Pourquoi j’ai mal à mon bureau ?

A notre époque de sédentarisation et de prédominance du travail tertiaire, du travail informatisé, un constat s’impose : nous passons la majorité de notre temps en position assise, dans une position figée et statique : main sur le clavier, œil sur l’écran ; en ajoutant à cela les facteurs stressant des organisations du travail nous nous trouvons régulièrement dans des situations qui sont ou qui deviennent inconfortables et pouvant entraîner fatigue, inefficacité, démotivation, douleurs...

Le siège de bureau est probablement l’assise sur laquelle nous passons le plus de temps et, paradoxalement il peut-être l’assise ou l’on a le plus mal (mal de dos, mal au cou, mal aux fesses…) sans certaines précautions. Passer de longues heures au bureau, répéter des gestes inlassablement, rester dans une posture figée peut provoquer au fil du temps, bien plus qu’un inconfort, des douleurs ponctuelles, chroniques et dans les cas de grandes sollicitations (gestes répétés) des maladies professionnelles comme les TMS (Troubles Musculo Squelettiques) ou les troubles visuels.

Ainsi généralement, trois grandes pathologies distinctes émergent au bureau et empoisonnent les salariés :

  • Les TMS ou Troubles Musculo Squelettiques
  • Le mal de dos
  • Les troubles visuels

Les TMS ou Troubles Musculo-squelettiques ? 

Les troubles musculo-squelettiques sont des pathologies à composante professionnelle qui affectent les muscles, les tendons et les nerfs des membres et de la colonne vertébrale. Les TMS s’expriment par de la douleur mais aussi, pour ceux du membre supérieur, par de la raideur, de la maladresse ou une perte de force. Ce risque n’est pas vraiment nouveau puisqu’il était déjà présent au 19ème siècle. Son émergence actuelle s’explique largement par les changements dans l’organisation du travail.

Les TMS sont des affections dues aux hypersollicitations musculaires, articulaires et périarticulaires. Ces pathologies sont le reflet de la mutation de l’industrie avec l’apparition d’une mécanisation et une automatisation de la production. Les contraintes de travail actuel et la monotonie des tâches soumettent les travailleurs à des sollicitations importantes. Ces affections ont été longtemps méconnues. Or, plusieurs enquêtes récentes établissent qu’un salarié sur quatre subirait des contraintes articulaires potentiellement génératrices de TMS. Actuellement, le nombre de demandes de reconnaissance s’accroît d’année en année.

Les principaux facteurs de risques des TMS (OSHA, Occupational Safety & Health Administration) :

  • la répétitivité,
  • l’effort,
  • la surpression cutanée,
  • les amplitudes articulaires,
  • les vibrations,
  • l’environnement physique et l’organisation du travail.

Selon les chiffres de la Sécurité Sociale, sur les 34 642 maladies professionnelles reconnues et réglées en 2003 :

  • 69 % sont des affections péri-articulaires,
  • 14 % sont des maladies dues à l’amiante,
  • 8 % sont des affections chroniques du rachis lombaire,
  • Les 9 % restants sont des maladies diverses.
  • Une maladie professionnelle reconnue et coûteuse pour la collectivité

Les TMS sont reconnus comme maladies professionnelles (tableau n° 57 des maladies professionnelles relatif aux affections péri articulaires de la Sécurité Sociale). Il faut savoir que le traitement de la pathologie se fait par anti-inflammatoires, voire par intervention chirurgicale. Ces interventions sont assez lourdes en termes de coût pour la collectivité : 220 jours d’arrêt de travail pour les épaules, 120 jours pour la main.

L’obligation légale qui impose à l’entreprise d’établir un DUE - Document Unique d’Evaluation – permet de décrire chaque poste de travail et prévoit un plan d’action détaillé, réévaluant chaque année les risques professionnels et permet de prévenir les pathologies et les accidents.
 
Le DUE doit inciter à une réflexion sur le cadre de vie et la qualité de vie au travail. Si l’entreprise agit avec efficacité sur les facteurs de risques des TMS, elle diminuera son taux d’absentéisme, et payera moins d’assurance professionnelle.

Et au bureau cela donne quoi ?

Les salariés semblent fortement exposés aux TMS selon le sondage 2010 de l’ANACT (Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de travail) :

  • Plus de 7 salariés sur 10 déclarent ressentir au moins une douleur associée aux TMS (72%).
  • La localisation des principales zones d’affection se situe au dos (50%) et à l’épaule/ nuque (45%).
  • Les autres zones du corps touchées par les TMS sont le poignet (25%), le genou (17%) et le coude (16%).
 
Dans le tertiaire, on constate surtout des TMS de la partie supérieure du corps, les zones les plus touchées étant les poignets, les coudes, les épaules, le cou et le dos.

Les TMS se sont développés avec l’utilisation intensive des ordinateurs. Les salariés ont d’abord signalé des maux de dos « le mal du siècle », avant l’apparition du fameux syndrome du canal carpien au niveau de la main. Ce dernier correspond à une compression du nerf médian, nerf de la main donnant la sensibilité au pouce index majeur et à une partie de l’annulaire et nerf moteur des muscles du pouce. Cette compression est souvent associée à un mouvement répétitif de la main, dans le cadre du travail ou par la pratique d’un sport ou d’un loisir, mais peut aussi résulter d’une utilisation normale de la main. Les professions les plus exposées sont bien sûr les travailleurs manuels, mais on a beaucoup parlé, à un moment donné, de l’épidémie des claviers. Après une intervention chirurgicale, le médecin du travail doit faciliter le reclassement et demander un allègement de la charge de travail au niveau des poignets.

Le mal de dos

Un français sur cinq est touché par le mal de dos. 70% des personnes en âge de travailler ont été victimes au moins une fois d’un épisode de lombalgie. Le tiers d’entre elles a dû arrêter de travailler pour ce motif. Le constat des coûts sociaux induits par cette pathologie est énorme, ainsi que les pertes en termes de qualité de vie et de bien-être. A ce jour, prestataires, entreprises et salariés prennent conscience de ce fléau que l’on peut combattre par des actions d’information, de prévention mais aussi par un aménagement adéquat et de qualité du poste de travail.

  • 48 % des Français déclarent avoir eu mal au dos au moins un jour au cours des 6 derniers mois, contre 30% en 1979 ("Francoscopies 2003").
  • Les études épidémiologiques montrent qu’environ 70 % à 80 % des Français sont un jour ou l’autre dans leur vie confrontés à ce qui n’est certes pas une pathologie, mais un symptôme douloureux plus ou moins invalidant, et qui altère parfois gravement la qualité de vie.
  • On estime aujourd’hui que le mal de dos est la deuxième cause de consultation chez le médecin généraliste (soit 9 % des consultations). Elle représente 7 % des arrêts de travail et est la première cause d’invalidité avant 45 ans.
  • D’après un sondage réalisé en 2000 ( « Le mal de dos est bien le mal du siècle ». Sondage CSA/SPQR – Le Parisien, 24/05/2000 »), 27 % des hommes et 36 % des femmes ressentent régulièrement des douleurs au dos.
  • Il y a 10 ans, l’ordre de grandeur du coût direct des lombalgies en France, par an, était de 1,5 à 2 milliards d’euros, dont 500 millions d’euros pour les indemnités journalières liées à un arrêt de travail.
  • Selon le CREDES (Centre de Recherche et de Documentation en Economie de la Santé), les lombalgies ont occasionné en 1992 en France 5,25 millions de consultations ou visites en médecine générale et 620 000 consultations de rhumatologues de ville. 

Une multiplicité de facteurs

Qu’on se le dise, le mal de dos est inhérent à l’homme. En effet ce bipède travaille avec ses membres supérieurs, entraînant de nombreuses contraintes pour sa colonne vertébrale. Au fil des années, des facteurs cumulatifs émergent et se traduisent par des lombalgies. « Le mal de dos n’a pas une cause unique », explique le Dr Françoise Jarzuel, médecin du travail, « mais est au contraire il est lié à de nombreux facteurs », dont les principaux sont :

  • Les contraintes répétées (port de charges),
  • Les traumatismes (travail, sport),
  • Le fait d’être soumis fréquemment à des vibrations (voiture),
  • Les mauvaises postures prolongées (positions assises),
  • Les variations de poids et l’insuffisance musculaire,
  • Le stress (professionnel, personnel),
  • Les fragilités présentes à la naissance.

En excluant les accidents graves, les traumatismes physiques répétitifs, couramment générés par des gestes non adaptés « On ne peut dissocier le mal de dos, des troubles musculo squelettiques ou TMS », précise le Dr Jarzuel.

Les facteurs aggravants :

  • Le stress, la tension nerveuse et l’anxiété sont autant de facteurs qui augmentent les contractions musculaires du corps, avec une prédilection pour la région lombaire et celle du cou. Vous l’avez constaté, lorsque "vous en avez plein le dos" de votre collègue ou de votre charge de travail, votre mal de dos s’accroît, voire même se réveille. Le stress en lui-même ne provoque pas la douleur vertébrale, mais révèle une condition pré- existante. Le "management" du stress, avec des périodes de relaxation, permet d’éviter ou de diminuer les lombalgies.
  • Le manque d’exercices physiques peut être un facteur aggravant du mal de dos car la colonne vertébrale requiert une bonne musculature de soutien. La santé de cette musculature dépend de deux facteurs essentiels : une alimentation suffisamment riche en protéines et en laitages et une activité physique minimum permettant d’entretenir des muscles toniques. L’atrophie de ces derniers diminue l’apport sanguin aux vertèbres et favorisent la survenue de l’ostéoporose et de la décalcification.
  • La surcharge pondérale est en général associée à un relâchement de la sangle musculaire abdominale et lombaire entraînant des contraintes mécaniques anormales et excessives sur la colonne. Dans ce cas de figure, un régime alimentaire et une activité sportive adaptée s’imposent.

Travail sur écran et fatigue visuelle 

Elément de plus en plus incontournable du monde moderne, les ordinateurs font partie du quotidien. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), plus de 150 millions de postes sont actuellement en usage dans le monde et le nombre de salariés actuellement confrontés à une augmentation de leur charge visuelle par le travail sur écran et exprimant des plaintes est croissant. Le travail sur écran est accusé de causer des troubles visuels, une sécheresse oculaire, etc.

Une étude épidémiologique de la cliniques Ophtalmologique de Strasbourg à montré que les signes subjectifs de fatigue visuelle rythmés par le travail (sensation de brûlures et picotement des yeux, vision floue ou trouble après le travail, larmoiement, lourdeur et sensation de fatigue du globe oculaire, céphalées touchant particulièrement les femmes) ont été significativement plus fréquents chez des personnes exposés au travail sur écran que chez celles qui ne le sont pas.

Quels sont les symptômes de la fatigue visuelle ? 

Dans l’apparition de troubles visuels, l’écran d’ordinateur apparaît comme le coupable idéal mais il n’est pas démontré qu’il puisse entraîner de pathologie visuelle. Par contre, à partir d’une certaine durée d’exposition (plus de 4 heures), il est possible qu’apparaissent différents symptômes : yeux qui picotent, rougissent, pleurent et, parfois, un mal de crâne y est associé. On parle dans ces cas de fatigue visuelle. Elle est réversible avec juste un peu de repos. La fatigue visuelle n’est pas le principal problème lié au travail sur poste informatique." (Voir apparition des TMS et mal de dos).
Si le temps de travail sur écran est trop long, la fatigue peut apparaître du fait de la focalisation sur l’écran mais aussi de l’immobilité liée à des problèmes posturaux. Mais la fatigue peut également survenir beaucoup plus tôt si la personne souffre d’un trouble visuel non-corrigé. Ainsi, par exemple, dans les cas d’hypermétropie latente survenant entre 30 et 40 ans, la fatigue intervient plus fréquemment et plus rapidement. Ce type de travail agit alors comme un révélateur de ce trouble de la vue associé à une vision floue de près alors que la vision de loin reste correcte.

La fatigue liée au travail sur écran est donc directement proportionnelle au temps passé devant sa console mais également à la qualité de la vision de l’observateur. Cette sensation peut revêtir trois formes :
 
Fatigue visuelle : C’est le phénomène le plus fréquent avec la sensation de ne plus être aussi performant tant sur le plan de la vision qu’intellectuellement. Il s’agit rarement d’une baisse de l’acuité, mais plus souvent un déséquilibre binoculaire avec des impressions d’images qui se dédoublent ou deviennent floues. Les troubles visuels sont provoqués par la mise au point de plus en plus difficile de l’oeil sous l’effet de la fatigue surtout en fin de journée après une lecture prolongée. La vision se trouble et parfois même devient double. La vision d’un interlocuteur à faible distance peut être inconfortable.
La fatigue visuelle persiste après la fin du travail, s’accroît en fin de semaine, s’améliore avec le week-end et les vacances. Elle peut entraîner une fatigue mentale avec ses conséquences sociales, familiales, la répercussion sur le comportement.
 
Fatigue oculaire : Les yeux qui piquent, irritations, sensations d’oeil sec. Ces signes caractéristiques sont liés à une insuffisance de sécrétion lacrymale particulièrement mal vécue. Normalement, la fréquence du clignement est de l’ordre de 12 à 20 par minute, permettant la formation d’un nouveau film lacrymal avant la rupture du précédent. Mais le travail sur écran est associé à une diminution de cette fréquence et donc un assèchement de la surface des yeux ; De plus, si l’humidité de l’air n’est suffisante, l’assèchement de la surface des yeux sera encore plus rapide et importante.
 
Fatigue générale : Cette dernière se manifeste par des maux de tête, mais également des douleurs rachidiennes (mal de dos) liés à des problèmes de posture.
La fatigue peut également avoir une influence directe sur la qualité du travail effectué. Ainsi, plusieurs études témoignent d’un impact délétère sur l’efficience définie par le rythme de lecture et la capacité à intégrer les informations. Cette efficience diminue à mesure que la durée du travail sur écran augmente.
 

Conseil pour le confort visuel
 
1-Hauteur écran : le haut de l’écran doit être à la hauteur des yeux lorsque l’utilisateur est assis le dos droit, ni plus bas, ni plus haut. Petite exception : le moniteur doit être un peu plus bas pour les porteurs de certains verres progressifs. Par contre, les personnes disposant d’un écran posé sur une unité centrale horizontale doivent remonter leur siège pur avoir leur regard au niveau du haut de l’écran.

2- Orientation : le moniteur doit être perpendiculaire à une fenêtre. Ainsi, la luminosité sera idéale pour éclairer l’écran sans éblouir ou créer de reflets gênants. Aux fenêtres, des stores sont conseillés pour pouvoir régler le niveau de luminosité.

3- Détourner régulièrement les yeux de l’écran : regarder au loin pour reposer les yeux, cligner des yeux pour éviter la sécheresse oculaire, etc.

4- Réglages écran : Ainsi, il est conseillé de disposer d’un fond clair et de régler la luminosité et le contraste de l’écran de façon optimale.

 

Lire aussi

L’INRS est l’Institut National de Recherche et de Sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles : www.inrs.fr Sur le site de la Sécurité Sociale :http://www.risquesprofessionnels.am... LASFARGUES G., ROQUELAURE Y., FOUQUET B. et coll. "Pathologie d’hypersollicitation périarticulaire des membres supérieurs". Collection médecine du travail. Masson, 2003, 147 p. Thebault C. « Le mal de dos est bien le mal du siècle ». Sondage CSA/SPQR – Le Parisien, 24/05/2000 Arwidson P., Gautier A., Guilbert P. « Douleurs, consommation de soin et médicaments ». In ArènesJ., JanvrinM.P., Baudier F. (dir), Baromètre Santé Jeunes 1997/1998. Vanves : CFES, 1998. Borgès Da Silva Ge., Fender P., Allemand H. « Quelques repères médico-socio-économiques sur les lombalgies ». Numéro spécial Le Concours Médical, n°39, 2/12/2000 ANMSR - Association Nationale des Médecins Spécialistes de Rééducation http://www.anmsr.asso.fr/index-old.html Sur le site médical caducee.net pour le syndrome du canal carpien :http://caducee.net/dossierspecialis... Sondage Réseau ANACT/CSA 2010 sur les troubles musculo- squelettiques SPEEG-SCHATZ C, Travail sur écran et fatigue visuelle et son évolution après prise en charge ophtalmologique, Clinique Ophtalmologique, Hôpital Civil des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, BP 426, 67091 Strasbourg, France, Journal français d’ophtalmologie.

INRS, La fatigue Visuelle, NS 92, 1992