Le regard de l’ergonome
Thomas VALLETTE - Ergonome au FCBA
Quel est le rôle du CTBA au sein du conseil scientifique d’ACTINEO ?
Le CTBA accompagne le conseil scientifique d’ACTINEO dans son besoin d’acquérir de la connaissance, en aidant les professionnels de l’aménagement et du mobilier de bureau à innover, notamment dans le processus de conception des produits et de l’aménagement des bureaux. Nous contribuons donc à apporter des connaissances, notamment sur le site Internet d’ACTINEO. C’est ainsi que les ergonomes du service conception et Innovation du CTBA ont rédigé pour le compte du Conseil scientifique d’ ACTINEO et pour son site le chapitre "indicateurs" de la rubrique "nos travaux" : les caractéristiques du travail ; les postures de travail ; charge mentale ; le dimensionnement du poste de poste de travail ; les surfaces de travail ; l’éclairage ; l’acoustique ; la thermique. Notre rôle est d’apporter aux professionnels des études en amont, et de les accompagner pour faire émerger des innovations.
Toute la complexité et la richesse du conseil scientifique d’ACTINEO sont dans cette alliance du monde industriel et du monde de la recherche. C’est pourquoi ce conseil scientifique est si particulier et si intéressant, il permet de lier les industriels et les chercheurs, ce qui se fait finalement peu souvent.
Dans quels autres cas intervenez-vous au sein d’ACTINEO ?
Notre rôle a été également d’accompagner les designers lauréats de la consultation design ACTINEO/VIA, lancée en 2005, et achevé en 2007.
Nous avons eu avec le Via et l’Anvie, autres partenaires de ce projet, une approche pédagogique auprès des designers. Car espérer pour un designer, pouvoir cerner tout le contexte du monde du travail est utopique ! Et c’est là que nous avons pu les former à cet univers tertiaire bien particulier. Notre rôle est notamment d’accompagner les designers dans la formalisation des concepts et des réflexions qu’ils proposent, de manière à ce qu’elles soient compréhensibles par tous, experts du domaine ou non. Nous les aidons à concevoir ce que nous appelons des Concepts Situationnels Dynamiques.
Le but de la consultation prospective ACTINEO auprès des designers est de proposer des réponses différentes à des problèmes rencontrés aujourd’hui dans l’aménagement des bureaux. Le travail est intéressant et original dans la mesure où, à partir des concepts de produits proposés par les designers, on remonte au cheminement intellectuel qui a permis l’émergence de ces concepts innovants. Les designers posent de vraies questions sur le monde du travail, et ce sont ces questions qui les ont amenés à formuler des propositions concrètes pour aménager les bureaux de demain.
L’analyse de l’usage permet –elle de résoudre tous les problèmes des utilisateurs ?
L’analyse de l’usage relève du croisement des regards des acteurs des sciences humaines et sociales. Elle ne permet pas de résoudre tous les problèmes des utilisateurs. Elle apporte en revanche les connaissances et la réflexion nécessaires au développement de solutions ouvertes et innovantes, permettant aux utilisateurs de développer les marges de manœuvre nécessaires à l’instauration d’une réelle qualité de vie au bureau. C’est une source d’inspiration créative peu exploitée.
L’analyse de l’usage ne doit pas se dissocier du processus de conception de la situation de travail. Elle relève de la compréhension des pratiques des utilisateurs qui sont les témoins de situations en devenir. Mettre en avant ces signaux faibles, témoins de nouvelles pratiques, est un des moyens d’innover au service des utilisateurs. Les utilisateurs doivent de plus en plus être intégrés dans cette analyse amont, afin qu’ils puissent s’approprier la conception de leur propre situation de travail et explorer les solutions en accord avec les enjeux du travail.
Le processus d’innovation par l’usage est en effet un va-et-vient permanent entre le monde des connaissances sur l’usage et le monde de la formulation des concepts lors des phases créatives du processus de conception. Les usages étant pluridimensionnels et à observation multi-niveaux. Il faut analyser les parcours d’usage ou de vie des produits et des systèmes, en interaction avec les individus. Pour trouver des solutions aux problèmes, un processus participatif de conception de la situation de travail doit être mené avec les utilisateurs. De là, un raisonnement collectif innovant permettra de définir des situations de travail s’adaptant aux différentes logiques d’usage. Toute la difficulté est de coopérer entre les métiers, dans une ambiance propice. La difficulté est également liée au fait que les usages et pratiques des utilisateurs sont contextuels. Il convient donc de raisonner par une approche transverse afin de prendre en compte plusieurs contextes, et bâtir de nouvelles offres de produits, environnement et/ou services adaptées aux situations de travail. Du point de vue de la conception des produits participant à la qualité de vie au bureau, nous sommes confrontés à la difficulté d’innover en permanence et de manière répétée dans un contexte d’innovation intense. Au delà de l’aspect technique du produit, c’est aussi tout le sens que l’on donnera au produit, et qui permettra aussi de se différencier. Les vraies innovations doivent permettre de régler les problèmes des utilisateurs. Et pour cela, il faut explorer les usages, analyser le terrain et travailler avec les utilisateurs finaux pour favoriser l’émergence de vraies innovations.
Vous êtes ergonome. Quel regard avez-vous sur la vie au bureau ?
J’ai une formation en maîtrise des sciences et techniques en ergonomie et en psychologie du travail à Paris XI. J’ai poursuivi mon cursus par un doctorat en Génie Industriel sur les processus d’innovation par l’usage avec l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers et l’équipe de recherche sur les processus innovatifs de l’Institut National Polytechnique de Lorraine. Les espaces de bureaux ne sont pas assez conçus et aménagés avec l’utilisateur final. On ne peut aménager un espace sans connaître précisément le travail réel, dans le quotidien, des utilisateurs de l’espace. Bien souvent, on néglige ces aspects au détriment d’une réelle qualité de vie au travail une fois l’espace conçu et aménagé. Ce qui est assez paradoxal. La force d’une entreprise et sa performance réside dans la qualité du travail de ses employés. La non prise en compte de cet élément, est une prise de risque majeur pour la performance et l’efficience de l’entreprise. Pourtant, la prise en compte du client final, qui est utilisateur, usager et citoyen à la fois, est une source de création de valeur indiscutable.
Pour une bonne qualité de vie au travail, peut-on dissocier l ’ergonomie du mobilier de l’ergonomie du poste de travail et de son environnement ?
Lorsque l’on parle de conception de la situation de travail, on parle aussi bien du global (environnement, organisation…management) que du local (le poste de travail et son mobilier). Il faut concevoir l’ensemble avec les utilisateurs, en laissant ouvertes des possibilités de marges de manœuvre si l’on veut faire émerger de manière durable, une réelle qualité de vie au travail pour la performance de l’entreprise.
Quand on parle qualité de vie au bureau, peut–on se passer d’ergonomie ?
L’ergonomie n’est qu’un des maillons de la chaîne. Elle ne peut prétendre répondre à tous les problèmes. C’est la prise en compte du regard des sciences humaines et sociales dans son ensemble et regroupant de multiples experts (sociologue, ergonome, sémiologue…), qui va permettre de créer de nouvelles valeurs pour la qualité de vie au bureau. La mise en place d’une réelle qualité de vie au bureau au sein des entreprises, est freinée par la complexité du processus de conception des situations de travail. La prise en compte des situations de travail est tellement complexe ! Elle touche aux multiples aspects de la vie des employés : aspects physiques du mobilier, aspects psychosociologiques liés à l’organisation du travail, aspects sociologiques des nouvelles aspirations des employés, aspects organisationnels et de management des entreprises...Pour les ergonomes, la qualité de vie au bureau implique que l’individu soit au cœur de la conception des systèmes et situations de travail. C’est donc le résultat de ce processus de conception de la situation de travail qui conduira ou non à une réelle qualité de vie au travail. L’ergonomie dispose de méthodologies pour conduire avec les utilisateurs et les acteurs de l’entreprise, la conception des situations de travail. Son approche est nécessaire pour mettre en avant les problèmes et apporter des réponses par une approche participative avec les acteurs du processus de conception de la situation de travail.
Créé par
Laëtitia Fritsch
le 28/11/2008
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Loin de l’image très technique que l’on peut avoir du FCBA, la cellule Conception et Innovation du FCBA, ainsi que l ’Innovathèque, sont complémentaires pour une approche orientée Innovation.
La cellule conception et innovation du FCBA a pour vocation première d’assister les PME du secteur de l’ameublement dans leur démarche d’innovation en leur apportant aussi bien des ressources techniques (matériaux nouveaux, expertises design, ergonomie et usage des produits) qu’un savoir faire méthodologique propre à l’accompagnement d’une réelle démarche d’innovation au sein de leur processus. Elle regroupe ainsi plusieurs compétences (Design, Ergonomie, Matériaux) qui, grâce à la fertilisation croisée des compétences, connaissances et savoir faire des experts, accompagnent les industriels dans leur processus d’ innovation produits/services pour l’usager.
L’’innovathèque est au carrefour entre fournisseurs de matériaux innovants, industriels de l’ameublement, designers, architectes. C’est un centre de ressources et de recherche, un lieu de rencontres et d’échanges, un nouvel outil d’aide à la conception pour tous les acteurs de l’ameublement.
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