Chapitre 4 - Le choix du bâtiment de la tour au campus

On ne peut isoler le cadre de travail de son contexte, c’est-à-dire du bâti et, plus largement, de son cadre urbanistique. En avant donc pour une rapide typologie des ensembles de bureaux.

Par-delà l’aménagement, l’ergonomie et la décoration plus ou moins soignés de l’espace de travail, la qualité de vie au bureau passe aussi par la qualité du bâti, dont dépendent pour partie les modes de circulation et de communication. Nous examinerons successivement les trois grandes configurations de référence : la verticalité de la tour et ses ascenseurs ; l’horizontalité de la barre et ses coursives ; la transversalité du campus et ses jardins, avant de dire un mot, développement durable oblige, de leurs problématiques environnementales respectives.

Une logique donnant-donnant : Les projets d’aménagement de l’île Seguin à Boulogne-Billancourt sont, de ce point de vue, emblématiques. Pour justifier ses choix urbanistiques (337 000 m2 de surface constructible sur l’île et cinq tours de bureaux culminant à 160 m), le maire ne cache pas que l’équilibre financier de son projet repose sur la création d’un quartier de bureaux : « Pour avoir 140 000 mètres carrés d’équipements culturels et cette concentration unique en Europe, j’ai dû faire un geste sur les terrains. Idem pour les hauteurs : elles permettent d’avoir 4 hectares d’espaces verts ».

Source : Les Échos, 16 juin 2011, p. 4.

Les deux plus hautes tours de France : Il s’agit des deux tours Hermitage à La Défense. Hautes de 320 mètres, plus donc que leur voisine la tour First (231 m), qui vient elle-même de détrôner la tour Montparnasse (210 m), elles devaient être implantées entre la Grande Arche et le Cnit. Le projet a été approuvé le 15 juin 2011, et les bâtiments devaient être disponibles en 2016. Mais leur construction suppose la démolition de trois immeubles de logement, et les associations de défense ont obtenu la suspension des travaux, au nom de la lutte contre le « tout bétonnage » et de la défense de la qualité de la vie des habitants.

Source : site Internet Actineo

 

Les tours de bureaux participent de la gestion publique de l’espace urbain puisqu’elles résultent de la recherche d’un équilibre des coûts et des recettes par la valorisation du foncier : les aménageurs « vendent », en quelque sorte, de la tour de bureaux aux collectivités locales en contrepartie d’espaces verts et d’équipements culturels, ce qui n’est pas sans intérêt à une époque où les finances publiques ne sont guère florissantes.

Sortes de « villes dans la ville », les tours de bureaux peuvent aussi, du moins en théorie, faire bénéficier leurs utilisateurs des aspects positifs de la densité urbaine. Mais il faut pour cela jouer à fond la carte de la mixité d’affectation, et concevoir d’emblée de véritables complexes qui conjuguent espaces de bureau, d’habitation et de loisirs, commerces, etc., autrement dit, comme Le Corbusier, concevoir les tours comme de véritables « machines à vivre et à travailler ».

Par ailleurs, associant la force du signe à la proclamation de la puissance, les skyscrapers, comme les appellent très justement les Anglo-Saxons, écrivent sur le ciel le défi prométhéen de l’homme et le triomphe de sa technique.* De la skyline de Manhattan à celle de La Défense, de Francfort ou, plus récemment, de Hong Kong ou de Shanghai, les tours de bureaux sont indissociables des « quartiers d’affaires », de l’ère industrielle au postmodernisme et sans doute bien après…

Pour l’entreprise, la tour de bureaux symbolise, par sa verticalité et la force de son architecture, l’appropriation d’un double pouvoir de domination : celui, politique, du Prince qui est le représentant de Dieu sur terre, et celui, phallique, du mâle qui montre sa force par la puissance de son érection (on dit d’ailleurs « ériger » un bâtiment).

Les simples utilisateurs des tours de bureaux ne se sentent guère, on s’en doute, concernés par le prix du foncier. Ils sont, les études le montrent, déjà plus sensibles au prestige que l’entreprise tire de sa prééminence (au sens propre comme au sens figuré**) et à ses retombées sur leur propre image.

Le conflit latent entre le dessus et le dessous

Mais c’est sans doute à la morphologie plus ou moins adaptée des espaces et à la fonctionnalité plus ou moins grande des dispositifs de circulation qui concourent à structurer les pratiques de communication (entre la verticalité des ascenseurs et l’horizontalité des cheminements dans les étages) que les salariés jugent leurs tours de bureaux. La topographie de la tour exacerbe le conflit latent entre le « dessus » et le « dessous », le « en-haut » et le « en-bas », qui conduit à considérer les niveaux supérieurs comme plus prestigieux – et ce d’autant plus que l’immeuble domine son environnement.

Pas étonnant donc que, bien au-delà des nécessités fonctionnelles et organisationnelles, les services se battent pour conquérir la position la plus élevée possible dans l’immeuble. Pas étonnant non plus que le dernier étage soit traditionnellement celui des bureaux, des salons et des salles à manger de la direction, qui peut ainsi en imposer un peu plus encore à ses visiteurs en leur offrant une vue panoramique imprenable.

* Cette forme architecturale est d’ailleurs loin d’être récente. Sans remonter jusqu’à la Tour de Babel ou au donjon des châteaux forts et à la flèche des cathédrales, on peut citer par exemple les 167 maisons-tours de Florence et leurs 72 jumelles de San-Gimignano.

** « Ma tour est plus haute que la tienne » : on retrouve ici, au pied de la lettre, le symbole phallique.

À l’inverse, les étages intermédiaires et inférieurs abritent les collaborateurs plus ou moins lambda, tandis que cantines et salles de réunion, souvent reléguées dans les sous-sols et pauvrement éclairées, ne sont pas sans évoquer un habitat troglodyte à l’usage de travailleurs cavernicoles…

Entre les étages, l’outil de communication quasi exclusif est l’ascenseur (les escaliers n’étant, de facto sinon de jure, que des « issues de secours »). C’est dire si ses caractéristiques (nombre, implantation, capacité, vitesse, étages desservis etc.) jouent un rôle déterminant dans l’efficacité des liaisons verticales, en particulier en termes de fluidité aux heures de pointe. Et si leur commodité, leur confort, leur éclairage, leur décoration sont déterminants dans le jugement que portent leurs usagers sur leur qualité de vie au travail.

Pour autant, cette primauté de la verticalité ne doit pas faire oublier l’importance des circulations horizontales au sein d’un même étage ou entre deux étages connexes. C’est là qu’une subtile alchimie intervient, qui sublime la géométrie des plateaux (type d’agencement : circulaire, linéaire, radial…) et l’arithmétique de leurs ordres de grandeur (longueur, largeur, profondeur, hauteurs sous plafond…), mais aussi les perspectives, l’éclairage, les points de repère, la signalétique… pour créer, selon le cas et le talent de l’architecte, soit un dédale oppressant de coursives blafardes qui semblent mener à des oubliettes, soit des couloirs lumineux et attrayants qui rendent l’orientation naturelle et l’espace intelligible.

Des points de rencontre où se tisse le lien social

Parmi les éléments structurants, il faut rendre aux cafétérias et autres espaces conviviaux la place qu’ils méritent : dans le budget d’abord, parce qu’ils sont créateurs d’un bien-être qui génère du retour sur investissements ; dans l’espace ensuite, parce que, à l’image du puits ou du lavoir jadis, ils sont des points de rencontre où se tisse le lien social. Nœuds de communication, ils doivent être des carrefours de circulation.*

Un mot sur les problèmes de « jour », déjà évoqués à propos des open space, et qui se posent ici aussi : plus une tour est massive et plus on y compte de salariés installés près du noyau, donc condamnés à l’éclairage artificiel. Solution : limiter les cloisons pour profiter des « seconds » voire des « troisièmes jours ». D’où des plateaux très vastes, d’où aussi des déambulations gênantes entre les postes de travail et un manque d’intimité, deux inconvénients qui peuvent être atténués par le recours aux cloisons en verre plus ou moins dépoli. Ou, mieux encore, à des « puits de lumière » qui font entrer le jour jusqu’au cœur des bâtiments tout en modelant des volumes intérieurs intéressants.

Citons encore, parmi les facteurs qui accroissent le sentiment d’enfermement, les règles liées aux immeubles de grande hauteur (interdiction d’ouvrir les fenêtres, d’accéder aux terrasses, multiplication des coupe-feu qui cloisonnent l’espace…), les lois antitabac qui contraignent les fumeurs à sortir dans la rue pour griller une cigarette, les portiques de sécurité…

* Voir l’étude pionnière du Centre de recherche en gestion de l’école Polytechnique qui, dans la deuxième moitié des années 1980, avait porté un regard décapant sur « une tour de cinquante étages du quartier de La Défense où travaillaient quelque 4 000 personnes », à savoir le siège d’Elf. Voir Jacques Girin, La communication dans une tour de bureaux, Annales des Mines, série « Gérer et Comprendre », n° 9, décembre 1987.

De la Tour de Babel à la flèche des cathédrales, la folie des hauteurs a longtemps traduit la volonté de tutoyer Dieu. Ce n’est que depuis la fin du xixe siècle que l’invention de l’ascenseur et la mise au point de la construction à armature métallique ont permis à l’architecture verticale d’investir le domaine profane… et de coloniser la planète.

Une logique de concentration. Pourquoi entasser tant de monde ? Si ce choix se justifie à New York ou à Singapour où l’on manque de surfaces constructibles, l’argument de la densité du tissu urbain ne tient pas partout, notamment en France où les tours sont souvent reléguées loin des centres-villes, ni même à La Défense, où elles sont assez éloignées les unes des autres. D’un point de vue environnemental, si l’on est aujourd’hui capable de construire des immeubles de bureaux à énergie positive, la tour est loin d’offrir le meilleur rapport qualité/prix à cet égard.

Communication et espaces verticaux. Les tours sont censées offrir des espaces ouverts favorisant le travail en commun et la communication. Au-delà de la promesse commerciale, on peut se demander si la concentration de population qu’elles induisent favorise réellement les rapports humains. Le moins que l’on puisse dire est que le retour sur expérience de leurs utilisateurs ne va pas massivement dans ce sens…

Le « mal des tours » : mythe ou réalité ? Dans les années 1980, on débattait beaucoup de l’existence de pathologies spécifiques liées à la hauteur des tours, notamment à leur ventilation et leur climatisation. Si les études sont rassurantes sur ce point, on peut continuer à s’interroger sur les effets anxiogènes de l’architecture verticale : malaise lié à l’altitude, à la rupture du contact avec le sol vécue comme un déracinement, à l’environnement aseptisé et contrôlé (air conditionné, impossibilité d’ouvrir les fenêtres…), à la désorientation dans un monde clos et sans horizon où circulation et communication ne tombent plus, littéralement, sous le sens, ou bien, au contraire, où la transparence intérieure et extérieure brouille les repères. À quoi s’ajoute, sur le plan humain et social, l’anonymat, le manque d’intimité, la densité de population parfois vécue comme une promiscuité, etc.

Le fait qu’une tour n’ait qu’une seule issue accroît l’impression d’enfermement. En outre, le traumatisme du 11-Septembre contribue à renforcer le fantasme de la tour infernale. Par ailleurs, il est légitime de s’interroger sur la manière dont les salariés perçoivent les dispositifs de contrôle mis en place pour assurer leur sécurité.

Dans les années 1980, l’architecture de la tour traduisait une hiérarchie affichée et pesante dont, au propre comme au figuré, « les ordres tombaient du ciel ».

Aujourd’hui, on parlerait davantage de standardisation, d’appauvrissement des plateaux, de contraintes liées aux espaces ouverts ou aux nouvelles technologies.

Source : Élisabeth Pellegrin-Genel, architecte et psychologue du travail. Rencontre Actineo « tours de bureaux, tours infernales ? », 25 mars 2009.

Les tours prestigieuses de la Société Générale

La construction de tours s’inscrit dans la tradition immobilière de la Société Générale qui se plaît à travailler avec de grands noms. Les tours Chassagne et Alicante ont ainsi été signées par Andrault et Parat, le projet de Val de Fontenay par Oscar Niemeyer et la tour Granite par Christian de Portzamparc. Pour cette dernière, le projet visait deux objectifs supplémentaires : la maîtrise de la consommation d’énergie et une amélioration des normes de confort par rapport aux immeubles de grande hauteur (IGH) de l’ancienne génération. Mission accomplie, puisque Granite est la première tour certifiée haute qualité environnementale (HQE) et qu’elle s’est vu décerner le Grand Prix du SIMI (Salon de l’immobilier d’entreprise) en 2008.

Un travail de communication a été réalisé pour expliquer aux collaborateurs comment se comporter dans un immeuble HQE, tandis que des enquêtes évaluaient leur degré de satisfaction. Les premiers retours sont positifs, et les salariés semblent fiers de travailler dans une tour aussi moderne. Par ailleurs, les études montrent que les jeunes générations privilégient La Défense ou Paris intra-muros et qu’à aucun moment, elles ne s’inquiètent de devoir travailler dans une tour. En revanche, elles expriment de fortes attentes en matière de réseaux et de travail en mobilité. Le modèle jusque-là dominant du bureau individuel dans un quartier haussmannien aurait-il fait son temps ?

Source : Patrick Chausse, Immobilier d’exploitation, Société Générale. Rencontre Actineo, « Tours de bureaux, tours infernales ? », 25 mars 2009.

Tours d'aujourd'hui : retrouver le rapport au sol

Les tours d’ancienne génération. Ces immeubles – tour Arago ou Aurore, par exemple – ont une hauteur inférieure à 100 mètres et une surface par niveau de moins de 1 000 mètres carrés. Pour des raisons de sécurité, elles proposent des espaces cloisonnables, occupés par des bureaux fermés équipés de ferme-porte et de cloisons coupe-feu.

La tour Axa est un exemple parfait de « tour infernale », dans la mesure où elle est constituée de trois pans qui ne communiquent pas entre eux. Mais la rénovation dont elle fait actuellement l’objet devrait permettre de créer des voies de circulation entre ces différents espaces.

La tour Gan est, elle aussi, issue d’une ancienne génération. La distance réduite qui sépare sa façade de son noyau y renforce encore l’impression de cloisonnement.

Le complexe immobilier Cœur Défense est constitué de deux tours relativement étroites (7 mètres entre façade et noyau) unies par un noyau. Elles offrent des superficies de l’ordre de 1 700 mètres carrés SHON par niveau, avec encore une grande quantité d’espaces cloisonnables, mais des extrémités conçues comme des espaces paysagers.

Les enjeux actuels. Le problème de la communication au sein des constructions verticales a été résolu grâce aux améliorations technologiques qui ont permis de réduire considérablement le temps d’attente de l’ascenseur. Les avancées techniques ont permis de réels progrès en ce qui concerne la qualité de la lumière intérieure.

Les tours de nouvelle génération. Les constructions récentes apportent une réponse à la question du rapport au sol. Dotées de façades de plus en plus minces (celle de Cœur Défense a une épaisseur de moins de 16 centimètres) elles permettent désormais aux personnes qui se trouvent à des étages élevés d’apercevoir le sol, ce qui n’était pas le cas par exemple dans la tour Areva.

L’accès à l’air libre est souvent impossible dans les tours françaises où la régulation de la température interdit généralement d’ouvrir les fenêtres. Pour résoudre ce problème, la tour Malunga a été équipée à chaque niveau de balcons et de loggias, qui permettent de surcroît aux salariés de sortir fumer plus facilement.

Source : Andrès Larrain, architecte directeur adjoint, Agence Jean-Paul Viguier. Rencontre Actineo, « Tours de bureaux, tours infernales ? », 25 mars 2009

De la verticalité à l'horizontalité : Axa France 

Rénover la Tour Axa, l’une des trois tours que le groupe occupait à La Défense, était mission impossible, ne serait-ce que parce ce que cela aurait impliqué de reloger pendant les deux à trois ans qu’allaient durer les travaux, ses 3 000 occupants dans un site unique, facilement accessible par les transports en commun.

Nous avons donc décidé d’en sortir définitivement. Nous souhaitions que les collaborateurs se retrouvent sous le même toit, mais nous ne voulions plus d’IGH (immeuble de grande hauteur). Au lieu d’une barre, nous avons préféré plusieurs immeubles qu’il fallait donc relier d’une manière ou d’une autre, le but étant de favoriser une communication interne plus « horizontale ». Nous avons opté pour un bâtiment composé de trois blocs de huit niveaux, interconnectés, pour faciliter la convivialité et les échanges, par une rue intérieure souterraine autour de laquelle s’organisent les lieux de vie : conciergerie, espace services, espaces de restauration, cafétéria, salles de réunions, locaux du Comité d’entreprise. On peut aussi y organiser des expositions. Les gens s’y croisent et s’y rencontrent indépendamment de leur vie professionnelle, ce qui facilite la communication informelle.

L’avantage de ce modèle est aussi qu’il peut évoluer dans le temps pour accueillir de nouveaux collaborateurs dans un espace cohérent, ce qu’une tour ne permet pas. Outre l’économie de coûts qu’il permet par rapport à une tour, un immeuble horizontal présente plusieurs avantages :

• Une bonne luminosité, même aux étages inférieurs.

• Des espaces de travail à dimension humaine.

• L’intégration de plain-pied dans un lieu de vie.

• Une rue intérieure horizontale, à l’opposé de la circulation verticale autour de l’ascenseur.

• Une mise en œuvre plus facile de la réglementation antitabac.

Source : Dominique Denis, directeur d’Axa France Support. Site Internet Actineo.

De la ville aux champs : Campus MICROSOFT

Le Siège social de Microsoft France a été inauguré en octobre 2009.

Implanté à Issy-les Moulineaux, en bordure du périphérique parisien et à la lisière de Seine-Ouest, il appose la marque et les couleurs du géant mondial de l’informatique sur ce nouveau pôle des médias et des techniques de communication.

Ce réaménagement s’inscrivait dans une stratégie de développement à dix ans dont les bases ont été jetées en 2005. Il s’agissait d’offrir aux microsoftees un environnement de travail attractif, favorisant la collaboration en interne mais aussi en externe, tant avec les partenaires qu’avec les clients et leurs écosystèmes, et d’interfacer en douceur Microsoft avec le monde extérieur et les institutions.

L’immeuble, situé en bord de Seine, installe une identité visuelle forte sans être hégémonique dans le paysage urbain d’Issy-les-Moulineaux. Le bâtiment, un R + 7 ou 8, est tout en transparence et en lumière avec ses 25 000 m² de baies vitrées. Il est divisé en 3 ailes et accueille désormais les quelque 1 700 collaborateurs de Microsoft France, de Microsoft France Recherche et Développement, et des activités internationales de Microsoft basées en France.

L’espace d’accueil (100 000 visiteurs attendus chaque année !) se veut très ouvert sur l’extérieur. Au dehors, le bâtiment est bien intégré dans son milieu urbain et son quartier. Au-dedans, un jardin réel et virtuel, minéral et végétal, accentue la référence au campus, censé favoriser l’imaginaire et la créativité, au même titre que les matériaux et les couleurs des aménagements.

Chacune des trois ailes du site se caractérise par une couleur dominante rappelant la marque Windows : le vert dans l’aile Canopée (à l’est), le bleu dans l’aile Oxygène (au centre), l’orange dans l’aile Énergie (à l’ouest). Le logo est discrètement présent en défonce sur certains meubles, tandis que les couleurs institutionnelles de la marque sont réinterprétées dans des tons plus pastel.

Source : site Internet Actineo.

La tour de bureaux, à plus forte raison quand elle est implantée sur une dalle comme à La Défense, renvoie à un modèle « hors sol », à une ruche dont les points de contact avec la ville sont somme toute très limités. Topologiquement et symboliquement, la tour et ses occupants ne sont plus dans la cité, ils la surplombent et la dominent…

L’immeuble horizontal, à l’inverse, replace le bureau et ses occupants dans la cité classique, avec ses rues et ses avenues, ses terrasses de café, ses restaurants ; ses boutiques… Ou bien dans la ville nouvelle et les quartiers tertiaires, avec leurs espaces de circulation, de socialisation et de détente, leurs jardins et autres « coulées vertes ». La barre, dans son horizontalité, est autre chose qu’une tour couchée dans la mesure où elle fonctionne en trois dimensions : ouverte de façon principale sur une rue ou une coursive qui reste linéaire même si elle est incluse dans un « pâté de maisons », elle conjugue à la fois les hauteurs et les largeurs des immeubles qui la constituent, celles-ci pouvant être modulées à leur gré par les architectes en fonction des attentes formulées par les entreprises.

L’immeuble horizontal traduit donc beaucoup plus la symbolique du pouvoir temporel marchand appuyé sur des échanges qui se font tout au long des espaces de circulation et de socialisation. Il peut aussi, beaucoup plus facilement que la tour, se moduler, se modeler en fonction des visions – ou plus prosaïquement des besoins – des entreprises.

à la manière d’une brique de Lego, le bâtiment horizontal peut être utilisé comme module de base d’une combinatoire architecturale complexe, ce qui permet des configurations conceptuellement et visuellement variées avec, un peu comme dans les souks, des sous-ensembles spécialisés par fonction, constitués par exemple de sortes de « pavillons » qui répartissent l’organisation du travail et l’articulent sur des nœuds de pouvoir et de communication internes et externes.

Le bâtiment horizontal, chargé d’une symbolique moins forte que la tour, permet à la fois une plus grande souplesse et une plus grande lisibilité de l’agencement, ce qui facilite la « lecture » de l’entreprise, de l’extérieur comme de l’intérieur. Mais contrairement aux tours qui tendent à se regrouper, encourageant ainsi l’émergence de quartiers d’affaires, les barres de bureaux favorisent l’étalement de la ville, ce qui, en consommant du foncier et en augmentant le temps de transport des salariés, va à l’encontre du « développement durable ».

En termes de circulation, l’horizontalité des immeubles de bureaux nécessite plus de marche à pied que dans les tours où ce sont les ascenseurs qui sont mis à contribution. Mais les déplacements peuvent être réduits en jouant sur la modularité qui facilite le rapprochement des équipes, services, directions, départements, etc., tout en facilitant la gestion des identités et des communications dans et entre les composantes de l’entreprise.

Grâce à leurs grandes surfaces de contact avec l’extérieur, ces immeubles ont une meilleure exposition au soleil, ce qui améliore l’accès aux premier et deuxième jour, et permet une organisation plus ergonomique et une optimisation de l’espace de travail. Enfin, moins soumis aux règles de sécurité que les immeubles de grande hauteur, en particulier en matière d’ouverture de fenêtres, ils sont plus à même que les tours de satisfaire les demandes « archaïques* » des salariés en termes de relation au monde extérieur.

 

Par rapport aux deux modèles précédents, le campus d’entreprise fait figure de petit nouveau, tout particulièrement en France où les premiers exemples connus ne datent que du début des années 2000.** Le campus est lui aussi fondé sur l’horizontalité, mais comme l’étymologie nous l’indique (campus = « champ » en latin), cette horizontalité se déploie au sein d’« espaces verts ». Le campus d’entreprise, ce n’est pas tout à fait le bureau à la campagne, mais c’est déjà la nature qui entre au bureau. C’est également un espace de travail et de « vivre ensemble » qui revisite le modèle plus moins mythique et idéalisé du « village » d’antan, en imitant, notamment, ses lieux de socialisation et de rencontre (l’agora).

** Selon Jung, nous naissons nantis d’un « inconscient collectif » hérité des générations qui nous ont précédés, d’une « mémoire archaïque » peuplée de figures et d’images ancestrales qui sont autant de sédiments déposés par l’expérience psychique de nos ancêtres.

** On notera toutefois que Total, dans le 16e arrondissement de Paris, ou Sanofi, à Romainville, par exemple, avaient déjà adopté pour leur siège des configurations s’apparentant à de petits campus avec des immeubles répartis autour d’espaces verts. Et ce n’est sans doute pas un hasard si au début des années 1990 le CNRS, à la recherche d’un nouveau site pour sa direction générale, a jeté son dévolu sur le siège de Total et l’a rebaptisé Campus Michel-Ange.

Le mot « campus » a été utilisé pour la première fois en anglais au début du xviiie siècle pour désigner les terrains et les constructions de l’université de Princeton dans le New Jersey. Peu à peu étendu à toutes les emprises universitaires des États-Unis, il a fini par s’appliquer aux complexes de bureaux de certaines sociétés (généralement high-tech), notamment ceux qui comprenaient plusieurs bâtiments implantés dans des espaces verts. Le siège social de Microsoft à Redmond (État de Washington), par exemple, a été baptisé « Microsoft Campus ».

Le campus ne symbolise donc plus le pouvoir du Prince (qui tire sa légitimité temporelle de son rôle de représentant du divin), ni celui du marchand (lié au contrôle qu’il exerce sur la circulation des richesses), mais celui des clercs (c’est-à-dire des lettrés, des savants), qui naît de la production et l’échange des savoirs. Le succès du modèle du campus dans le monde de l’entreprise traduit ainsi une véritable rupture théorique dans la conception du travail et de son organisation. C’est la victoire du modèle productif universitaire sur le modèle productif industriel taylorisé et « néo-taylorisé ». Il préfigure par là l’avènement d’un mode de travail autonome, faiblement hiérarchisé et en « réseau » dans le cadre d’une société du savoir, elle-même organisée en réseau.

On voit bien, en effet, le lien qu’il est possible d’établir entre la « société de la connaissance » et un type d’entreprise dont la compétitivité reposerait sur sa capacité à mobiliser des savoirs, mais, plus fondamentalement, sur son aptitude à produire des savoirs créatifs. Compte tenu de ce que l’on sait des comportements humains, une telle perspective ne peut se concevoir sans une vision du travail qui permette à tout un chacun de se réaliser pleinement dans sa vie professionnelle. Le campus implique donc tout à la fois des espaces agréables à vivre et conviviaux, et des formes d’organisation du travail faiblement hiérarchisées, où l’imagination créatrice aurait pris le pouvoir.

La question est maintenant de savoir si le modèle du campus d’entreprise annonce la fin de la primauté des gratte-ciel et des « quartiers d’affaires », ou s’il restera un épiphénomène, une niche sur le marché de l’immobilier de bureaux, ne serait-ce que parce qu’il est trop consommateur de foncier, d’abord en termes de bâti, mais aussi en termes d’espaces de circulation rendus nécessaires par l’éloignement des immeubles qui le composent.

* De même, comme on l’a vu précédemment, le siège social de la filiale française du Géant de Redmond s’appelle le Campus Microsoft.

Des champs à la forêt : Dassault systèmes à Vélizy 

Dassault Systèmes Campus, implanté à Vélizy dans l’écrin de verdure de la forêt de Meudon, est une plateforme collaborative qui connecte plus de 8 500 collaborateurs. Son architecture et son infrastructure traduisent la capacité d’innovation du groupe, tout en symbolisant son engagement à long terme et sa volonté de laisser aux générations futures un environnement propice à l’acquisition des connaissances et à l’épanouissement.

Source : Nicolas Derely, directeur de la sécurité et de l’immobilier, Dassault Systèmes Rencontre Actineo « Le campus, site innovant pour travailler mieux ? », 6 avril 2011.

Des bureaux-cabanes dans les arbres :  le nouveau siège de Quiksilver à Saint-Jean-de-Luz

Quiksilver avait décidé de doubler la superficie de son siège social européen de Saint-Jean-de-Luz afin de pouvoir réunir l’ensemble de ses marques sur un même site. C’est en mai 2010 que le voile a été levé sur le nouveau vaisseau amiral du groupe, un lieu de vie et de travail original et éco-responsable, implanté dans le prolongement du bâtiment d’origine au milieu d’un parc boisé de 11 hectares. Le nouvel espace de travail accueille aujourd’hui quelque 500 employés (moyenne d’âge 30 ans) et une douzaine de nationalités différentes sur 14 000 m² de bâti. À flanc de colline, nichées entre océan et montagne comme un clin d’œil aux deux éléments emblématiques des logos Quiksilver et Roxy, se dressent cinq cabanes satellites disposées en arc de cercle autour d’un bâtiment central (l’Agora) et interconnectées par un réseau de passerelles et une artère intérieure.

La cabane, symbole par excellence de l’habitat naturel. La cabane fait partie de l’univers du montagnard et de celui du surfeur. C’est donc tout naturellement que cet archétype s’est imposé dans ce projet. L’architecte Patrick Arotcharen a misé sur la clarté et la légèreté en privilégiant les armatures en bois et en verre, montées sur une base en béton à peine perceptible. Pour le soutènement, il a une nouvelle fois joué sur l’imaginaire de la forêt et a travaillé les poteaux porteurs comme autant de troncs d’arbre. Les cabanes dans les arbres sont des vitrines ouvertes sur le monde qui stimulent l’imaginaire et la créativité, désacralisent la vie de bureau et transforment les espaces de travail en lieux de plaisir et de communion avec la planète. Chacune des cabanes accueille une marque ou un département du groupe. Toutes sont organisées de la même manière avec, au sous-sol, un showroom ouvert sur l’arc de circulation, et aux étages les créatifs.

L’agora, centre névralgique du campus. Édifice plus massif, aux lignes plus géométriques, l’agora est faite des mêmes matériaux que les cabanes et, comme elles, favorise la communion avec la nature. Sa partie supérieure accueille la direction qui est ainsi placée au cœur de la vie de l’entreprise. Reliée à l’ensemble des satellites nichés dans la forêt et adossée perpendiculairement au premier bâtiment « historique » du groupe, l’agora matérialise ainsi le lien symbolique entre l’ancien et le nouveau campus. Comme chez les anciens Grecs, c’est un espace de rassemblement et de convivialité qui accueille aussi les événements. Elle abrite également le bar et le restaurant d’entreprise où est servie une nourriture bio haut de gamme, préparée par des entreprises locales, servie sur place ou à emporter pour les déjeuners rapides, par exemple avant une séance de sport.

Source : site Internet Actineo.

La prise en compte des impératifs du développement durable est l’une des grandes tendances qui affectent aujourd’hui l’évolution de la construction et des morphologies urbaines. Sous leurs formes les plus accomplies, l’éco-construction et l’éco-urbanisme s’inscrivent dans une perspective de transformation de nos sociétés car elles renvoient à une autre façon de concevoir l’architecture et la ville. Mais on n’en est encore qu’aux premiers balbutiements en la matière, et l’essentiel reste à faire.

Ce mouvement lié à des préoccupations climatiques est encouragé par les pouvoirs publics via la promulgation de mesures réglementaires et de normes auxquelles sont associées des politiques incitatives, principalement dans le domaine énergétique*.

Mais les nouveaux modèles de l’éco-construction tirent également parti des rationalisations économiques qu’ils induisent, notamment en termes d’économies d’énergie. C’est ainsi que des certifications et des labels comme le HQE (Haute qualité environnementale) ont été institués, tant pour les immeubles de bureau que pour les immeubles d’activité. Leur obtention est bien évidemment conditionnée à la conformité à des cahiers de charges plus ou moins contraignants**.

* La nouvelle réglementation thermique 2012, qui est applicable depuis le 28 octobre 2011 aux immeubles neufs, a été anticipée par les promoteurs, qui commencent à livrer des immeubles BBC (bâtiments basse consommation).

** On sait qu’au-delà des bâtiments HQE sont recherchés aujourd’hui des bâtiments à « consommation énergétique positive » (BEPOS).

*** La démarche HQE comporte 14 ensembles de critères parmi lesquels figurent : le faible impact environnemental du chantier, la gestion de l’eau, le confort acoustique, le confort hygrothermique, la qualité sanitaire de l’air, la gestion des déchets d’activité… Les bâtiments qui, selon la démarche Haute Qualité Environnementale, ont une consommation d’énergie inférieure à « 50 % de la RT 2005 » peuvent être labellisés BBC – bâtiments basse consommation. Cette efficacité énergétique peut être obtenue par l’action combinée de plusieurs facteurs tels que l’orientation, le type d’architecture, le choix des matériaux et la qualité de l’isolation.

Les contraintes HQE s’invitent ainsi dans la conception des immeubles de bureaux, et viennent en quelque sorte se superposer ou se conjuguer aux impératifs évoqués précédemment***. Il convient donc de les prendre en compte au moment des choix fondamentaux. Faut-il, par exemple, opter pour un immeuble de grande hauteur, certes économe en foncier mais dévoreur d’énergie et donc ruineux en coût de fonctionnement ? Faut-il préférer un campus, moins coûteux en fonctionnement propre mais globalement plus cher par les déplacements qu’il impose, et de surcroît associé à un modèle de développement urbain horizontal consommateur de mètres carrés ?

Ces contraintes pèsent également sur les aménagements et conduisent, par exemple, en matière d’économies d’énergie, à être beaucoup plus attentif à la consommation des systèmes de climatisation et d’éclairage, mais aussi des équipements électriques et électroniques.

Enfin, par-delà les aspects qui concernent principalement le « dur », ces contraintes conduisent également à remettre en cause les comportements, notamment ceux que nous avons hérités de la bientôt défunte société de consommation Elles se font sentir encore davantage dans les espaces de bureau où les résultats recherchés par les « éco-concepteurs » sont plus qu’ailleurs fortement liés aux pratiques sociales de vie et de travail – tant individuelles que collectives.

Même si les outils et les équipements perfectionnés mis au point ces dernières années pour favoriser le développement durable peuvent aider à réaliser des économies d’énergie, d’eau, de matières premières et de fournitures diverses, ils ne sont pleinement efficaces que si leur mise en œuvre s’accompagne de moins de gaspillage. D’où la nécessité de sensibiliser et de former tous les acteurs à de nouveaux principes et de nouvelles pratiques éco-responsables.

C’est tout un apprentissage qui s’impose ainsi aux salariés, obligés d’intégrer d’autres façons de travailler et de consommer dans les espaces de bureau. Une contrainte supplémentaire qui vient s’ajouter à toutes celles qui pèsent déjà sur eux du fait des évolutions techniques et du renforcement des impératifs de gestion. Ce qui, faute d’un travail managérial capable de faire comprendre et accepter ces nouvelles normes (ou, mieux encore, de les transmuer pour en faire une source nouvelle de motivation), contribue, du moins dans un premier temps et pour les collaborateurs les moins motivés ou les plus vulnérables, à une augmentation de l’insatisfaction et du stress au travail.

 

Bâtiments verts : une cerise sur le gâteau

Actuellement, les deux tiers de l’offre de bureaux neufs en Île-de-France sont estampillés HQE ou THQE. Sur le marché de l’ancien, les bâtiments réhabilités et « verts » sont encore peu nombreux. Le label Vert joue rarement un rôle déterminant dans l’acte l’achat, c’est plutôt une cerise sur le gâteau, à condition que le coût ne soit pas excessif.

Source : Les Échos, 20 mai 2010, p. 26.

Le développement durable dans une pme industrielle : le Siège social de Millet à Bressuire

Le réaménagement du siège social vendéen de Millet visait d’abord à agrandir la surface dédiée aux bureaux, mais surtout à regrouper tous les collaborateurs des services commerciaux et de l’administration des ventes.

Le nouveau bâtiment, conçu par l’architecte Brice Kohler, du cabinet Triade, est à ossature bois, ce qui a permis de gagner du temps en phase de construction (six mois seulement de gros œuvre sur un chantier de moins d’un an au total). Mais cette démarche s’inscrivait aussi dans la philosophie d’un groupe qui privilégie depuis toujours le développement durable. Les Millet père et fils se sont ainsi beaucoup engagés l’un et l’autre sur le front de l’éco-responsabilité, tant à travers l’offre de produits non polluants qu’en encourageant de nouveaux comportements : diminution du papier, recyclage des eaux de pluie, déploiement d’une flotte de véhicules à moteur hybride, encouragement du covoiturage…

La façade nord fait la part belle à de grandes baies vitrées qui laissent entrer un maximum de lumière, tandis qu’au sud les ouvertures sont de petite taille, et protégées du rayonnement direct du soleil par des caissons en bois. La toiture végétale qui couvre tout le bâtiment décline des plantes d’altitude sur un substrat de 7 cm de roches volcaniques.

En termes de bilan énergétique, une climatisation réversible assure le rafraîchissement en été et le chauffage en hiver, et ce à moindre coût grâce à un puits canadien qui récupère l’énergie géothermique du sous-sol, tandis que l’atelier de fabrication de portes et fenêtres en PVC est chauffé avec les copeaux de l’atelier bois voisin. Enfin, l’éclairage fait le plus possible appel à la lumière naturelle. Les eaux de pluie sont, bien sûr, recyclées.

L’opération a coûté 1,5 million d’euros, soit environ 20 % de plus qu’une construction traditionnelle similaire. « Mais il faut tenir compte de l’impact favorable sur l’environnement et sur les consommations d’énergie, ainsi que d’autres retombées plus difficiles à quantifier mais tout aussi positives, notamment sur le bien-être et la fierté des collaborateurs de l’entreprise. La diminution du stress ne se chiffre pas, et le retour sur investissement n’est pas modélisé – mais il ne fait aucun doute », commente Philippe Paugam, PDG du Groupe.

Source : site Internet Actineo