Clément Grangé - Ergonome

Quel est le rôle du FCBA au sein du conseil scientifique d’ACTINEO ?

Le FCBA accompagne le conseil scientifique d’ACTINEO dans son besoin d’acquérir de la connaissance, en aidant les professionnels de l’aménagement et du mobilier de bureau à innover, notamment dans le processus de conception des produits et de l’aménagement des bureaux. Nous contribuons donc à apporter des connaissances, notamment par le site Internet d’ACTINEO. C’est ainsi que les ergonomes du service conception et Innovation du FCBA ont rédigé pour le compte du Conseil scientifique d’ACTINEO des articles portant sur la thématique de la qualité de vie au bureau que nous retrouvons dans la rubrique « bonnes pratiques ». Notre rôle est d’apporter aux professionnels des études en amont, et de les accompagner pour faire émerger des innovations. Toute la complexité et la richesse du conseil scientifique d’ACTINEO sont dans cette alliance du monde industriel et du monde de la recherche. C’est pourquoi ce conseil scientifique est si particulier et si intéressant, il permet de lier les industriels et les chercheurs, ce qui se fait finalement peu souvent.

Dans quels autres cas intervenez-vous au sein d’ACTINEO ?

Lors de salons, notamment pour animer des conférences. Nous intervenons notamment à Préventica, le salon portant sur la thématique des risques professionnels, afin d’y présenter le Baromètre établi par Actineo tous les deux ans. Ce baromètre permet de dresser un état des lieux en France de la satisfaction des employés. Puis nous travaillons sur un indicateur résultant de ce baromètre permettant à une entreprise de dresser son propre état des lieux de satisfaction de ses employés afin de leur offrir des leviers de réflexion pour améliorer les environnements de travail. Enfin, nous aidons aussi à l’amélioration du site web Actineo en plus de la mise à jour des articles.

L’analyse de l’usage permet–elle de résoudre tous les problèmes des utilisateurs ?

L’analyse de l’usage permet de se rendre compte des modes opératoires de l’individu à son bureau et d’y faire gravité le processus de conception de la future situation de travail. Elle n’a pas pour vocation de résoudre tous ses problèmes mais d’en identifier les marges de manœuvre sur lesquelles il est possible d’agir à la fois par les concepteurs mais aussi au travailleur, qui devient acteur de la conception de sa situation de travail. Une situation de travail est un environnement complexe qui, outre les aspects physiques, physiologiques, psychologiques et sociaux du travailleur, à prendre en compte, comprend l’environnement direct et l’environnement alentour. L’environnement direct tient compte des équipements de travail (ordinateur, table, fauteuil, lumière, …). L’environnement alentour dépend de la configuration de l’espace de travail (co-working, bureau open space, bureau seul) et de sa localisation (proche fenêtre, donnant sur couloirs, sur salle de réunion, sur cours, sur rue…). Ces environnements sont en constante interaction. Ainsi, l’analyse de l’usage résulte de ce que l’utilisateur fait de ces environnements, des solutions qu’il met en œuvre et donc de situations qui sont en devenir. Mettre en avant ces situations est un moyen d’innover au service des utilisateurs. L’intérêt d’associer les utilisateurs à cette analyse amont est de s’approprier la conception de leur propre situation de travail et d’en explorer les solutions en accord avec les enjeux inhérents à leur travail. Au-delà de l’analyse de l’usage et de la participation de l’utilisateur final dans la conception de son propre environnement de travail, il est d’une nécessité primordial de faire coopérer les métiers acteurs du processus de conception. C’est une difficulté au même titre que les usages et pratiques de l’utilisateur sont contextuels. Raisonner de façon transverse permet d’identifier différents contextes et ainsi concevoir de façon plus large et répondre à un maximum de situations de travail.

Vous êtes ergonome. Quel regard avez-vous sur la vie au bureau ?

J’ai une formation en master d’Ergonomie et facteurs humains à l’université Paris XI. La vie au bureau gravite davantage sur le « bureau » que sur la « vie ». Autrement dit, l’utilisateur n’est pas assez mis en avant dans les processus de conception et ce au détriment des quantités de produits innovants qui voient le jour et dont on y attache le mot « ergonomique » sans se soucier forcément s’il répond clairement aux usages des utilisateurs concernés. Chaque individu s’affaire à se sentir bien chez lui, pourquoi pas au bureau ? Nous parlons de qualité de vie au bureau, ce qui sous-entend qu’il existe des marges de manœuvre pour l’améliorer. Chaque déterminant du travail est un levier de performance en soi. Leur compréhension permet de garantir une qualité du travail adaptée aux employés qui devient une force pour l’entreprise.

Pour une bonne qualité de vie au travail, peut-on dissocier l’ergonomie du mobilier de l’ergonomie du poste de travail et de son environnement ?

Nous parlions d’environnements direct et alentour. Ils sont en perpétuelle interaction. La conception d’une situation de travail nécessite alors une réflexion sur le global (environnement alentour, organisation du travail, management, …) et sur le « local » (environnement direct, le poste de travail et son mobilier). Il reste important de centrer leurs interactions sur l’utilisateur final.

Quand on parle qualité de vie au bureau, peut–on se passer d’ergonomie ?

L’ergonomie ne peut pas prétendre résoudre tous les problèmes. Elle n’est qu’un maillon d’une chaîne de plusieurs observateurs (sociologue, sémiologue, ergonome…) qui apportent chacun un regard plus ou moins global sur les situations de travail. Ces dernières changent très vite, au rythme que la société et les mœurs avancent. Les situations de travail sont d’autant plus complexes qu’il y a de déterminants à prendre en compte. Ne serait-ce que les aspects liés à l’employé lui-même et aux éthiques des entreprises. Pour un ergonome, l’intérêt porte sur la place de l’utilisateur dans le processus de conception, c’est-à-dire au cœur. L’ergonomie possède des méthodologies pour conduire la conception des situations de travail avec les utilisateurs et acteurs de l’entreprise.

A propos de la cellule Conception et Innovation du FCBA et l’Innovathèque FCBA :

Loin de l’image très technique que l’on peut avoir du FCBA, la cellule Conception et Innovation du FCBA, ainsi que l ’Innovathèque, sont complémentaires pour une approche orientée Innovation. La cellule conception et innovation du FCBA a pour vocation première d’assister les entreprises du secteur de l’ameublement dans leur démarche d’innovation en leur apportant aussi bien des ressources techniques (matériaux nouveaux, expertises design, ergonomie et usage des produits) qu’un savoir-faire méthodologique propre à l’accompagnement d’une réelle démarche d’innovation au sein de leur processus. Elle regroupe ainsi plusieurs compétences (design, ergonomie, matériaux) qui, grâce à la fertilisation croisée des compétences, connaissances et savoir faire des experts, accompagnent les industriels dans leur processus d’innovation produits/services pour l’usager. L’Innovathèque est au carrefour entre fournisseurs de matériaux innovants, industriels de l’ameublement, designers, architectes. C’est un centre de ressources et de recherche, un lieu de rencontres et d’échanges, un nouvel outil d’aide à la conception pour tous les acteurs de l’ameublement.