Nos bureaux sont-ils pollués ?
Corinne MANDIN - Département Energie, Santé, Environnement / Observatoire de la qualité de l’air intérieur
Quel est votre parcours ?
Ingénieure chimiste de formation, je travaille depuis dix ans sur la qualité de l’air intérieur, plus particulièrement sur les expositions de la population aux substances chimiques présentes dans les bâtiments et les risques sanitaires associés. J’ai rejoint l’équipe de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur au CSTB en 2009, notamment pour la coordination de la campagne nationale dans les immeubles de bureaux.
Qu’est ce que l’OQAI ?
L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) est un programme de recherche pérenne en place depuis 2001. Il est placé sous la tutelle des Ministères (Logement, Ecologie et Santé) en lien avec les agences, comme l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et l’ANSES, la nouvelleagence nationale de sécurité sanitaire en charge de l’alimentation, de l’environnement et du travail, issue de la fusion de l’AFSSA et de l’AFSSET le 1er juillet 2010. Ces dernières financent nos travaux sur des axes spécifiques. Elles apportent notamment une contribution spécifique à la campagne « bureaux ».
L’OQAI est coordonné par le CSTB qui est l’opérateur technique, chargé d’élaborer le programme d’actions et de mobiliser les partenaires scientifiques et opérationnels pour mettre en place sur le terrain toutes les campagnes et les études évaluées par un conseil scientifique, le tout sous la direction d’un conseil de surveillance.
Comment est née cette étude sur la qualité de l’air dans les bureaux ?
L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur a déjà conduit une étude dans près de 600 logements français de 2003 à 2005, une campagne nationale dans un échantillon représentatif de toutes les résidences principales de France métropolitaine, pour observer et comprendre la pollution chimique, biologique et physique. Elle a permis d’avoir une photographie de la pollution dans un parc de bâtiments, en l’occurrence le logement, inexistante auparavant. Nous reproduisons la même étude pour les bureaux et les écoles.
En parallèle, on peut signaler que la Commission Européenne souhaite aussi avoir une vision globale de la pollution dans les immeubles de bureaux en Europe, et finance un projet auquel nous sommes associés, en lien avec la campagne « bureaux » (projet OFFICAIR).
Quel est le calendrier de cette étude ?
L’étude commencera sur le terrain en 2011. Pour l’instant, nous préparons les protocoles : comment construire l’échantillon de bâtiments à investiguer sur le territoire français, quels paramètres mesurer, comment et combien de temps, avec quels appareils, quels questionnaires poser aux occupants d’une part, aux gestionnaires du bâtiment d’autre part, avec quels opérateurs. Nous avons commencé à préparer et tester ces outils. Nous avons fait pour cela deux campagnes pilotes, la première en juin 2009 et la seconde cet été, pour tester la faisabilité de ces protocoles, par exemple pour voir si les pompes qu’il est prévu d’utiliser fonctionnaient correctement. Cet été, nous avons plus particulièrement testé le questionnaire sur la santé des occupants et le confort perçu. Il s’agissait de vérifier si les personnes sollicitées acceptaient de répondre, si les questions étaient suffisamment claires, si celles-ci n’étaient pas trop intrusives. Au terme de ces deux ans de mise au point et de tests des protocoles de mesure et des questionnaires, nous nous déployons sur le terrain à partir de 2011.
Quels sont les paramètres de l’étude ?
Dans une première phase, l’étude va porter sur 500 immeubles de bureaux investigués pendant une journée chacun. Entre 50 et 100 d’entre eux vont être étudiés dès 2011. Un premier intervenant va prendre en charge des mesurages simples : des COV (composés organiques volatils émis par les matériaux, les revêtements, les activités, les produits d’entretien…), des particules ultrafines, le dioxyde de carbone et des paramètres d’ambiance que sont la température et l’humidité relative. Les publications scientifiques les plus récentes montrent que les imprimantes et les photocopieurs émettent des particules ultrafines. Nous souhaitons ainsi voir si, à l’échelle d’un bureau ou d’un open space cela peut contribuer significativement aux niveaux intérieurs mesurés, ou bien si ces particules viennent plutôt majoritairement de l’air extérieur. Un deuxième opérateur prendra en charge les questionnaires (aux occupants et aux gestionnaires de l’immeuble). Enfin, une troisième personne s’intéressera plus spécifiquement à la performance énergétique du bâtiment et documentera les paramètres clés (nature des parois, consommations énergétiques…).
Dans une seconde phase (autour de 2014), des investigations approfondies seront conduites dans un sous-échantillon de 50 immeubles, avec notamment des mesurages plus poussés de la pollution (concentrations en moisissures, bactéries, allergènes par exemple), de l’acoustique, du confort visuel et du confort thermique.
Comment est choisi votre échantillon ?
Nous avons identifié une base de données d’immeubles en France dans laquelle l’on va tirer aléatoirement des bâtiments (le tirage au sort aléatoire permet d’être représentatif du parc de bâtiments). Ces immeubles sont en cours de recrutement ; ils sont contactés par téléphone et, s’ils acceptent, s’ajoutent à l’échantillon qui au final doit atteindre 500 immeubles de bureaux. Nous avons stratifié par zone géographique pour forcer l’échantillonnage, afin d’avoir des bureaux dans toutes les zones climatiques de France métropolitaine : climats océanique, continental, méditerranéen… et nous avons retenu les grandes villes. Il est important de faire connaître cette campagne et ses objectifs afin de ne pas avoir trop de refus sinon l’échantillon sera biaisé.
Les résultats seront-ils forcément différents de l’étude sur les logements ?
Pas forcément, on ne peut à vrai dire pas préjuger des résultats. Il n’y a aujourd’hui aucune donnée sur la pollution chimique, microbiologique et physique dans les immeubles de bureaux en France. Certaines spécificités de ces locaux (nettoyage très fréquent, densité des appareils de bureautique, ventilation mécanique contrôlée plus répandue que dans les logements…) pourraient laisser envisager des spécificités de la qualité de l’air dans les bureaux. Par ailleurs le confort et l’état de santé perçus par les occupants de ces bâtiments ne sont pas connus à cette échelle en France.
Quand seront publiés les résultats ?
Nous ferons un point d’étape en 2012, à mi parcours, mais les résultats finaux de la phase 1 seront diffusés en 2014. Outre le rapport final qui décrira tout le parc, des rendus individuels sont prévus pour les entreprises nous ayant accueillis. Pour la phase 2, les résultats des mesurages approfondis seront disponibles en 2015.
Au final, je dirais qu’il est désormais important, voire incontournable, de concilier les enjeux sanitaires et environnementaux du bâtiment, à savoir la qualité de l’air intérieur et la performance énergétique tout en prenant en compte le confort et la santé des occupants. Une vision trop cloisonnée des problématiques peut aboutir à des incohérences préjudiciables.. Cette campagne nationale, intégrant l’ensemble de ces aspects, sera à ce titre d’autant plus innovante.
Créé par
Laëtitia Fritsch
le 20/12/2010
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