Cradle to Cradle

A l’occasion de la sortie en France du livre best-seller américain de William McDonough et Michael Braungart, Cradle to Cradle, déjà édité dans 18 langues et vendu à plusieurs millions d’exemplaires, Hélène Babok, Directrice du développement durable de Steelcase, leader mondial du mobilier de bureau et de l’aménagement des espaces de travail, revient sur l’implication de cette entreprise pionnière dans l’ambitieuse stratégie de certification environnementale qu’est le Cradle to Cradle (C2C). Steelcase est l’entreprise qui possède aujourd’hui le plus de produits certifiés C2C au monde et dont le siège Think a été le premier produit jamais certifié C2C.

Cradle to Cradle, le livre

Publié en 2002 aux Etats-Unis avec succès, traduit dans de nombreuses langues, voici enfin la version française de Cradle to Cradle (littéralement, d’un berceau à un autre) : c’est un manifeste pour une philosophie et une pratique nouvelles de la production et de l’écologie. Les deux auteurs préconisent une "empreinte écologique positive", à travers une philosophie d’éco-conception qui consiste à penser le produit dès l’origine pour lui donner ensuite plusieurs vies.Ils militent pour une "éco-efficacité" qui ne mettrait pas la croissance économique et l’écologie dos-à-dos. Plutôt que de chercher à réduire la consommation, ils voudraient créer un modèle industriel basé sur une sorte de compostage appliqué à tous les objets : soit les produits retournent au sol sous la forme de "nutriments biologiques" non toxiques, soit à l’industrie en tant que "nutriments techniques" afin d’être recyclés à l’infini, imitant ainsi l’équilibre des écosystèmes naturels.
 

Interview d’Hélène Babok, Directrice du développement durable de Steelcase :
 
Que signifie ce concept de Cradle to Cradle, du berceau au berceau ?
C’est tout d’abord une philosophie née en 2005 qui vise à faire en sorte que les produits fabriqués
puissent entièrement être recyclés et réutilisés pour redevenir ensuite produits et ainsi de suite à l’infini.
Elle s’inspire de l’écosystème naturel dans lequel la notion de déchets disparaît car ceux-ci sont toujours
transformés en ressource. Ce courant de pensée nous pousse à progresser et à voir plus loin. Ces préceptes ont ensuite fait l’objet d’une certification visant à qualifier les produits qui répondent à des critères stricts :
 
  • Evaluer la composition chimique de tous les matériaux contenus dans un produit selon 19 critères de santé humaine et environnementale.
  • Maximiser les matériaux recyclés, recyclables ou biodégradables.
  • Favoriser l’utilisation des énergies renouvelables.
  • Intégrer des pratiques de recyclage et de conservation de l’eau.
  • Développer des stratégies de responsabilité sociale.
Par quoi commencer pour mettre en oeuvre ces principes dans une entreprise ?
La partie la plus importante du travail consiste à se débarrasser dans les produits de tous les matériaux qui pourraient être nocifs pour l’environnement, ce qui est totalement logique si l’on veut recycler à l’infini. Steelcase intègre de très nombreux composants dans son mobilier, nous devons donc procéder à des analyses de ceux-ci pour nous assurer que ceux-ci ne dérogent pas à nos critères.

Quelles sont les clés de la réussite ?
Il serait présomptueux de prétendre pouvoir analyser la totalité des substances des composants et finitions qui entrent dans nos produits. Nous offrons littéralement des millions de combinaisons à nos clients. Cela prendrait trop de temps et mobiliserait des moyens financiers titanesques. Notre expérience suite aux analyses déjà menées sur une quarantaine de produits certifiés, nous pousse maintenant à nous focaliser sur les matériaux les plus à risque. C’est aussi une bataille que nous devons mener à plusieurs. Il est primordial de collaborer avec nos fournisseurs. Certains jouent le jeu et vont procéder à leur tour à l’analyse de leurs matériaux, ce qui va leur permettre de les certifier C2C. C’est le cas de notre fournisseur de tissus Gabriel qui a d’ailleurs compris le bénéfice commercial qu’il pouvait retirer à rechercher la certification pour lui-même et pas juste nous fournir des renseignements. C’est un cercle vertueux en quelque sorte. Cela pousse toute la chaîne industrielle à s’améliorer.

Peut-on facilement substituer à un matériau un autre moins dommageable pour l’environnement ?
Cela paraît simple en apparence mais ça ne l’est pas toujours. Nous avons souhaité améliorer la performance environnementale du chromage des piétements de nos sièges et de nos bureaux. Auparavant ils étaient chromés avec du chrome 6 dont la production est nocive pour l’être humain. Aujourd’hui Steelcase utilise un processus de chromage beaucoup moins nocif avec du chrome 3. Notre fournisseur de piètements de bureau n’a pas souhaité pour des quantités modestes changer de fournisseur de traitement de surface. Nous avons non seulement dû nous même nous charger de trouver une entreprise susceptible de le faire mais également modifier notre chaîne d’approvisionnement et reprendre en direct la gestion de ce fournisseur. Substituer un matériau par un autre pousse aussi à être innovant comme avec le PVC, que nous avons décidé de supprimer de tous nos produits dès 2007 et qui est un préalable à toute certification C2C . Ce matériau était notamment utilisé dans les rideaux de nos armoires qui sont aujourd’hui en polypropylène. Il a fallu revoir aussi bien la conception du produit (car le substitut n’a pas les mêmes caractéristiques techniques et mécaniques), sa fabrication (il ne se travaille pas de la même façon) et les approvisionnements. C’est une complète remise en cause mais au final les gains sont multiples : le produit n’utilise plus de PVC, il est plus solide et un rideau en polypropylène entraîne une réduction des émissions
de CO2 de 70% par rapport à une porte en PVC !

Est-ce que cela a un impact sur les ventes ?
Nous voulons le croire même si l’investissement est conséquent. Mais les clients ne sont pas encore toujours prêts à payer plus cher pour un produit C2C. Dans certains cas comme pour le chrome 3, nous avons préféré amputer nos marges et ne pas répercuter le surcoût lié au changement de matériau. Le niveau de vigilance des clients sur les qualités environnementales du produit s’accroît cependant. Tant mieux. Steelcase s’est donné l’objectif d’obtenir la certification Cradle-to-Cradle de ses produits pour démontrer, de manière tangible, la mesure de ses progrès dans le domaine de la conception intelligente environnementale. Il s’agit aussi bien sûr d’aider les clients à sélectionner les produits respectueux de l’environnement.

Que faites-vous pour recycler vos produits ?
Nous avons mis en place récemment un service inédit de reprise du mobilier de bureau usagé pour nos clients. L’objectif : maximiser le recyclage. C’est une manière de littéralement commencer à boucler la boucle pour contribuer aux efforts de recyclabilité de nos produits. Nous incorporons aussi un maximum de matière recyclée dans nos produits, jusqu’à près de 40%. Elle ne provient pas encore du mobilier que nous recyclons mais c’est un pas essentiel. Pour faciliter leur recyclage tous nos produits font l’objet d’une conception environnementale très poussée avec 2 objectifs : diminuer le nombre de pièces et de matériaux différents et faciliter le démontage.
 
Où en êtes-vous de vos démarches de certifications C2C ?
En mai 2010 aux USA, le groupe Steelcase comptabilisait plus de 60 certifications Cradle-to-Cradle pour des produits mobiliers, architecturaux ou technologiques. Nous totalisons le plus grand nombre de produits certifiés C2C tout secteur d’activité confondu. Plusieurs produits Steelcase fabriqués en Europe (Think, Amia et Kalidro) sont en cours de certification. Nous soutenons donc cette démarche plus que jamais.