Nomadisme

Coworking 2.0

Le baromètre réalisé en juin 2016 par LBMG-Worklabs, société de conseil spécialisée dans le télétravail, a constaté un quadruplement des espaces de coworking en trois ans. Ils sont actuellement plus de 400 sur toute la France. Cet essor trouve son origine dans les mutations profondes du travail liées aux nouvelles technologies, qui permettent de travailler en tous lieux, et aux politiques urbaines visant à la rentabilité des lieux inoccupés. Face à une concurrence accrue et à des expériences parfois ratées, de nouveaux types d'espaces ont vu le jour, démontrant que le concept du coworking est déjà en train d'évoluer, à peine 10 ans après sa naissance.

 

Le cohoming

Les avantages du coworking sans quitter son home sweet home ? C’est désormais possible grâce aux plateformes communautaires en ligne Cohome ou Hoffice. Ces sites proposent aux particuliers de louer leur salon à des travailleurs indépendants. Ils permettent la mise en relation d’hôtes ayant des espaces disponibles pour travailler et souhaitant les partager, et de visiteurs recherchant ce type d’espaces pour travailler. Une fois n’est pas coutume, le concept est né en Californie, sur le constat que l’on paye souvent un bien cher loyer pour finalement passer peu de temps chez soi, et que les free lance ont parfois du mal à trouver ou à payer un bureau hors de chez eux (en moyenne 350 € par mois). L’idée n’est pas de se faire un revenu complémentaire façon Airbnb, les prix sont doux : de 5 à 15 euros la journée. Ce type de coworking offre une plus grande flexibilité aux utilisateurs qui ne veulent pas payer un abonnement au mois. Bien sûr à ce tarif là, les travailleurs indépendants n’ont pas forcément le confort et l’équipement d’un « vrai » bureau, mais bien la convivialité d’un espace de coworking, où boire un café et créer du lien social de proximité pour faire émerger des opportunités professionnelles. Freelances, entrepreneurs, chômeurs ou étudiants peuvent proposer leur lieu de vie personnels pour y accueillir, pendant quelques heures, d’autres professionnels à la recherche d’un bureau, ou à l’inverse être reçus chez eux. 

L’engouement est réel. En janvier 2017, Cohome a même organisé la seconde édition du festival du Cohoming, à Paris, autour du thème « Booster son activité de freelance en 2017 ». Lorsque la fondatrice, Laura Choisy, a décidé de se lancer en freelance en 2015, elle est très vite confrontée à un sentiment de solitude et au prix élevé des espaces de coworking en Ile-de-France (350 euros par mois en moyenne).  En octobre 2016, elle lance Cohome, une plateforme qui met en relation des coworkers en quête d'un espace de travail et d'autres coworkers qui sont prêts à transformer leur logement en bureaux. Pour accueillir des coworkers, il suffit d'être freelance, de proposer du café et le wifi  ! Il n'y a pas de taille minimale pour accueillir des cohomeurs. Un système de notation permet de distinguer les meilleurs membres. Pour travailler chez les particuliers, les cohomeurs doivent débourser en moyenne 4 euros par jour. Sur chaque mise en contact, la plateforme prélève une commission de 1 euro. Une somme modeste qui prouve que le modèle s'appuie bien sur le principe de l'économie collaborative, à la manière de Blablacar ou du couchsurfing. Le cohomeur type est âgé de 25 à 35 ans et travaille dans le numérique. Environ 500 personnes utilisent déjà la plateforme chaque semaine, principalement en Ile- de-France mais aussi à Nantes, Strasbourg, Bordeaux ou encore Montpellier.

Cohome - Chez Emma

 

Cohome - Chez Fanny

Le corpoworking

De plus en plus de grandes entreprises proposent de louer leurs espaces inoccupés, dans le but de développer plus de transversalité en interne mais aussi de faire en sorte que ces lieux soient ouverts à des équipes externes. De fait, ce type d’ouverture s’applique aussi bien à des structures que l’entreprise connaît à force de collaboration, qu’à d’autres plus extérieures, afin de stimuler l’« open innovation », souvent bridée à cause des process lourd dans les grands groupes. On parle alors de corporate working ou de corpoworking (« mes locaux pour coworking, contre ton regard neuf »).

dPOP (People, Office and Places), un cabinet d’architectes d’intérieur basé à Détroit, invite des clients et des amis mais aussi de parfaits étrangers à venir travailler dans ses bureaux. L’idée du bureau ouvert a germé lors du Festival de Design de Détroit, alors que les clients et médias avaient besoin d’un « squat » pour une journée ou deux. Désormais, dPOP accueille chaque jour entre 5 à 30 visiteurs. MongoDB, un éditeur de bases de données, propose également des horaires d’ouverture au public à Dublin, Londres et Palo Alto. Google Monde bénéficie de bureaux communautaires à certaines heures dont peuvent disposer les petites entreprises et les entreprises à but non lucratif pour promouvoir leurs produits. En France, le phénomène en est encore à ses balbutiements, comme le démontre l'étude européenne sur le sujet réalisée par HR&D. La société Orange, avec la « Villa Bonne Nouvelle », semble être l’exemple le plus abouti du genre. 

Si beaucoup d’entreprises ont la capacité de créer ce type d’espace, toutes ne peuvent pas faire preuve de la même ouverture, selon les problématiques de confidentialité et de partage liés à la culture de l’entreprise. Nombre d’entreprises commencent par initier un projet en interne avec la volonté de l’ouvrir peu à peu à l’extérieur. Ce qui est recherché avant tout, c’est le brassage entre les différentes visions et les différentes manières de fonctionner.

Orange - Villa Bonne Nouvelle 

De nouvelles formes de coworking

Bureaulib Dupleix

Bureaulib Dupleix a ouvert ses portes en avril 2017. Cet espace d’expérimentation du travail nomade destiné à accueillir les salariés des PME et grandes entreprises a été créé par Génie des Lieux, groupe indépendant de conseil en aménagement tertiaire. Le tiers-lieu d’expérimentation, situé au 28 rue Desaix dans le 15e arrondissement, déploie sur 500 m2 différents espaces de travail correspondant à différents usages : travail individuel ou collaboratif, salles de réunion, espace café/détente, salle de créativité, espace conférence, etc. Les occupants pourront également choisir leur poste de travail en fonction du mobilier qui répond le mieux à leurs besoins (travail assis et debout, assise informelle, etc.), proposés en partenariat avec notamment Bene, Bisley OrangeBox, Ceb, Girsberger, Haworth, Herman Miller, Humanscale, König+Neurath, Radian, Sedus, Silvera et Unifor. Mais Bureaulib, c’est aussi une étude sur 3 ans pour comprendre et analyser les conditions de la performance du travail nomade. A travers un protocole scientifique, Bureaulib Dupleix va étudier les composants du travail nomade. L’étude va ainsi porter sur 6 axes : les conditions de réussite du travail nomade, les outils IT, le mobilier et leurs usages, l’optimisation des coûts immobiliers, le développement des services et l’impact sur l’environnement. 

 Génie des Lieux - Bureaulib Dupleix

WeWork

WeWork n'est pas une nouvelle forme de coworking à proprement parler (si ce n'est par son ampleur), mais il nous fallait tout de même évoquer l'installation en mai 2017 du géant américain à Paris, rue La Fayette. À l'écart des grands boulevards et à quelques rues de la gare Saint-Lazare et de l'opéra Garnier, les bureaux WeWork La Fayette sont installés dans un immeuble Art déco disposant d'un hall central avec verrière et de nombreuses terrasses. Le bâtiment offre une vue imprenable sur Pigalle et le quartier Saint-Georges. Les membres de la communauté n'apprécient pas seulement la beauté du lieu : les bureaux WeWork incluent tous les équipements nécessaires au bon déroulement d'une journée de travail. Startupeurs et entrepreneurs peuvent ainsi profiter de café à volonté, d'un accueil à leur service et de salles de réunion modernes... sur plus de 11 000 m2 ! D'autres services sont inclus dans leur abonnement : une aide personnalisée des gestionnaires de communauté, l'accès à un réseau mondial d'entrepreneurs, l'organisation d'événements spéciaux, etc. Mais tous ces avantages ont un coût : à partir de 450 €/mois pour le "Hotdesk", et à partir de 890€/mois pour un "Private Office".

WeWork La Fayette

OfficeRiders 

Le site OfficeRiders permet aux travailleurs indépendants de s'installer chez des particuliers mais aussi dans des lieux commerciaux dédiés à d'autres fonctions. Cette start-up française lancée à San Francisco propose à des professionnels de louer un espace inoccupé la journée, ou un lieu dédié à d'autres activités. Il s'agit souvent d'appartements, mais aussi de galeries d'art, de magasins... Les coworkers ont par exemple investi un showroom de meubles (Made) en plein cœur de Paris. Du recyclage d'espaces de travail, en d'autres termes. Cette approche du coworking est écologique, elle recyclage les espaces de travail et évite de construire des lieux supplémentaires. En Île-de-France, 1800 lieux sont déjà listés, au tarif variant de 10 à 12 euros la journée. 

 OfficeRiders chez Made