Améliorer la qualité de l’air dans les espaces de travail

Au bureau nous parlons d’ « ambiance thermique », ou « microclimat ». Celui-ci peut varier d’une zone locale à un autre suivant le process utilisé, mais aussi subir l’influence du climat extérieur.

Un cadre de travail approprié est l’une des conditions indispensables au bien-être des employés d’une entreprise. Motivation, performance et santé peuvent être influencées positivement par un aménagement moderne du poste de travail. Or, le climat ambiant du bureau, une bonne qualité d’air, une température adéquate et une aération suffisante contribuent grandement à la satisfaction et au bien-être sur le lieu de travail. La qualité de l’air et les conditions thermiques dépendent de multiples facteurs à prendre en compte.

Cependant, il est important de préciser que les effets de la pollution intérieure sur la santé sont assez méconnus : les liens entre l'exposition aux polluants et le développement d'une maladie ou d'un symptôme n'ont en effet pas encore été suffisamment approfondis. C’est pourquoi un Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) a été créé en 2001, à l’initiative du ministère du logement, afin d'améliorer la connaissance des polluants présents dans l'air intérieur et d'apporter aux pouvoirs publics les éléments nécessaires à l'évaluation et à la gestion des risques.

Nous passons 80 % de notre temps en intérieur (dans les logements, lieux de travail, écoles, espaces de loisirs, commerces, transports, etc). L'air que nous y respirons peut avoir des effets sur le confort et la santé, depuis la simple gêne (odeurs, irritation des yeux et de la peau) jusqu'au développement de pathologies comme les allergies respiratoires.
Les sources sont multiples et sont des facteurs à risque. L’accumulation de ces sources est un facteur aggravant. On y retrouve notamment 3 natures de polluants :

De nature chimique :

Principalement nous parlerons de substances volatiles connues sous le nom de Composés Organiques Volatiles ou COVs. Ces substances sont généralement plus présentes et concentrées à l’intérieur compte tenu de la multiplicité des sources intérieures. Il arrive très souvent que certaines substances que nous trouvons à l’extérieur se retrouvent à l’intérieur (pesticides). On y retrouve l’amiante ou le formaldéhyde qui est présent dans de nombreux produits d’usage courant.

De nature physique :

Les particules en suspension dans l’air sont présentes dans les bâtiments soit par transfert depuis l’air extérieur (pollution due au trafic automobile) soit parce qu’elles sont émises par la combustion (tabac, chauffage, encens, etc…)

De nature biologique :

Nous parlerons ici des moisissures, bactéries, virus, pollens qui sont des agents biologiques que nous retrouvons à l’intérieur des bâtiments. Ils peuvent se développer un peu partout (murs, moquette, sanitaires, circuit d’eau, etc…). Il est important d’avoir une maintenance accrue des systèmes de ventilation pour éviter leur propagation car chaleur et humidité associés à une insuffisance d’entretien des locaux favorisent la prolifération.

Quand nous évoquons « ambiance thermique » nous parlons de divers compostantes :

  • Température
  • Vitesse de déplacement de l’air
  • Humidité
  • Rayonnement infrarouge

Le contrôle de ses paramètres est important afin d’établir la meilleure interaction possible entre l’ambiance thermique et les capacités physiques de l’opérateur.

Un de ces paramètres importants est l’humidité relative. En effet, le corps humain éprouve la même sensation avec une température de 22°C et 80 % d’humidité qu’avec une température de 27°C et 25 % d’humidité. L’idéal étant de trouver le bon compromis entre la température et l’intervalle d’humidité : une solution qui offre une fraîcheur de bien-être sans transpiration.

Au bureau, une humidité de l’air optimale est un facteur de bien-être souvent sous-estimé. Un système de ventilation doit procurer un environnement confortable en termes d’humidité et de température. L’objectif général du contrôle climatique est d’assurer un environnement qui ne soit ni trop froid, ni trop chaud, ni trop sec, ni trop humide, et qui n’ait ni courant d’air, ni odeur. L’humidité de l’air peut avoir une influence sur votre confort. Un air trop humide représente une gêne (mouillé, moite) et peut accélérer la formation de moisissures. D’un autre côté, un environnement qui n’est pas assez humide (généralement en hiver) assèche les voies nasales et respiratoires.

L’air trop sec influence non seulement la sensation subjective de bien-être, mais aussi la santé sur le lieu de travail :

  • Trouble de la voix en particulier dans le cas de profession impliquant une communication orale fréquente ;
  • Transmission des agents pathogènes facilitée (virus grippaux) expulsés par les individus qui restent trop longtemps en suspension dans l’air ;
  • Dessèchement de la peau et démangeaisons (pour une température ambiante de 20 à 22°C, le taux d’humidité relative recommandé est de 40 % à 60 %) ;
  • Sécheresse oculaire notamment lors d’un travail continu devant un écran d’ordinateur (manque de liquide lacrymal) pouvant aller jusqu’à des irritations croissantes des yeux, des sensations de brûlure voire des inflammations et lésions oculaires ;
  • Augmentation de l’électricité statique dans l’air. Les surfaces en plastique (comme celles des imprimantes ou des photocopieuses) et les matières synthétiques (comme les tapis ou le revêtement des sièges) y sont particulièrement sujettes. Une augmentation de l’humidité relative de l’air à environ 50 % permet de réduire nettement les charges électrostatiques ;
  • Augmentation des nuisances causées par les poussières et particules fines. Les principales sources de poussière fine dans les bureaux sont les photocopieuses, imprimantes laser (poussières de la cartouche), matériaux de construction, poussières sur les chaussures et les vêtements, ainsi que toutes les particules introduites avec l’air extérieur (par une fenêtre ou une climatisation). La poussière fine se compose de particules invisibles ultrafines qui pénètrent en profondeur dans l’appareil respiratoire et peuvent irriter gravement les poumons ou provoquer des maladies. Une humidité relative insuffisante renforce la formation et le tourbillonnement des poussières dans les pièces. Au contraire, lorsque l’humidité de l’air est comprise entre 40 % et 60 %, les particules de poussière contenues dans l’air sont enrobées d’un film d’eau.


La Société Américaine des Ingénieurs en Chauffage, Réfrigération et Air Conditionné (ASHRAE) a publié des directives pour un environnement de travail confortable et productif. Selon l’ASHRAE, ces gammes de température représentent les conditions environnementales considérées comme confortables par 80 % des occupants d’immeubles de bureaux. L’ASHRAE recommande les températures et niveaux d’humidité suivants au travail :


Humidité relative – Échelle de Température en Hiver – Échelle de Température en Été
30% – 20.3 / 24.5 °C – 23.3/ 26.7 °C
40% – 20.3 / 24.2 °C – 23.0 / 26.4 °C
50% – 20.3 / 23.6 °C – 22.7 / 26.1 °C
60% – 20.0 – 23.3 °C – 22.4 – 25.6 °C
Remarque : L’humidité relative supérieure à 50 % n’est pas recommandée car susceptible de favoriser la moisissure.

  • Le recours aux plantes est fréquent en vue d’obtenir des résultats immédiats. Non seulement esthétiques, elles absorbent aussi le bruit et peuvent contribuer à la purification de l’air par fixation des poussières ;
  • L’humidification indirecte de l’air par climatisation. Celles-ci peuvent réguler la température et l’air frais, tout comme l’humidité de l’air. Une bonne maintenance de ces installations permet d’éviter les risques de prolifération des agents pathogènes expulsés dans l’air (filtre).
  • L’humidification directe de l’air par humidificateurs d’air installés directement dans le bureau.

La qualité de l’air intérieur des bureaux et la ventilation : une lutte contre la pollution 

La pollution de l’air, à l’intérieur des locaux comme à l’extérieur, est un problème majeur de santé environnementale touchant aussi bien les pays développés que ceux en développement. Les lignes directives OMS 2005 concernant la qualité de l’air sont conçues pour donner des orientations mondiales et réduire les conséquences de cette pollution sur la santé. Étudier la qualité de l’air intérieur et les niveaux de pollution dans les bureaux est assez complexe, en raison de plusieurs facteurs, parmi lesquels :

  • Les plans d’étage des immeubles de bureaux sont souvent changés pour s’adapter au nombre croissant des employés et à la réorganisation qui en découle ;
  • Les immeubles de bureaux subissent souvent des rénovations telles que l’installation d’une nouvelle moquette, de cloisons entre les bureaux, de bureaux individuels et de peinture ;
  • Beaucoup des symptômes manifestes sont vagues et peuvent apparaître au bureau comme à la maison ;
  • Rares sont les directives et normes sur les limites autorisées concernant l’exposition à des produits polluants dans les immeubles de bureaux.


Le NIOSH (Institut National pour la Sécurité et la Santé au Travail, aux États-Unis) a mené des centaines d’études sur les immeubles. Celles-ci indiquent que la plupart des sources de problèmes sont :

  • Une mauvaise ventilation ;
  • Des conditions thermiques médiocres ;
  • Une humidité trop ou pas assez importante ;
  • Des émissions par les machines de bureau, les photocopieuses et d’autres contaminants d’immeubles ;

Aspect ergonomique :
L’OQAI (Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur) nous apprend que le réaménagement d'espaces en bureaux et le fractionnement de salles de réunion conduisent dans certains cas à des dysfonctionnements se traduisant par un inconfort majeur pour les occupants. Une bouche de soufflage pouvant être située dans un bureau alors que celle dédiée à l'extraction sera dans un autre. Une réflexion sur les aménagements de bureau doit être prise en compte dès les phases amont de conception de futurs bureaux.

Les solutions et recommandations pour ventiler les bureaux

Un bureau ventilé de manière inégale ou un système de ventilation mal conçu peut contribuer au développement de toutes sortes de polluants de l’air intérieur. Les polluants de l’air peuvent apparaître directement dans l’immeuble ou être amenés de l’extérieur. Parmi les sources venant de l’extérieur de l’immeuble, on trouve :

  • Le pollen, la poussière et les spores fongiques ;
  • Les gaz d’échappement des véhicules ;
  • Les odeurs des bennes ;
  • Les polluants venant d’autres immeubles ou ressortant de l’immeuble lui-même.

Parmi les sources développées directement dans l’immeuble, on trouve :

  • Les composants de l’immeuble et l’ameublement ;
  • La fumée de cigarette ;
  • Les activités d’entretien ou de rénovation (peinture, etc.) ;
  • Les produits de ménage ;
  • Les conditions insalubres (eau qui stagne dans des canalisations bouchées ou des fosses septiques) et dégâts des eaux ;
  • Des émissions par des équipements de bureau ou des zones spéciales (magasins d’imprimerie, laboratoire ou zones où l’on prépare de la nourriture).

Pour ces raisons, le Code du Travail indique que les locaux doivent être ventilés mécaniquement ou par ventilation naturelle permanente. L’aération exclusive par ouverture des fenêtres est autorisé si :

  • Volume ≥ 15 m3 /occupant pour un travail physique léger ;
  • Volume ≥ 24 m3 /occupant pour les autres locaux.


Les recommandations et conseils suivants servent à éviter des problèmes de qualité d’air intérieur:

  • Les systèmes de ventilation doivent être régulièrement nettoyés et leurs filtres doivent être changés sur une base régulière ;
  • Le système de ventilation doit apporter de l’air frais dans le bureau et rejeter les sources de pollution venant de l’extérieur ;
  • Les machines de bureau doivent fonctionner dans des zones bien aérées. Les photocopieurs doivent être éloignés des postes de travail. Les employés doivent varier leurs tâches de façon à ne pas utiliser les machines excessivement ;
  • Les équipements de bureau doivent être nettoyés/entretenus selon les recommandations du fabricant. Un équipement correctement entretenu ne produira pas de polluants à un niveau nocif pour la santé ;
  • Il faut faire particulièrement attention aux opérations pouvant générer des contaminants (tels que peinture, diffusion de pesticides et nettoyage approfondi). Il faut veiller à ce que l’aération soit appropriée pendant ces opérations et autres procédures, voire même les effectuer en dehors des heures de travail ou déplacer les employés de la zone immédiatement concernée.


Le Code du Travail spécifie les débits minimaux d’air neuf :

  • Bureaux, locaux sans travail physique : 25 m3/h/pers ;
  • Locaux de restauration, locaux de vente, locaux de réunion : 30 m3/h/pers ;
  • Atelier et locaux avec travail physique léger : 45m3/h/pers ;
  • Autres ateliers et locaux : 60m3/h/pers ;
  • Locaux à pollution spécifique : débits d’air neuf en fonction de la nature et de la quantité de polluants, et supérieurs aux valeurs ci-dessus.

Il existe une nouvelle législation propre aux ERP (établissement recevant du public). Le décret 2011-1727 fixe les « valeur-guides pour l’air intérieur » concernant le formaldéhyde, le benzène et le CO2. Le tableau suivant récapitule ces valeurs:
Valeur guide au 1er Janvier 2015 Valeur guide au 1er Janvier 2022 
Formaldéhyde 30 µg/m3 10 µg/m3
Benzène 5 µg/m3 2 µg/m3
Le décret 2011-1728 vise à mettre en œuvre l'obligation de surveillance de la qualité de l’air intérieur à la charge des propriétaires ou des exploitants des bâtiments. Cela, toujours vis-à-vis des trois gaz que sont le formaldéhyde, le benzène et le CO2.

 

Voir en ligne : Le site de l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur

Guide de la pollution de l’air intérieur, avril 2009.

Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail : www.cchst.ca http://www.cchst.ca/oshanswers/phys...

Travailler par de fortes chaleurs en été : www.inrs.fr

SFHH (Société Française d’Hygiène Hospitalière) - La qualité de l’air au bloc opératoire : http://www.sfhh.net/ - Publications – Recommandations

Dossiers INRS Conception des lieux et des situations de travail : www.inrs.fr

Comment concevoir et aménager des postes de travail : www.inrs.fr

La programmation, une aide à la conception des lieux de travail » (ED 91) Implantation des espaces de travail » (ED 104) Implantation des lieux de travail.

Prévention des risques professionnels dès la conception » (ND 2095) Principes généraux de ventilation » (ED 695 - GPV 0)

L’assainissement de l’air des locaux de travail » (ED 657 - GPV 1)

Aération et assainissement des lieux de travail » (TJ 5 )

Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris - Les conditions de travail : http://www.environnement.ccip.fr

http://www.ethera-labs.fr/1-39347-La-nouvelle-legislation-pour-les-ERP-.php

Contexte normatif :

Indices PMV / PPD (évaluation ambiance thermique par nombre prévisible d’individu insatisfaits) NF ISO 7730, 1986)

Indice WBGT (estimation de la contrainte thermique en ambiance chaude, évaluation de l’effet moyen de la chaleur sur l’homme) NF EN 27243 / ISO 7243, 1994

Calcul des échanges thermiques par évaporation de la sueur NF EN 1215 / ISO 7933, 1997