nettement moins dans des bureaux collectifs ouverts, mais ils travaillent plus hors de leurs locaux et sont plus télétravailleurs. Les cadres ont des profils voisins de ceux des dirigeants, mais les cadres intermédiaires sont davantage utilisateurs des tiers-lieux. Les cadres managers de premier niveau travaillent beaucoup plus en équipe et sont nettement plus nomades. Les cadres qui ne managent pas sont beaucoup plus présents dans des grands espaces ouverts. Par opposition, les ETAM pratiquent moins le télétravail. Quant aux employés, ils travaillent nettement plus dans des bureaux collectifs fermés, nettement moins en équipe, hors de leurs locaux. Ils sont moins nomades, dans les tiers-lieux et en télétravail. Enfin, en matière de QVT, des différences nettes apparaissent entre les dirigeants qui sont beaucoup plus satisfaits que les autres et les employés qui sont beaucoup plus "pas du tout satisfaits".

Cependant, ces variables ne sont pas indépendantes, comme le montre la singularité du secteur du commerce. En effet, associé à une plus grande présence de TPE et à une plus forte présence de dirigeants, le secteur du commerce présente également une plus forte présence "d'espaces collectifs ouverts" ainsi que "d'absence de poste de travail attitré". Or, si c'est dans les espaces collectifs ouverts que les niveaux de satisfaction vis-à-vis de la QVT sont les plus faibles, et si c'est dans les TPE ayant plus de dirigeants travaillant seuls dans des bureaux individuels fermés qu'on trouve les niveaux de satisfaction les plus élevés en matière de QVT, on peut faire l'hypothèse qu'une partie significative des insatisfactions en matière de QVT doit être recherchée du côté des bureaux ouverts et de l'absence de postes de travail dédié. 

Il serait tentant à l'inverse, de conclure que le bonheur au travail dans les bureaux serait l'apanage des dirigeants de TPE travaillant en solitaires dans les espaces de travail les plus conventionnels. On comprend mieux dès lors, pourquoi les grandes entreprises adeptes des open space et du flex office, à la recherche d'une QVT, ont besoin plus que les autres d'un "chef happiness officer". 

Alain d'Iribarne, président du conseil scientifique d'Actineo 

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