Dominique TESSIER - Architecte DPLG

Rencontre avec Dominique Tessier, Architecte, qui s'intéresse à l'adaptation des espaces de travail pour une organisation en mode projet.

Quel est votre parcours ?

Je suis architecte DPLG diplômé de Paris-Belleville. J’ai d’abord travaillé sur le logement participatif privé ou social, avant d’être lauréat en 1988 d’un concours sur l’immobilier d’entreprise intitulé « Programme Architecture Nouvelle » (P.A.N. bureaux). A cette époque, la problématique consistait à répondre à d’autres attentes que celles des bureaux blancs pour renouveler les espaces tertiaires, et à refléchir sur le rapport entre le travail et les conditions de travail. J’ai été récompensé par l’ANACT, en recevant le premier prix de la qualité de vie au travail. Je me suis intéressé, avec l’exemple de l’entreprise Bullsystem, à l’adaptation des espaces de travail pour une organisation en mode projet. Comment aménager ses espaces de travail lorsque chaque année l’effectif sur un projet peut varier de 10 à 300 personnes, comment rendre l’aménagement flexible en conséquence ?

Par ailleurs, je suis aussi architecte/ingénieur civil de l’Union Européenne à Madagascar, membre de l’Association Architecture et Maîtrise d’Ouvrage (A.M.O.), président du Conseil Régional Ile de France de l’Ordre des Architectes et architecte-conseil de l’Etat.

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Quelle vision avez-vous de votre métier ?

Je regrette que les maîtres d’ouvrage ne dédient suffisamment de temps de recherche aux architectes dans le cadre de la conception. Les architectes eux-même ne sont pas assez forces de proposition, ne mettent pas en avant leur valeur ajoutée, et ne l’expriment pas collectivement. En tant que président du Conseil régional de l’Ordre des Architectes, je regrette que notre métier soit trop individualiste et se replie sur des réflexes corporatistes, nous avons un rôle spécifique à jouer mais nous devons également nous nourrir des savoirs connexes.

Comment le métier s’est-il construit ?

La date-clé est la loi 77 sur l’architecture, avec le passage des commandes publiques de gré à gré à des concours nationaux avec choix d’architectes par les maîtres d’ouvrage, ce qui laisse une chance aux jeunes et donc au renouveau de l’écriture architecturale.

Puis la loi de décentralisation a renforcé le poids des maires et des conseils généraux : or l’architecture comme"porteuse de l’image que les élus se font d’eux mêmes" a développé une architecture de façade au détriment d’une architecture de contenu. Résultat : la naissance d’architectes-stars et pas d’avancée d’ensemble dans la production de ces dix dernières années. Il n’y a hélas pas de lieu collectif de réflexion, pas de pôle formation « ville-architecture » qui dispenserait une formation pour l’ensemble des professionnels du bâti. Il y a donc une certaine docilité des architectes qui se plient à la banalité par peur de perdre des contrats avec les clients. L’expression de leur culture devrait être de mettre en avant des valeurs culturelles comme les modes de vie, du travail, des relations de l’espace avec les activités, alors que certains se placent comme des prestataires de services de la mise en forme des idées du client ! Et comme ce n’est pas le même professionnel qui passe commande, programme et réalise, il y a peu de cohérence dans les projets. Les tâches sont trop sectorisées et la capacité de synthèse est réduite, les possibilités d’évaluation se perdent. La globalité et le devenir du projet s’étiolent en route. On ne peut se satisfaire de réponse littérale aux commandes.

Quelles solutions proposez-vous ?

Avec le Conseil régional de l’Ordre et la Maison d’Architecture en Île-de-France, le but est de diffuser une culture architecturale qui met en avant un processus de « fabrique de projet » où des architectes conférenciers et des jeunes exposent des processus aux professionnels mais aussi au grand public.

Les projets d’architecture, quels que soient leurs styles, demandent un travail complexe, long et savant, que le consumérisme tend à vouloir réduire à la fabrication d’images. Il faut que la profession s’ouvre à une pratique de débat collectif dans un contexte élargi, comme à l’université, dans la recherche et les sciences sociales, par exemple. Pourquoi n’organisons-nous pas des débats dans la France entière, avec l’appui du réseau des Maisons de l’Architecture, des revues, des journaux, de la radio et de la télévision ?

Si les architectes sont au nombre de 28 000 en France, ils sont 80 000 en Allemagne ! Il y a aussi des architectes dans la maîtrise d’ouvrage ou la fonction publique dont on oublie la culture d’origine, ils ont un grade d’ingénieur ou d’autres dénominations fonctionnelles. La profession est en effet réglementée par un diplôme, mais cela ne signifie pas qu’on est inscrit à l’Ordre… La profession n’est pas unifiée. Depuis 2005 et la réforme des études d’architecture, l’enseignement calé sur le modèle des LMD des études universitaires et l’habilitation à la maîtrise d’œuvre, l’institution ordinale se rapprochent des écoles.

Votre avis sur l’aménagement intérieur des immeubles de bureaux ?

L’open space permet une meilleure circulation et une meilleure communication à condition de respecter le confort. Le confort ne devrait pas être inversement proportionnel à l’espace au sol. Le travail sur les cloisonnements est particulièrement important, il doit assurer la confidentialité des conversations, des conditions de travail propres à la réflexion et à la concentration. Ce n’est pas desservir la communication que de répondre à ces exigences. L’aménagement idéal pour moi est le combi-office, qui marche bien dans les pays du Nord et où il y a une dissociation des espaces en fonction de l’activité.

Je m’intéresse aussi à l’ergonomie. Je cherche dans l’analyse du travail une correspondance pour traduire spatialement les exigences du travail. Il y a une coïncidence évidente entre conditions de travail et productivité. Autant le salaire et le temps de travail joue sur la vie au travail, autant les conditions de travail pèsent dans et hors du travail. De bonnes conditions rendent le travail plus facile et donc plus intéressant et productif. Il faut en faire l’expérience par une approche pragmatique et empirique.