Christine HUET - GCI Conseil

L'aménagement des bureaux vue par Christine Huet, consultante en recrutement chez GCI Conseil.

En quoi consiste votre activité ?

Je suis consultante pour un cabinet de conseil en recrutement. Nous travaillons principalement pour les secteurs de l’immobilier, du BTP et dans le domaine industriel à des postes de direction et de management, en middle et en top. Le cabinet existe depuis 18 ans et a été fondé par Georges Citoleux, à l’époque directeur général de SPIE Trindel Ile de France. Son successeur, Guy Dorsner, a gardé cette spécificité en élargissant l’activité à la construction et à l’industrie. Nos principaux clients sont de grands groupes et des PME industrielles, parmi lesquels on peut citer Vinci Energie.

Pourquoi un recruteur s’interesse t-il à la qualité de vie au bureau ?

Psychologue clinicienne, j’ai commencé par être consultante à mon compte avant d’intégrer le cabinet où je suis actuellement. J’ai une sensibilité particulière à tout ce qui a trait à l’aménagement et à la décoration. Dès mon arrivée, j’ai proposé de refaire les locaux ! Chacun a pu personnaliser son bureau. Aujourd’hui, nous nous sentons bien dans nos bureaux et nous pouvons aussi bien accueillir les candidats que nous recevons. 
Qu’ils soient en poste où qu’ils changent d’entreprise, les salariés sont de plus en plus sensibles à la notion de bien être au travail. Cela devient une revendication des salariés, et un enjeu supplémentaire pour les entreprises face à la pénurie de candidats. C’est d’ailleurs le fleuron actuel du marketing RH : attirer et fidéliser les talents. 
La qualité apportée au lieu, à son équipement, sa décoration, son ambiance, est une façon d’accueillir le collaborateur, qui va faire qu’il va se sentir à sa place, qu’il va se sentir attendu et respecté. Et quand on se sent bien dans son entreprise, on est plus motivé, donc on est plus performant. A l’inverse, un individu qui se sent mal va démotiver toute une équipe.

La qualité de vie au bureau, outil de recrutement ?

Du fait de la pénurie de salariés dans certains secteurs, les DRH ne peuvent plus se permettre de laisser partir les talents, d’où la multiplication des actions et des services dédiés au bien être. C’est une grande vague qui va aller crescendo, et ceux qui n’en tiendront pas compte auront de plus en plus de mal à recruter.

Il existe déjà une pénurie structurelle de candidatures par exemple dans le BTP. Ce secteur manque cruellement de candidats pour les postes d’encadrement, en partie en raison de l’image du secteur. La pénurie est telle que tous les profils recherchés sont déjà en poste, et que ceux qui postulent dans le BTP nous disent être contactés trois fois par semaine. Certaines entreprises se voient même obligées de refuser des chantiers parce qu’elles n’ont pas assez de personnel d’encadrement. La perte se chiffre en millions d’euros !

Depuis la crise des années 2000, les candidats sont en position de force dans certains domaines ( commercial, informatique). Si l’employé se sent mal dans son entreprise, il n’hésitera pas à aller ailleurs. On assiste donc a un véritable retournement de situation : c’est l’entreprise qui doit "se vendre" auprès des salariés. On peut voir aujourd’hui des publicités du type « rejoignez notre entreprise » et des primes données aux candidats qui cooptent un autre candidat.Toutefois, rares sont les chefs d’entreprise qui ont compris l’enjeu de management que représentait l’aménagement et l’équipement des bureaux. Cela commence par des solutions pour le moment plutôt anecdotiques comme les massages aux salariés, par exemple, mais sans une réflexion complète sur l’organisation du travail, des temps et des lieux du travail.

Etes-vous amenée à faire ce type de préconisations aux dirigeants d’entreprise ?

Notre rôle n’est pas de faire des préconisations. Nous préférons choisir nos clients en fonction de leur sensibilité à ce domaine. L’ancien président d’un de nos principaux clients avait l’habitude de dire « Je veux de belles entreprises ». Le retour d’expérience des candidats nous prouve la valeur ajoutée d ’une belle entreprise. Certains dirigeants commencent à se rendre compte de la vraie plus-value qu’apporte la qualité des espaces de leur entreprise mais celle -ci doit toujours être accompagnée d’une justification liée à l’efficacité et la performance sur le long terme. Or la relation entre bien être et performance est difficilement mesurable.

Quelle place tient l’aménagement dans le bien être ?

Je mets un point d’honneur à visiter mes clients en début de mission, car ma première impression est souvent celle qu’auront les candidats. L’aménagement intérieur donne une image de l’entreprise et du dirigeant. L’accueil, la manière dont les bureaux sont organisés et aménagés, la qualité du poste de travail, du bureau, du siège, de l’éclairage, bref tous ces élements ont une très grande importance, même si je ne nie pas que la qualité de la relation à son manager et aux autres collaborateurs est également primordiale.

Que pourriez-vous dire aux chefs d’entreprise ?

Ne pas tenir compte de l’aménagement et du bien être des salariés dans l’ entreprise va finir par poser un vrai problème aux entreprises. Elles doivent répondre à l’expression des besoins des salariés et faire preuve de modernité, d’innovation, avoir des idées, communiquer...Déjà, pour certains profils "pénuriques", l’entreprise a du s’adapter et faire du sur-mesure afin de trouver la bonne personne. Le conseil que nous leur donnons est de mieux prendre en compte les attentes individuelles parce que celles-ci auront une répercussion importante sur l’efficacité de l’entreprise.

Quelques chiffres sur la pénurie de salariés :

- 100 000 emplois non pourvus en Ile de France ; 
- Les secteurs qui peinent à recruter des ouvriers : BTP, propreté, maintenance ;
- Les secteurs en manque de cadres : informatique, commerce
- Pour 72% des PME interrogées, les difficultés de recrutement existent depuis au moins deux ans, et se sont même accentuées pour 24% d’entre elles ;
- Les conséquences sur l’activité des entreprises se traduisent soit par des répercussions sur leur chiffre d’affaires et leurs conditions de travail pour 40% d’entre elles (52% des TPE subissent des répercussions sur leur chiffre d’affaires), soit par un abandon des démarches de recrutement pour 54% des entreprises interrogées ;
- Ce sont principalement les entreprises de plus de 20 salariés qui rencontrent ces difficultés (43% pour les entreprises de + de 100 salariés, 47% des entreprises de 20 à 99 salariés).
(source : CCIP)

- 300 000 emplois non pourvus dans les TPE.
(source : Tous Pour l’Emploi)
- Face à l’arrivée de la retraite des baby boomer, 40 % d’employeurs en 2007 (ils n’étaient que 30 % en 2006), déclarent être confrontés à des difficultés de recrutement. La France est le pays le plus fortement touché par la pénurie de candidats qualifiés en Europe. 
(source : étude Manpower, mars 2007)